lundi 7 décembre 2015

HANDY/SCHLÜSSEL/PORTEMONNAIE - FUCKFX

(2014)


  Si vous aimez vous perdre dans des pérégrinations musicales au sein de la nébuleuse musicale du deutschpunk vous allez fatalement vous rendre compte de la fracture terrible qui divise ce petit monde en deux. Comme dans chaque scène punk sur cette Terre, il y a les "nationaux" qui se sont construits par eux-mêmes et vivent essentiellement sur les acquis des années 80. En Allemagne, je les cite souvent ici, se dégagent particulièrement Toxoplasma, OHL, Slime et toute la clique. Et puis il y a les "américains" qui ont adopté les codes apparus en Californie -surtout- au début des années 90. Cette classification  est notamment reprise sur Wikipédia, gage de sa pertinence évidente, où en gros le son des 70s est celui des pionniers anglais (Damned, Pistols, fuck les Clash), celui des 80s plus protéiforme, variant selon les scènes (anglaise, côte Est, côte Ouest, Suède, Allemagne, Espagne, et même France avec les Ludwig et les Bérus) et celui des 90s qui lui est  pompé sur the Offspring et NOFX et tous les "punks à roulettes" décriés par les plus vieux des vieux cons des anciens punks européens. Votre serviteur, étant fan tant des Allemands que des Américains, se désespérait de trouver un groupe vouant un culte à NOFX mais avec des paroles en allemand. Alors que j'allais m'y mettre avec les potos dans le garage, vint ma bonne vieille tante Gerda qui me jeta à la gueule FUCKFX sans plus de ménagement.

  FUCKFX ?! Carrément ! Avec un tel nom, le trio ne masque pas ses ambitions. Moi aussi j'ai trouvé Fat Mike cool à en crever jadis, moi aussi j'ai appris "this same forbidden beat" que Erik Sandin nous assène sur les 18 millions d'albums que compte la discographie des camés californiens, mais eux l'ont fait. Au pays du punk rock la voie est longue et rude  et les 12 pistes de "Portable/Clé/Porte-monnaie" ne nous sont parvenues qu'en 2014 alors que les enregistrements datent de 2009 et 2012. Et pourtant l'album ne souffre aucunement de sa longue gestation, bien au contraire.

  Dès les premières notes de 'Mortadella' on se retrouve propulsé direct en 1997 et si on ignore le chant, on retrouve tout ce qui a fait la grandeur de la seconde scène californienne. Le rythme est effréné et nerveux, les petites passades techniques du batteur, les lignes de basse confortables et les riffs mélancoliques puissants tout y est, tout est bien en place. Les morceaux sont tous sans exceptions hautement mélodiques mais ne se laissent pas aller à une linéarité un peu chiante qui aurait été dommageable. Non, à l'image des anciens de Knochenfabrik, l'autre référence qui s'est imposé lors de mon écoute, on se retrouve loin de l'écueil pop/ramonescore du sempiternel refrain/strophe tournant en boucle. Prenant à contre-pied les groupes de leur génération comme DDP, Duesenjaeger ou les fameux Shitlers qui se tournent de plus en plus vers un rock mélancolique, FUCKFX s'amuse avec malice à renouer avec leurs/nos racines musicales, en sales morveux des 90s qu'ils sont. La production "maison" n'est pas aussi propre que ce que font les Américains et tant mieux, ce petit côté "eigenproduktion" très fortement appréciable nous ramène directement les pieds sur terre. Gut gespielt.

  Le chant est énergique et on est loin des lamentations des derniers albums du Gros Mike qui pleurniche sur un peu tout les sujets possibles. Groupe jeune et loin d'être blasé, FUCKFX balance le paquet avec des chœurs toujours à point et une voix bien cassée et bien allemande (Knochenfabrik je vous dis !)  bien plus à l'aise sur ce son californiqué que ce à quoi l'on pouvait s'attendre. Nous régalant en argot von Göttingen qui se croit cool, le groupe nous détaille ici des tranches de vie. Loin des grosses déclarations de guerre à l’État anarchistes, le registre reste assez léger, même si une certaine façon douce-amère de voir le monde perce au travers ces histoires de fêtes d'où l'on rentre seul et un peu dégoûté, de repas devant la télé comme des gros losers ou de bouchons n'en finissant plus sur la route de l'Italie. Flirtant entre pathos et ironie, les textes sont malicieux, comme on s'attendait de la part d'un groupe avec un son pareil.

  Au final, si FUCKFX  a fait son petit buzz en reprenant eux aussi le thème de Tetris, ce n'est pas le point le plus intéressant de l'album. Avec un honnêteté rare et une fraicheur que je pensais disparue depuis 10-12 ans, cet album s'est lentement imposé comme une des bonnes surprises deutschpunk de ces dernières années. C'est rare mais on peut ajouter cet album au bac des "bons vieux sons des 90s" sans aucun complexe.



Recommandé : globalement tout mais encore plus :
- 'Keine Ahnung'. Ich mache was ich maaaaaaaaaaag !
- 'Mortadella'
- 'Party vorbei' on a tous connu ça, cette rentrée de soirée perturbante mentalement
- 'Schrottplatz' aux petits accents quasi-Zaunpfahl !
- 'Stau'
- 'Kotzepisse' die alte punkrock Symphonie.

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