mercredi 18 novembre 2015

BATTLE METAL - TURISAS

(2004)


  Votre consommation musicale est-elle liée à un moment bien particulier de la journée, la corrélez-vous à une quelconque activité annexe du type procrastiner, travailler ou même baiser ? Pour ma part j'écoute une bonne partie de la musique que j'aime au volant, pendant les bouchons matinaux, quand j'en ai marre de Mylène Farmer sur Chérie.fm  ou des dernières actus à la con du monde journalo-parisien de France Info. Une sélection patiente des meilleurs titres a progressivement envahi ma boîte à gants. Et puis il y a "les autres disques", ceux glanés à droite, à gauche, que des gens m'ont offert au fur et à mesure que la vie s'écoule et que l'on se rapproche inexorablement du tombeau. 'Battle Metal' a l'insigne honneur de partager la place dite de "Finntroll et ses copains" avec d'autres pointures de la mélasse métallique comme Killswitch Engage et Eluveitie (je me suis toujours pas remis du soir où j'ai découvert Finntroll sur une chaîne suisse malgré "mes 72 euros" mensuels). Et après 2 ans passé à regarder 'Battle Metal' en chien de faïence entre deux poids-lourds ou deux Minis "roses puputes" suivis d'environ 72 écoutes compulsives une fois que j'avais enfin décidé qu'on allait passé un cap BM et moi, vous avez l'immense privilège de lire ce que j'en pense. Bande de veinards.


  Il était donc une fois la Finlande, un étrange pays où comme qui dirait "les gens ont pas de vaches mais des rennes et roulent en Volvo" et où tout le monde parle finlandais sauf une bande de Suédois à la con à l'Ouest, une bande de Russes à la con à l'Est et les chanteurs de heavy metal qui se bornent à chanter en anglais pour qu'on y comprenne quelque chose. A peu près à l'époque où le monde découvrait Nightwish (comment ça le décolleté de Tarja ?!), 'Battle Metal' sortit, fruit d'une longue et douloureuse gestation en cours depuis 1997. Cette histoire compliquée se ressent particulièrement ici puisque plus qu'à un concept-album, habituel dans les eaux du métal-fête-à-la-saucisse-nordique, on a  ici droit à une collection de titres différents les uns des autres. Oui, oui, comme sur un disque de pop. En 12 pistes, Turisas parvient à nous ballader en puisant certes massivement dans le vieux heavy traditionnel matiné de pompeuses instrumentations classicisantes, mais aussi dans des registres plus inattendus comme de l'électro bas du front que Rob Zombie n'aurait pas complétement renié ('Midnight Sunrise'), de la humpa bien crade ('Sahti-Waari') ou même le jazz (ce break sorti de nulle part sur 'Among ancestors' ou la fin de 'Rex Regi Rebellis') .

  Difficile de résumer ici la richesse de cet album qui  mérite plusieurs écoutes attentives avant de déceler chaque partition de chaque instrument. Séparément aucun ne viendra vous scotcher les tympans, il faut juger un ensemble sur chaque piste. Ainsi plus qu'aux riffs de gratte la part belle est faite au violon, au flutiau et au synthétiseur trompettisant censé emmener une plus-value doucereuse et champêtre, ancienne comme une Lothlorién de supermarché ou encore plus inspirée par la période médiévale de l'Europe plus méridionale. Pour un peu elfes et chevaliers seraient au rendez-vous si le trait n'était pas en permanence forci à la limite du ridicule. Tantôt indigeste, tantôt grandiloquent Turisas joue clairement la surenchère. Parfois on se sent pris au jeu comme sur un 'Battle Metal' certes risible mais galvanisant, 'As torches rise', ou un 'Rex Regi Rebellis' certes bien beauf et hobbitesque mais qui contient de bonnes parties quasi-martiales prenantes. Et parfois non, trop c'est trop, comme pour 'One More' cul-cul comme pas permis.

  Faisant partie d'une longue lignée de groupes ne plaçant pas les paroles au centre de son approche, on doit ici se contenter plus de textes d'ambiances que de brûlots engagés. On nous parle ici principalement de batailles anciennes et se voulant épiques, mais sans la fascination pour la mort ou la Nation qui hante bien des albums du Nord. Turisas se rêve un passé fantasmagorique peuplé de braves guerriers que l'on devine plus païens que chrétiens, évoluant dans une nature boréale. Entre les lignes d'autres thèmes sont abordés de près ou de loin, notamment la perte des amis chers sur 'Among ancestors' qui commence pourtant comme un récit de beuverie. Enfin on appréciera les efforts sincères du frontman aux accents black bien sentis et surtout les chœurs profonds qui redonnent un peu de sérieux à cette débauche folk-metal, surtout sur 'The Land of Hope and Glory', une triste histoire d'émigration vers ce qui semble être l'Amérique. Le chant est des éléments qui vient cimenter cet ensemble chargé et achever de rendre certains morceaux efficaces dans leur registre.

   Au final, un disque très riche, éminemment de mauvais goût mais qui sous un couvert de kitsch salace a une âme, une vraie. Bref un de ces disques vers lequel on retourne alors qu'ils sont pleins de ces saloperies qu'on fuit d'habitude.



Recommandé, enfin si on peut dire :
- 'Battle Metal'
- 'As torches rises'
- 'The Land of hope and glory' avec son intro so 90s
- 'Midnight Sunrise'
- 'Rex Regi Rebellis' mais attention quand même aux passages qui piquent




Dédié à mon ami et collègue. C'est comme si tu étais toujours avec moi.
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Articles aléatoires

Blogger