lundi 16 mars 2015

JA + AMEN - STAHLSCHWESTER

(2012)


  Ami de la musique de niche bonjour ! Parlons un peu d'un de ces bons albums de punk allemand un brin dégueu et délibérément tourné vers le old school dans un post qui ne devrait m'assurer qu'environ 6 vues, puisque telle est la raison d'exister de richtermusik. Aujourd'hui abordons donc 'Ja und amen', rejeton d'un groupe relativement jeune issu de la scène hambourgeoise contemporaine. Ah, Hambourg rien que le lieu d'origine du quatuor est porteur d'espérances. Alors que jadis la Hanse était toute puissante dans les mers du Nord, édictant sa loi depuis le fin fond de la Baltique jusqu'aux marchés de Londres, la cité connut une phase de déclin progressif d'abord lorsqu'elle se retrouva ligotée par le Reich nummer 2 puis  plus encore avec la Guerre Froide qui acheva de la rendre inutile. Un bon terreau pour que se développe une scène rock bien vénère, d'autant plus que les échanges fréquents avec le Royaume-Uni eurent tôt fait d'acheminer dès les années 70 la Sainte Parole Punk. Hambourg donna ses lettres de noblesse au deutschpunk puisque c'est là-bas que se décida plus ou moins volontairement au sein des groupes du tournant des années 80 de ne plus chanter en anglais mais en allemand. La cité portuaire était une valeur sûre, au même rang que Düsseldorf ou Berlin jusqu'à la Réunification. Depuis lors une gentrification lente et sournoise se produit. La ville devient belle et touristique, ce qui est très bien, mais les groupes qu'elle enfante ressemble de plus en plus aux groupes de "punk" allemand pour hipsters que Tracks nous sort d'on ne sait trop où de temps en temps (sans doute des potes du cadreur...) et de moins en moins aux légendes de la "vraie" punkerie germanique. Cela ne me plaît pas à moi, mais encore moins à une frange de la population locale qui s'échine à produire des bons albums pour faire oublier ces bouffons tatoués en chemises à pois.

  Stahlschwester est de cette trempe et hormis la chanteuse le line-up fait plus dans le vétéran que dans le minaud. L'album s'ouvre sur une intro douce mais quelque peu inquiétante au piano accompagnant des extraits de reportages, puis vient ce que l'on est venu chercher : du pur punk bien acide à l'ancienne et sans fioritures MTVesques. Cette orthodoxie punk intransigeante mais efficace, quelque peu semblable dans sa philosophie à celle régnant dans le black metal, accouche ici de 16 pistes courtes, à tempo pas si véloces que ça, allant droit au but sans aucun compromis. Fan de Vorkriegsjugend, tu seras comblé, de par ce côté simpliste et éloigné de toute tentation de crossover métallique ! La mélodie n'est  cependant pas totalement absente et on trouve à l'occasion des passages salutaires un peu plus posés ('Tagtraum', 'Abgrund'), voire des solis bien sympathiques. Oscillant entre vieux hardcore à D-beat pas trop gras et punk encore très rock, le groupe se permet même le luxe de nous transporter en Espagne sur une reprise bien éxecutée du cultissime 'Me gusta ser una zorra' de Las Vulpes. Cet aveu flagrant de fan attitude vis-à-vis des Espagnoles place bien les bornes du style que veut jouer Stahlschwester : pas trop technique ou mélodique mais juste ce qu'il faut pour que celà reste de la musique que l'on ait envie de se passer à l'occasion.


  Au niveau du chant officie le plus clair du temps une chanteuse du nom de Peppels, même si 'Fifi Brindacier a les nerfs' pourrait tout aussi bien être son nom de scène. Sa voix légèrement immature m'a paru très bien adaptée, mais elle pourra en rebuter certains à ne pas en douter. De même sa diction en allemand pour le moins étrangement hachée par moments ou  carrément douloureuse en anglais pourra constituer un petit moins pour les plus exigeants. Elle est régulièrement assistée par ses comparses masculins au sein de chœurs ou prenant les devant seuls, toujours désireux semble-t-il de gueuler un bon coup les slogans du punk bien à l'ancienne. On touche là du doigt un des autres points d'achoppement avec ce groupe. Le son est sympa mais les paroles de par leur intransigeance flirtent constamment avec le cliché. Les prises de position sont attendues et peu originales (en même temps rien n'a vraiment changé dans le fond) : l’État nous ment, la droite c'est de la merde, la gauche c'est de la merde, les nazis encore plus de la merde, et le futur... ben ce sera aussi de la merde ! Celà sent la redite certes, mais l'ensemble reste assez correct hormis les éternels passages anti-flics primaires, une apologie des attaques-suicides (...) et la critique pas très constructive de l'Allemagne du genre BRD = Scheisse. On notera des moments plus introspectifs sur la nature de nos existences d'une facture un peu plus élevée et une saillie contre les rageux virtuels.

Au final, un album tout à fait orthodoxe de deutschpunk bien bas du front mais terriblement sympathique !


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Articles aléatoires

Blogger