dimanche 25 octobre 2015

FRONTSCHWEIN - MARDUK

(2015)



  Trois ans après un 'Serpent Sermon' en dents de scie, revoilà les méchants grands-pères de Marduk. Marduk pour bon nombre de métalleux c'est un peu comme l'armoire Ikea de la chambre à coucher. On se souvient vaguement qu'on a vécu sans mais on ne sait plus vraiment quand c'est entré dans notre vie. C'est vrai pour bon nombre de collègues critiqueurs euh critiques, dont mes estimés pourvoyeurs de came sombre de Thrashocore dont je vous invite promptement à lire la chronique légèrement peine à jouir mais ô combien intéressante ici. Mais pas pour moi. Marduk est venu dans ma vie très précisément en 1999 lorsque je n'étais qu'un jeune kikoo bercé par le pop-punk californien et le vieux hard rock à moumoute des années 80. Marduk est le premier groupe de black metal que j'ai entendu de ma vie avec leur mythique 'Panzer Division'. Une sombre histoire dont on reparlera sans doute ailleurs sur ce blog miteux, mais pas aujourd'hui.

  Contrairement aux collègues de Thrasho et Métalorgie, passé le choc de la violence musicale, j'ai trouvé leur propos ridicule. A une époque où Karl-zéro nous passait le dimanche midi des reportages lénifiants sur les prémices du NSBM franchouillard à Marseille (ça donne envie de rire aujourd'hui mais apparemment à l'époque selon Canal le premier des problèmes dans le Sud c'était le NSBM... bien évidemment...), j'avais trouvé leur apologie sans complexe de la guerre dans sa conception la plus basique, le fait de donner la mort à grande échelle pour assouvir une quelconque soif de pouvoir masturbatoire, totalement affligeante. Et j'avais moins de 14 ans. J'avais donc laissé de côté les Suédois et leur hail Satan de cour de récréation pour autistes et j'avais continué ma voie vers la vraie musique, le punk hardcore. Ce n'est qu'en 2013 que le titre éponyme de 'Serpent Sermon', particulièrement inspiré au niveau de la gratte, m'a poussé à me repencher sur leur cas. Contrairement donc aux collègues de Thrasho je n'ai pas un attachement particulier pour Marduk et je n'ai pas suivi leur évolution, je m'en battais les yeuks d'eux pour franc. Alors pourquoi se casser le cul à rédiger deux paragraphes introductifs aussi longs ?


  Parce que même s'il ne renouvelle rien, cet album tient largement ses promesses et que depuis une semaine je n'écoute que cette musique malsaine, dans le même processus d'attraction/répulsion que pour 'The Satanist' par Behemoth. Un black metal propre au combo encore marqué par leurs jeunes années dans l'arrière cour de la scène death suédoise du début des 90s, et qui malgré les changements de line-up affiche très peu d'évolutions stylistiques, voilà ce que nous propose musicalement Marduk, groupe à recette figée parmi tant d'autres. On commence en grande pompe avec un 'Frontschwein' plutôt classique mais qui saura faire son effet avant d'entrer dans le vif du sujet avec un 'Blond Beast' d'une rare maîtrise. Ce putain de rythme disco, je ne m'en lasse pas ! Cette alternance entre déflagrations raw et morceaux plus posés déjà présente depuis 'Wormwood' viendra faire vivre cet opus de 11 titres.  Moins inégal que leur dernier glaviot satanique, 'Frontschwein' laisse une large place à une atmosphère épaisse et malsaine avec de bonnes lignes de basse, ce qui est assez rare dans le black pour être mentionné. La mélodicité n'a plus forcément besoin d'émerger du chaos sonore comme sur 'Panzer Division' pour être pleinement appréciable, et c'est un sacré gain puisqu'on se retrouve d'emblée plongés dans les titres les plus catchys. Ainsi '503' et 'Rope of regret' viennent se poser très naturellement malgré leur côté presqu'industriel aux côtés des mardukeries plus classiques mais tout aussi jouissives comme 'Nebelwerfer' ou le prenant 'Afrika'. Seul morceau insipide à mon sens 'Falaise : cauldron of blood" où l'on s'ennuie assez ferme. Concernant le"chant", saluons enfin la prestation de Mortuus qui n'a pas à souffrir une fois de plus de la comparaison avec le légendaire Legion. Sur le dernier morceau, 'Thousand fold death', il nous crache à la gueule un flow à faire pâlir n'importe quel rappeur wesh-weshard en phase pré-islamiste de la Fuck Coast. Plutôt anthologique.



  Au niveau des paroles Marduk revient à la deuxième mamelle de son fond de commerce, et ce sans aucun complexe. Exit le satanisme morbide du dernier opus revoilà la grosse mitraille du IIIè Reich, qui sera à son tour suivi à n'en pas douter d'un énième album consacré au vampirisme. Si le disciples de Satan m'ont toujours fait peine (heureusement leurs jours de gloire dans le milieu métalleux commencent à être loin derrière nous, heil Wotan et caetera hein) il n'en est pas de même pour ceux utilisant l'autre expression cliché du Mal sur cette Terre, le national-socialisme, cousin honteux du socialisme patriote totalement mainstream de Gros-Lard-1er-et-ses-amis-avec-des-roses-dans-la-main. Enfin, je dis ça, je dis rien. En ces temps plus que troublés pour l'Europe, sortir un album avec un soldat de la Wehrmacht la main sur sa Handgranat et le marquer d'une croix de fer, est certes un acte mercantile surfant sur le tabou absolu de la société-capitaliste-faussement-égalitaire-de-mon-cul mais celà capture extraordinairement le zeitgeist actuel. Marduk à son habitude se contente d'être faussement descriptif dans son approche mortifère des charniers de l'Est. En effet sous couvert de glorifier uniquement la mort et la destruction, on pourra trouver de singulières lignes faisant ressortir la vraie approche du groupe. Pour moi aucun doute, cet album est bien plus politique qu'il ne se veut. On trouvera ainsi un message bien froid sur 'Rope of regret" à l'encontre des "Partisans", ou des allusions à la nature satanique des agissements des Allemands et surtout des troupes SS au milieu des morceaux plus historicisants ou illustratifs. Marduk nous (ré)instille les vieux schémas "à la Riefenstahl" à l'heure de la générosité tiers-mondiste uberxénophile post-chrétienne et n'en a absolument rien à foutre.


 Au final, comme ça arrive parfois dans le black metal des putains de fachos qui jouent des putains de riffs. Dinosaures du black à l'image des autres Gorgoroth et Darkthrone, Marduk ne se laisse cependant pas aller à la facilité au pays des croix gammées et s'il est vrai qu'il ont du mal à abandonner les schémas pop dans leurs chansons, ils restent une des pointures dans le registre simple et efficace avec le sens du petit je-ne-sais-quoi épique qui change tout.


Recommandé, musicalement du moins :
- 'The blond Beast'
- '503', litanie morbide des villes de l'Est tombées
- 'Afrika'
- 'Rope of regret'
- 'Thousand fold death'

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Articles aléatoires

Blogger