lundi 25 janvier 2021

STRONGHOLD - SUMMONING

(1999)

Peut-on considérer une œuvre indépendamment du contexte de sa création ? Épineuse question vous en conviendrez et dont vous n'aurez probablement pas de réponse une et définitive de votre vivant pour peu que vous vous la posiez. Mais vous êtes des personnes d'esprit puisque vous êtes restés après cette accroche, et comme vous êtes perspicaces, vous vous doutez bien qu'on ne va pas jouer à l’exégèse et aux commentaires d'un texte ancien quelconque, mais bien d'un bon vieil album, raffinage 22 ans d'âge. Summoning et moi c'est une longue histoire, une sombre histoire liée à deux femmes bien différentes et fort semblables que je vous garde pour une autre fois, et de nombreux rendez-vous ratés jusqu'à ce que par un détour inattendu ils reviennent vers moi et qu'on rattrape enfin le temps perdu. D'où cet article, fruit de mes réflexions à l'écoute plus que régulière ces derniers temps qui j'espère apportera un angle légèrement différent de celui des autres innombrables pavés leur étant dédié sur la chroniquosphère.

 Pour ceux qui viendraient d'autres horizons que les sombres eaux du black metal, il peut être utile de faire une brève présentation du duo légendaire dans le milieu qu'est Summoning, du moins différente de celle de Wikipedia.

 A l'origine Summoning était un trio de teenagers versés dans le hard rock et ses dérivés liés au suicide sous assistance du grunge, populaires auprès des mâles hétéros cis-genres non-colorés de cette frange temporelle située entre 1992 et 1995. Le thrash finissant/death commençant son règne international de courte durée après le pour Protector et le prolongement doomesque de ce bon vieux heavy brittanico-germanique pour Silenius. Mais malgré l'errance propre aux premiers groupes allant dans ce sens, ils se convertirent à la nouvelle mode de l'époque dans les milieux undergrounds du metal, tout droit venue de Norvège. Pour mémo Kurt Cobain meurt en 1994, Varg Vikernes a son procès à Oslo, tout les albums de death metal cultes ou presque sont déjà sortis depuis un ou deux au minimum et l'Autriche n'a toujours pas intégré l'Union Européenne, en faisant le dernier ersatz de terre germanophone bien conservatrice malgré les incartades folles de ce maestro qu'était Falco. Alors qu'ils tâtonnaient encore, surfant sur les thèmes éculés, mort/Satan/vikings (d'où leur nom, relique de cette époque primitive), l'un d'eux se mit à lire un auteur réputé hautement ésotérique et trop evil, ce bon vieux Jéreureu Tolkien, qu'ils eurent la bonne idée d'associer à ce son naissant.  Le trio devenu bien vite duo sortit dans la foulée un album aujourd'hui disputé par les fans et eux-mêmes, 'Lugburz', petit succès chez les metalleux locaux, suivi du terrible 'Minas Morgul', du pas terrible 'Dol Guldur' et d'un court EP, attirant l'oreille de labels de plus en plus gros, culminant avec Napalm Records.Voilà pour le contexte du groupe.

 Il est de même très intéressant de noter l'aspect exotique qu'a pu avoir Tolkien pour le microcosme pré et paléo-Internet autrichien -et germanique en général- dans l'escapade proposée par Summoning. Certes il y a les vagabondages de par Arda, mais il y aussi cet aspect anglais et ancien, encore renforcé par l'usage de deux textes datés sur 'The glory disappears' et 'The loud music of the Sky', bien éloigné du quotidien des Autrichiens, surtout de cette période sans globalisation. La patrie des Habsbourgs étant réellement éloignée du monde anglo-saxon, particulièrement suite à son isolement contraint lors de la guerre froide, Summoning fait le pari de l'ambiance, jusque dans cette pochette tirée d'un tableau de John Martin, peintre romantique anglais du XIXème spécialisé dans les scènes paysagères aux couleurs tortueuses, éthérées et crépusculaires d'inspiration mythologique ou historicisante. Le dépaysement proposé est donc d'une triple nature. Triple car l'auditeur d'alors se retrouve projeté dans un monde fantastique, dans une culture d'un autre temps et d'un autre lieu, mais aussi avec une mise en abîme plus large, dans l'évasion d'un quotidien pouvant être ennuyeux ou étouffant, avec une immersion sonore tout simplement, comme une parenthèse dans un Ailleurs fugace.

Le duo joue toujours à plein la carte du synthé, créateur d'ambiance se voulant médievaliasantes mais trahissant une conception très 90s de l'electronica ambiant  tout en remettant plus en avant la guitare, dont les tremolos droits sortis des heures primaires du magma norvégien initial ne pourront que saisir et prendre aux tripes, réveillant les sentiments des premières immersions dans ces scènes si particulières. En somme on retrouve ce son world-electro diffus puisant dans la naissante darkwave tout au long des '90s que les membres du duo pratiquent dans leur projets parallèles comme Die Verbrannten Kinder Evas ou Kreuzweg Ost de façon quasi-identique. Vous savez, ce son dont Enigma fut le paroxysme mercantilisé grand public, s'étant infiltré jusque dans cette bonne vieille pop française d'alors qui ne se privait pas d'y recourir (Mylène oui, on parle de toi), mais accolé ici à 'Dark Medieval Times', Enslaved première époque et consorts. La piste d'exposition, 'Rhûn', vous plonge directement  dans le bain avec son rythme martial impeccable et ses cors lourds et pompeux, fatigués de leur existence que l'on imagine longue. Les éléments à proprement parler BM entrent naturellement, de façon scénique et large, s'articulant en complémentarité avec les sonorités plus artificielles. L'aspect boîte à rythme mécanisée et froide est ici plus à propos que ne l'aurait été une batterie organique, marquant le pas, une distance, prolongeant l'impression d'altérité tandis que les riffs presqu'en retrait vous hanteront de par leur maestria nébuleuse (le brouillard ça c'est black metal, vous pouvez rien faire). Les mélodies de 'The Glory disappear', 'The Rotting Horse on the Deadly Ground' ou 'The Shadow Lies Frozen on the Hills' ne vous quitteront jamais si vous leur ouvrez vos tympans, garanti.

 La recette n'est pourtant pas inédite, loin de là. D'autres formations contemporaines scandinaves avaient tenté l'expérience avec peu, voire aucune légèreté, aucun effet de volume et d'espace. La parfaite illustration de ce que Summoning a évité comme écueil peut trouver contre-exemple le premier Finntroll, 'Midnattens Widunder' sorti la même année, beaucoup, beaucoup plus balourd, trollesque, sans raffinement et ce même pour les pistes les moins hummpa. Alors oui même sur 'Stronghold' , tout n'est pas parfait, on peut retrouver certains traits de cette façon de jouer commune à l'époque. Il reste quelques airs champêtres de chasse à la pâquerette ou à l'edelweiss (humour) comme sur 'Dol Guldur', tirant plus vers les ritournelles volksmusik de fête à la saucisse, mais ça reste bien plus discret que chez les groupes-étrons à clavier "kvlts" comme Dimmu, Cradle... bref ces trucs-là... mais ils ne dérangent que peu l'expérience. Le synthé est un maître exigeant et il est peu évident à manier, son aspect daté et cheap, presque forcé contribue rétrospectivement aujourd'hui à un voyage absyssal dans un passé musical récent, lorgnant sur des thèmes d'un autre passé plus distant. Bien entendu, les compositions sont simplissimes, se déroulant de façon entendue le plus clair du temps, sans surprendre mais tel n'est pas le but de la recette Summoning qui est là pour poser les choses, poser le décorum d'une réflexion moins futile qu'il n'y parait. L'ultime piste, 'A Distant Flame Before the Sun', inquiétante, Ragnarok lunaire et mortifère de cette galette,  dans son développement aussi lancinant que l'Anduin ou le Rhin des Nibelungen en est l'expression la plus flagrante.

 Au niveau du fond, on peut de prime abord s'étonner de cette association entre les écrits fantasmagoriques d'un auteur britannique résolument catholique (ce qui n'est déjà pas très commun) et celles musicales, nourries au sous-satanisme plus ou moins hollywoodien, de deux jeunes metalleux autrichiens. Mais à y voir de plus près, bien que le but du premier et des seconds à leurs débuts divergent totalement, l'un nous décrivant la victoire d'un Bien malmené contre un Mal écrasant, les autres se plaçant résolument du côté maléfique de l'échiquier pour l'aspect choquant et puissant, on peut y voir une certaine confluence. Les seconds se sont nourris des visions lugubres de la part sombre du premier à leurs débuts, avant de relativiser leur propos dans la suite de leur discographie et de n'en garder qu'une esthétique décharnée quasi romantique. Mais en conservant toujours une perspective sombre et morbide, parce que black metal hein, quand même. Ce qui fait l'intérêt particulier de 'Stronghold', c'est qu'il est le premier LP à se démarquer de cette fascination quelque peu puérile envers le Mal, incarné par les forteresses de Sauron (Dol Guldur) ou de ses sbires zélés tout de noir vêtus (Minas Morgul), pour placer l'éventualité d'un possible plus large, avec ce titre plus neutre de "Bastion",pouvant tant renvoyer aux fortifications précédemment citées qu'à Minas Tirith, Edoras, ou celles des autres races du legendarium, voire dans notre monde à cette impression anxiogène ou élitiste qu'affectionne le black metal en général : être les derniers des purs dans un monde d'impur, musicalement ou plus largement culturellement (vous choisirez quelle version de cette vision de combat vous sied au mieux). Un choix significatif, implicite ou non, qui se plus fera prégnant dans la direction ultérieure de leur discographie privilégiant le côté atmo et narratif et délaissant violence et noirceur initiales du projet. 

 Le propos reste noirâtre, morbide ou mélancolique selon les morceaux. Le temps qui passe, les errances, la souvenance y occupent une place bien plus importante que le fracas des batailles. La peine y est bien présente, plus que la mort, approchée comme un absolu, une contemplation de la décadence du vivant plutôt que comme une fin en soi. Les étoiles, fréquemment citées, guident le voyage où une seule et unique mention directe à Tolkien est à noter, Morgoth, détachant totalement le texte et les pistes du legendarium, ce dernier ne servant que de devanture, de glaçage, à un propos que l'on découvre surprenamment plus intimiste et personnel que l'image de marque du duo ne le laissait supposer.

 Le chant écorché se fait parfois plus clair, moins raw, pour mieux accompagner ce changement, avec une réverbe profonde accentuant l'aspect montagneux (les Alpes ? Les Monts Brumeux ?) de l'ensemble, détaché du temps, comme un écho ancien perdu entre les vallées. Parfois encore teintée de ce craché bileux black old school ('The glory disappears'), il se fait plus émotif, perdu, donnant une nouvelle dimension, trahissant une souffrance mélancolique quand il le faut ('Like Some Snow-white Marble Eyes'). Et puis il y a cette voix féminine aux faux airs d'opéra sur 'Where hope and daylight die', inattendue, grandiloquente que l'on imagine celle d'un spectre vêtu de noir meurtri par la mort lointaine d'un amour ancien, reclus dans une quelconque place forte veillant sur la mère-Danube. Fantomatique, Tania Borsky réussit un exercice difficile. Tarja et ses copines à coffre n'ont jamais eu mes faveurs, c'est pour vous dire le remarquable travail d'immersion pour arriver à faire passer ça.

Au final, peut-on détacher Summoning de Tolkien ? Ma foi, oui, car la force du duo réside avant tout dans une mélodicité irréprochable doublée d'un désir d'expérimentation savamment cadré ouvrant la voie à une recette qui par la suite va perdre en superbe et inspirer toute une vague éculée, prétexte uniquement à l'évasion. Dans tous les degrés qu'elle comporte.


Recommandé  : tout mais les hammer-hits sont :

- 'Rhûn'
- 'Long lost to where no pathway goes'
- 'The glory disappears', le chef d’œuvre de la galette
- 'The Rotting Horse on the Deadly Ground' pour son riff hanté
- 'A Distant Flame Before the Sun'
 

samedi 23 janvier 2021

NÜCHTERN UNERTRÄGLICH - KOTZREIZ

  (2020)

Tiens, tiens, wer ist wieder da ? Et oui, Richter qui sort de sa grotte en préfa, tel un chroniqueur de black metal melo en pleine insécurité sans chaîne Youtube (ni jean sur la tête). C'était une aprem crasseuse comme tant d'autres, dans mon autre vie, celle où j'étais occupé et où je n'avais pas le temps d'alimenter ce blog miteux, je m'en souviens bien. Bien calé le cul sur les strapontins de la RATP qui ont vu des millions de culs avant le mien, le nez dans mon smartphone capitaliste déjà trop vieux, entouré de personnes à fond dans les cultures urbaines, street, chiques et décalées, ultra-globalisées et de quelques poivreaux, c'est là que s'afficha la nouvelle. Kotzreiz revient ! Mon visage blâfard s'anima alors d'un vieux feu, celui d'un autre lieu, d'un autre temps et me renvinrent en tête par rafale les images du passé. Alors les têtes pleines d'eau de la ligne 10 s'écartèrent de moi et me laissèrent passer lors de la descente, comme on laisse passer un fantôme.

 Car là c'était du sérieux,  on parle de Kotzreiz, pas n'importe quel groupe avec pas n'importe quelle ascendance dans la punkerei d'Outre-Rhin ! A l'image d'un autre groupe de province, Kotzreiz est né il y a une bonne treizaine d'années de la collaboration en projet parrallèle de Kotze -Vomi, la classe, ça c'est punk comme pseudo dis donc- guitariste de 200 Sachen, formation de pop à tendance vaguement punkisante fort sympathique menée par la pétillante et sémillante Kata Stroffe que j'avais vraiment kiffé en 2006 (urghhh putain...) et du batteur Reiz officiant, lui, avec l'autre groupe à chanteuse germanophone à jamais dans mon coeur, Jennifer Rostock. Du bon pédigré donc, mais qui en avait peut-être sa claque de faire office de PNJ derrière ces deux écrasantes personnalités vocales, de la subtilité et des sentiments sur riffs ultra-efficaces dans cet entre-deux éternel entre punk et pop. On comprendra leur envie de bruitisme primaire et acide dans leurs à-côtés du dimanche. Affublés d'un copain bassiste, ils sortirent en 2010 leur premier brûlot destructeur à la formule ramones dopé au vieux deutschpunk bien rentre-dedans, 'Du machst die Stadt kaputt'. Succès immédiat dans le petit milieu des rédacteurs de fanzine berlinois en manque de trve, mais à mon sens c'est vraiment leur second opus 'Punk bleibt Punk' qui a sauvé le deutschpunk de la stagnation, qui finit malheureusement tout de même par arriver courant 2016. PbP c'était la claque que tout le monde méritait, parfaitement raw et aigri, quasi-indépassable ! Difficile de succéder à ce chef d’œuvre  galactique donc. Le trio sans doute happé ailleurs a donc pris son temps (huit putain d'années) avant d'oser montrer leur bout de leur nez.

  Kotzreiz ayant laissé la scène récente aux Alarmasignal, Pascow et autres Missstand se permet le luxe de faire évoluer leur son durant le silence médiatique, se démarquant de ces derniers et du reste des formations plus jeunes et obscures en s'assagissant. D'emblée le constat est là : un air de Clash flotte désormais sur l'ensemble de la galette, influence assumée et recherchée, en quelque sorte l'un des débouchés naturels de l'évolution d'un groupe de punk en mal de renouvellement. Là où on pouvait craindre au vu du morceau éponyme un soufflet dégonflé, comme les Clash, il n'en est rien et les petits ajouts résolument rocks amènent une fraîcheur relative. La composition tend à se faire moins minimaliste, ajoutant des soli bluesys vraiment sympas, parfois des essais plus expérimentaux (l'électropunk de dance-floor à nouveau sur 'Toilettenstern' et 'Der räudige Aal' ou le double rythme sur la fin d' 'Ich bin ein Wrack') mais les fondamentaux sont toujours présents et l’exécution est d'une maîtrise totale tant au niveau du flow que des instrus au millimètre et difficilement criticables. Une sérieuse impression de deux temps d'écriture se dégage de l'ensemble tant une moitié de morceaux est dans la lignée droite de PbP ('Wer ist wieder da', 'Eiskalten Ohren', 'Ich bin ein Wrack','Ratten im System' datant lui de  2015, avec son inquiétante ambiance de décrépitude pré-apocalyptique) alors que les autres qu'on imagine plus tardifs sont dans cette optique de relative ouverture. L'aspect compilation de deux EPs a un rendu inégal mais on passera car en soit les morceaux sont bien pensés, à l'exception du très dispensable 'Sambuca Beach' et de son riff surf totalement cliché.

  Au niveau du chant, là aussi on s'assagit même si ça gueule toujours bien, surtout sur 'Ratten'. Plus mélodique et parfois un poil mélancolique, le chant se fait moins abrasif dans l'ensemble. On notera la présence de deux guests féminines amenant de la variété (comme quoi, on retourne toujours aux bases hein) et que je n'ai malheureusement pas pu identifier. Même si au timbre la voix de 'Der räudige Aal' fait furieusement penser à celle Kata Stroffe. Les paroles s'éloignent quelque peu des incisions à vif des opus précédents et un certain recul mélancolique sur le monde, la vie, les amis et les amours poind. Kotzreiz clamaient qu'ils ne chantaient pas sur ces thèmes, c'est bien fini ! Les réflexions alcoolo-philosophiques ont donné leur noms à l'album mais à mon sens c'est bien l'amour qui transpire de la majorité des morceaux, à côté ou parfois mélangés à un aspect plus sociétal. Amour pour la scène, toujours, pour les autres, parfois, amour dans les chiottes avec un(e) inconnu(e), pourquoi pas. Le point culminant de la galette étant le magnifiquement émotionnel 'Punkboys don't cry' tout en nuances. Ok,  cela ne vaut pas pour  'Eiskalte Ohren' dont le message d'un engagement rare peut se résumer à "On se les pêle bordel !". Goethe n'a qu'a bien se tenir.

 Au final, huit ans c'est long et le monde a eu le temps de changer largement, Kotzreiz compris. Loin de sortir une galette impérissable comme la précédente, le trio berlinois signe tout de même un album de très bonne facture qui a tourné plusieurs mois dans mes playlists personnelles. Malgré une fin très abrupte, totalement recommandé ! 

https://kotzreiz.bandcamp.com/

 



 Recommandé : globalement tout l'album  sauf 'Sambuca Beach' mais les points d'orgues sont :
- 'Wer ist wieder da', Aufruf dans la tradition allemande
- 'Toilettenstern', c'est tellement ça les fins de soirée...
- 'Punkboys don't cry', la pépite du skeud, fort  émotif mais sans sensiblerie surfaite
- 'Ratten im System' ca-ta-cly-smique
- 'Nix zu verlieren'






為了森林裡最美麗的,我真的愛你.

"Te souviens tu encore ? ... Chaque journée de merde, je m'assois seul au bar, je bois pour nous deux, mais les gars punks ne pleurent pas"

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