vendredi 3 juillet 2015

VIEJOS RELATOS - LA MAMA DE SANCHEZ

(2014)


La globalisation. On a tous entendu ce terme fourre-tout, cette dénomination de façade qu'une tête d'ampoule de l’Éducation Nationale s'est évertué à faire entrer dans les manuels scolaires de tous les collégiens de Gaule. La globalisation, c'est la délocalisation capitaliste, l'exploitation de la misère humaine par une minorité sous coke à l'échelle mondiale mais c'est aussi ce putain de Net où toi et moi on vient poser nos culs de plus en plus souvent. Le bon côté de l'affaire c'est que l'on peut enfin écouter toute la musique que l'on veut -ou presque !- et ouvrir nos esgourdes un peu plus loin que les sirènes anglo-saxonnes et leurs rachitiques contre-façons francophones. Dans ce monde globalisé le punk trouve un écho particulier et s'enracine bien loin des quartiers de la working-class anglaise qui l'a vu naître. Très vite ce son si spécial a atteint les côtes des pays hispanophones mais n'a jamais été reconnu, que ce soit à l'international ou au cœur même de ces nations, se cantonnant à la marginalité. Quand on était espagnol ou chilien et qu'on jouait dans un groupe au maximum on faisait une tournée dans son pays, voire dans le pays voisin, mais l'audience n'allait jamais bien plus loin que ça -hors descendants d'immigrés fans de La Polla bien seuls dans leur trip. Celà aussi s'est fini avec la globalisation !

  En Amérique du Sud, je l'ai vu de mes yeux, le rock et le punk rock sont des musiques vivantes faites pour les jeunes et par la jeunesse. Parmi la flopée de disques "latinos" (vilain mot) que je me suis englouti ces derniers temps, celui-ci m'a particulièrement marqué. Il est le fait d'armes d'un groupe d'assez jeunes équatoriens ayant manifestement écouté la même merde que moi et ayant retranscrit tout ça sur un 6 pistes rudement bien foutu. Alors oui, ce qui m'a poussé à m'y intéresser -bêtement- c'était ce nom à la con et ce trio de Grâces bien charpentées et fort peu vêtues, mais je ne pensais pas trouver quelque chose d'aussi riche.

  Là où on l'on pouvait craindre une énième redite des pionniers espagnols -Eskorbuto, M.C.D. - ou des dieux sud-américains que sont les Ramones, on se retrouve confronté à quelque chose de nettement plus proche de l'ancienne école californienne, à la fois cool et noire. La première piste 'Cancion Protesta', ouvre le bal avec un riff peu innovant mais accrocheur et pas si simple que çà, une ligne de basse vivante et une structure efficace sans prise de tête. Pas mal, pas mal, mais le véritable intérêt vient après. 'Fobias y desprecios' nous montre un autre visage orienté vers le post-punk bien rondouillard et cosy, quasi-lunatique, trouvant la force de ne pas sombrer dans la répétitivité lassante. Par la suite on se retrouve confronté à de l'excellent hardcore de l'ancienne école, par moments digne des pistes cultes du fameux 'This is Boston not L.A.' ou des grands anciens de la Côte Ouest. Carrément. Alternant entre rentre-dedans et son plus macabre ('Mutantes homicidas' a un excellent solo typé surf music, particulièrement décadent je trouve), le groupe montre ce dont il est capable, bien mieux que sur leur première galette uniquement centrée sur l'aspect violent et morbide. De plus notons que la production est tout bonnement excellente, amenant une nette plus-value à l'ensemble.

  Musicalement ça tape donc fort et juste mais le chant est également très adapté. Tantôt caverneux, tantôt lorgnant sur le phrasé typique des prods scandinaves le chanteur parvient à retranscrire en castellano cet aspect rugueux ou inquiétant plus facile à trouver dans une langue germanique aux inflexions plus simples. Du très bon travail, loin des borborygmes hideux que la langue de Cervantès peut présenter. Enfin au niveau des paroles, pas de problème, on retrouve le message lourd de sens que portent tant de groupes de punk sur cette damnée planète. Le sens critique et terre-à-terre, quasi vengeur du punk vis-à-vis des institutions étatiques/sociétales se retrouve dans toute sa gloire, même si une place assez nette est également laissée aux sentiments diffus et négatifs liés à la mort sur deux morceaux ('Collecionista de cabezas' et 'Fobias y desprecias'). Ce qui n'est pas pour me déplaire personnellement !



   Au final, seulement le 2è EP et une progression intéressante pour ce quatuor trouvant sa place entre horreur morbide et colère sincère sur fond d'influences californiennes des premiers jours. Affaire à suivre !



Recommandé : tout, 6 pistes c'est si court.

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