dimanche 5 juillet 2015

BÖHSE ONKELZ TOP TEN

  Après les Toten Hosen et die Ärzte, il était tout naturel de compléter la sacro-sainte trinité du rock allemand avec le troisième groupe, bien différent par bien des points. Si die Ärzte sont ceux qui  m'ont poussé la tête la première dans le punk allemand, et les Toten Hosen sont ceux qui ont produit l'un des meilleurs albums que j'ai entendu de ma vie, les Böhse Onkelz sont mes préférés. Plus durs, plus variés, plus noirs, les Oncles sont d'une toute autre trempe que les groupes punks pullulant de par la Germanie et dont je parle très (trop) souvent ici même. Foncièrement antagonistes avec les deux autres formations durant plus de 20 ans, ils s'en démarquent par un passage plus ou moins long selon les membres par la case extrême droite -toujours cette même vieille histoire qui devient plus que chiante à la fin- mais aussi par une plus grande maîtrise technique (avec une période au début des années 90 où celà se sent qu'ils écoutaient beaucoup beaucoup de thrash). Pourtant ce qui est le plus important chez eux et qui m'a toujours plu c'est qu'hormis une paire de chansons stupides sur l'alcool, quand on les écoute on sait que ce qu'ils disent n'est pas (trop) du chiqué, ce qui a achevé de les rendre crédibles et de les faire entrer dans la vie de leurs millions de fans. De ce côte-ci du Rhin on parle parfois des Böhse Onkelz mais rarement en bien sur support écrit, c'est pourquoi je vous convie dans ce top 10.


10. Kirche - E.I.N.S. (1996)


  A force de voir d'être noyés en permanence par la morale multikulti, on aurait tendance à oublier que nous sommes avant tout en Europe en terre chrétienne depuis plus de 1500 ans, et à l'Ouest a fortiori en terre catholique. Cette bonne vieille Église Catholique, toujours là pour nous dire quoi faire, nous apporter ses lumières éternelles, pour nous écraser de sa puissance matérielle et spirituelle. Rendez vous à l'évidence, âmes égarées l’Église Catholique a tout compris de l'Homme, nul besoin d'aller voir chez les falsificateurs ou les idolâtres ! Ceci-dit une telle mainmise ne pouvait pas rester sans contestation, et même si il y eut une légion de groupes de toutes obédiences pour la critiquer, la fustiger, lui chier dessus, à tel point que c'en est devenu un gimmick so 90s, cette chanson est une des plus puissantes du genre. Les Onkelz alors dans leur meilleure phase musicale en profitent pour sortir le grand jeu en restant à la fois tout à la fois très hard rock et en rendant justice à la millénaire liturgie catholique, afin de clamer définitivement tout leur dégoût de l'Institution. Déjà dans leur période skinhead ou pseudo-thrash leur détestation de la religion alors la plus présente dans les esprits était un thème récurrent, comme chez bien d'autres de ces mouvances, mais jamais le sens du grandiose et presque du mystique n'avait été aussi bien exploité dans leur discographie. Par la suite les Francfortains enfonceront une ultime fois le clou, en se déclarant plus connus que Jésus (faut peut-être pas pousser non plus). La Foi dans les Onkelz ne saurait souffrir concurrence. Et n'oubliez pas faibles humains que vous êtes, celui qui n'a pas peur du Diable n'a besoin d'aucun Dieu.





09. Stunde des Siegers - Böse Menschen – Böse Lieder (1985)


 La période skinhead du groupe est sans nul doute la plus pauvre de leur carrière, avec beaucoup de titres mal enregistrés et se ressemblant la plupart du temps. Pourtant au milieu de ce flot "bête et méchant" se dégage déjà une volonté d'offrir un son plus raffiné et plus intéressant. A partir de cet album seul Kevin Russell restera effectivement encore skinhead un temps, tandis que Stephan Weidner et Gonzo s'éloignent déjà de ces rivages musicaux frustres pour intégrer plus de technicité (ces solis...) et plus d'atmosphère. Morceau simple et sombre, encore empreint d'une certaine brutalité d’exécution, "l'heure du vainqueur" sonne comme un chant d'outre-tombe qui m'a toujours paru avoir une réelle plus-value comparé au reste des morceaux de leurs jeunes années.



08. Nekrophil - Es ist soweit (1990)


  La fin des années 80, le tout début des années 90 est à mon sens la seule époque où une musique "extrême", celle que l'on appelait alors simplement hard rock, a atteint un tel point de popularité auprès de la masse, même, chose incroyable, en France. Les pochettes qui trainaient dans mon entourage n'étaient que Slayer, Megadeth, Napalm Death, Metallica, Guns, Def Leppard, Testament. C'était bien simple, on avait atteint le stade où tout le monde se penchait sur le hair ou le thrash metal, et même les sacro-saints Onkelz durent s'y mettre. C'est avec 'Es ist soweit' que les Allemands s'approchèrent le plus du thrash tant sur le fond que sur la forme. Tout en ne sachant pas jouer pleinement ce style, les influences y sont manifestes du riff principal jusqu'au chant plein de la haine la plus morbide et noire qui soit. De même les paroles sont parmi les plus horribles, les plus sales et les plus malsaines que les Oncles écrivirent, presque dignes d'un groupe de death standard. C'est cette chanson pourtant pas très connue qui m'a fait plonger dans la discographie des BO, tant celà me rappelait mes très jeunes années et toutes ces pulsions glauques et violentes pleinement assumées. Quand je vois ces gamins stupides nés après le grunge, professant leurs doctes théories sans avoir connu la culture consumériste de cette période, je les plains. Pauvres cons élevés à l'image d'une société de pauvres cons, vivez dans votre bulle, dans vos angélismes béats, vous êtes bien plus nécrophiles que je ne le serais jamais.


07. Danke für nichts - Hier sind die Onkelz (1995)


  Si j'avais pu faire de l'argent avec mon ressentiment envers les humains que je suis forcé de côtoyer, je serais à l'heure actuelle probablement millionnaire. Ce sentiment, ainsi que son opposé, la gratitude envers les fidèles, sont très abondamment exploités dans les chansons des Onkelz à partir des années 90. 'Hier sind die Onkelz' est un de leurs albums les plus directs et maitrisés dans la veine d'une semi-retour à leurs très anciennes racines punk, et c'est donc tout naturellement que sur cette piste punkisante s'étalent des paroles de défiance, et oui de haine, dédiées à tous les bâtards qu'ils ont pu croiser au cours de leur carrière. Ces mots-là je les ai pensé comme tant d'autres de très longues années, et c'est bien là la force de Stephan Weidner et co. : le lien entre leurs chansons et nos propres vies.



06. Heilige Lieder - Heilige Lieder (1992)


  Dans tous les cultes religieux  il y a une majorité de personnes qui suivent un corpus de règles et de traditions sans liens directs avec une expérience mystique personnelle. Ce sont des croyants sociologiques, qui pensent croire, mais se contentent de se berner eux-mêmes. Voilà pourquoi la religion organisée est tant haïe : elle n'est qu'un corpus législatif absurde et contraignant, vaguement mâtiné de philosophie, qui ne s'impose que par des moyens bien terrestres au final. Beaucoup acceptent ce joug car ils ont envie ou besoin de se sentir appartenir à quelque chose dépassant leur misérable carcasse.On retrouve le même phénomène chez le fan hystérique. Issue d'un de leurs meilleurs albums, 'Heilige Lieder' est une piste intéressante musicalement parlant car elle pousse le hard rock des 80s un peu plus loin dans les cordes mais aussi pour son ambiance solennelle, quasi-religieuse, de "Zusammenhalt". Cette sainte chanson n'est pas très différente d'une liturgie usant d'un son grave et puissant pour faire entrer le fan en communion avec ses semblables. Ce n'est pas pour rien que son titre a été retenu pour le site de fans le plus important de l'ère pré-wiki.


 

05. Nur die besten sterben jung - Wir ham' noch lange nicht genug (1991)


 
  Un des amis du groupe, Trimmi, qui les côtoyait depuis plusieurs années mourut suite à une agression violente en 1990 et ce dans des circonstances longtemps restées floues. Cet incident tragique plongea le groupe, et surtout Kevin, dans une grande et profonde tristesse ainsi qu'une colère certaine. 'Es ist soweit' fut dédié à leur ami, mais c'est l'année suivante que le groupe lui rendit un hommage très personnel qui reste dans les pistes les plus chargées de signification et d'émotion de leur catalogue. Écrite pour Trimmi, ses paroles n'en sont pas moins vraies pour tous ceux qui ont perdu ce qui est peut-être la chose la plus chère en ce monde : un authentique ami.


 

 

04. Keine Amnestie für MTV - Dopamin (2002)



  Un des morceaux qui m'a poussé à vraiment (ré)apprendre l'allemand correctement tant je voulais comprendre les griefs que les Onkelz avaient contre la chaîne mercantile ayant à jamais marqué la jeunesse des années 90/ début 2000. Lassés, plus que lassés des accusations de néo-nazisme qui leur collaient à la peau depuis près de 15 ans (15 ans !), les Francfortains entreprirent de faire payer musicalement la chaîne qui se croyait plus puissante qu'eux en pondant un morceau vraiment bad-ass. Celui-ci allait se hisser à la seconde place des charts, obligeant la chaîne traitresse à diffuser une pathétique image fixe précédée de laconiques regrets bien plats et faux. Certes les Oncles n'étaient pas des anges, mais ils firent pénitence maintes fois et le répétèrent ad nauseam, urbi et orbi.  Pas d’amnistie pour MTV certes, mais pour les autres aussi  ! Nazi, nazi, nazi, plein le cul d'entendre invoqué Hitler et ses sbires à tout bout de champ, pour justifier n'importe quoi, et surtout n'importe qui dans le droit de vous écraser médiatiquement. Un message pour ceux qui chassent des croix gammées imaginaires afin de satisfaire leur propre ego boursouflé.





03. Der Platz neben mir - Viva los Tioz (1998)


  La mort de Trimmi ne fut jamais oubliée par le groupe et 8 longues années après son décès, le quatuor lui dédia à nouveau une chanson  au texte encore une fois très simple et pourtant très significatif. La douleur s'en était allé, ne restait que la place à côté d'eux. Morceau à la construction inhabituelle on passe d'un tempo relativement élevé typique de la dernière phase musicale des Allemands à une partie plus intimiste et pétrie du blues rock que Gonzo affectionne jouer. Les meilleurs solis de leur discographie sont à mon sens sur cette piste qui allie fond et forme dans ce qui est un très bel hommage post-mortem.


 

 

02. Worte der Freiheit - Schwarz (1993)



 Les Oncles ont peu de chansons politiques fortes et avec 'Deutschland im Herbst' dédiée à "la merde brune", ce morceau est l'un des plus percutants de ce pan de leur répertoire. Abordant la cruelle désillusion que la Réunification devint rapidement pour ceux de l'Est, les brutes infréquentables de l'Ouest trouvèrent une fois de plus les mots justes. Avec leur entrée dans la partie capitaliste du monde les Ossies redécouvrirent assez brutalement la réelle valeur de la vie humaine ici-bas : que dalle ! Mais loin de les conforter dans une ostalgie naissante, ils exposent les deux côtés de la médaille avec le même mordant. Pour changer sa vie il faut agir pour qu'elle change disait Lénine et communisme ou pas, il n'y aura jamais de Sauveur Suprême. Ce sont de bien amères paroles que porte cette chanson au riffs puissants et hypnotiques avec un côté très noir mâtinés d'un étrange reggae, à proprement parler inattendu de la part du quatuor BO, mais elles sont toujours lourdes de sens 20 ans plus tard. Une fois de plus tout y est, le fond, la forme et les pensées désabusées de la rue.





01. Für immer - Weiss (1993)


  Les Oncles ont sur quasiment chacun de leurs albums un hymne à leur propre gloire, s'auto-mythifiant dans un processus quasi-névrotique. 'So sind wir', 'Hier sind die Onkelz', 'Die Firma', 'Errinnerungen' et j'en passe. Essayant d'être plus eux-mêmes qu'eux-mêmes, forçant leur propre légende, ils n'avaient aucun scrupule à parler d'eux dans des termes mégalomaniaques. Alors, ouais, quand on voit le nombre de personnes présentes à leurs "concerts d'adieu" en 2005 (120.000 personnes, soit l'équivalent de toute la population de Perpignan) on peut comprendre que les chevilles aient un peu gonflées. Cependant au milieu de leur double album Schwarz/Weiss, les Oncles abordent pour une des rares fois dans leur discographie la solitude, le malaise d'avoir été quitté parce qu'on a été trop con, une bien plate mélancolie. Une de leurs rares ballades, un brin cul-cul j'avoue, mais elle reste pour moi une de leurs meilleures car ne serait-ce pour une fois ils montrent leur côté faillible et délibérément humain, pour ce qui ressemble fort à de sincères regrets bien loin du monde des rock stars.





  Haïs, maudits, idolâtrés, les quatre sales gosses de Francfort ont tout connu semble-t-il. La gloire, la drogue, la haine et la peine ont marqué leurs vies, mais au milieu de toute la merde qu'ils ont traversé ils ont toujours su être en phase avec leur public cible jusqu'à faire réellement partie de la vie de leurs fans. Ceux-ci forment une communauté incroyable qui a bien des aspects d'une sous-culture à proprement parler et ils resteront encore longtemps un de ces groupes incontournables pour qui s'intéresse au rock ou simplement à la musique allemande. Je me suis restreint ici à 10 morceaux mais je vous invite à fouiller leur discographie, même leurs débuts braillards et pas très intelligents.

  Bien loin des rivages du punk allemand que j'abordais plus jeune, les Boehse Onkelz ont toujours été là quelque part, et leurs faits d'armes réels ou fictifs ont bercé mon adolescence tout autant que ceux des punks. Biens plus techniques, sans ce maudit fatras anarchisant standardisé, les Mauvais Oncles avaient pour eux leur parler vrai, leur fierté de venir de nulle part et de s'être fait une place contre le monde entier. Réunis en 2015 pour permettre vraisemblablement à Kevin de se sortir de ces démêlés avec la justice et l'héroine, les Boehse Onkelz n'ont pas perdu leur intégrité. Au-delà du folklore marchand, j'ai bien envie de dire "Böhse Menschen, böhse Lieder, böhse Onkelz, immer wieder". Bis zum bitteren Ende.

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