samedi 28 février 2015

GREY BRITAIN - GALLOWS

(2009)

Disclaimer : sortez les mouchoirs pour l'intro, y a du pathos dans l'air


  Quand j'ai commencé à écrire ce blog, c'était avant tout pour que quelque part se trouve écrit en français une somme d'articles parlant de la "vraie" musique punk, sans langue de bois, avec un avis tranché et sans fioritures. J'espère avoir rempli cet objectif. Mais le second but était bien plus égoïste, je voulais me vider l'esprit dans une veine presque cathartique, afin de chasser mes propres démons. Je hais "les gens", ils me rendent malade, littéralement. Pourquoi ? Parce qu'ils me font souffrir de par leurs égos boursouflés, leurs contradictions mensongères et leur goût prononcé pour écraser les innocents, haïssables qu'il sont dans leur médiocrité. Aujourd'hui rien n'y fait gris semble l'avenir, noires sont mes pensées, malgré l'espoir que j'ai encore de voir les choses changer. Lentement en moi revient la mélodie au piano lancinante de 'Misery', je retrouve la foule de sentiments négatifs qui m'avait habité lorsque peu de temps après sa sortie j'avais écouté 'Grey Britain', avant de vivre les pires mois de ma vie.

  Au sein de la discographie de Gallows, 'Grey Britain' se situe après 'Orchestra of wolves' un très prometteur début, et avant une phase de déchéance où le groupe désormais sans son chanteur iconique se retrouve à faire des pâles imitations du hardcore rustre et haineux tirant sur le crust que la Grande-Bretagne avait enfanté à la sortie des années 80. Aucun intérêt après 'Grey Britain' chez Gallows donc, étrange réapparition moderne de la musique punk Outre-Manche, en dehors des vieux groupes. Phénomène unique malheureusement qui éclipsa un temps les sempiternels pontes du punk hardcore américains, bien plus insipides.
  Le point le plus marquant de cette galette est ce son à la fois chaud et confortable mais toujours âpre et agressif, bien loin de ce que l'on entend le plus souvent dans le domaine du hardcore. Gallows avait une identité musicale nette et unique, ce qui est de nos jours une denrée rare. Puisant dans un registre plutôt américain pour le coup, me faisant penser aux premiers essais de Black Flag -en plus mélodique cependant-, on pouvait apprécier ces 13 pistes à l'aune d'une créativité non feinte. Ainsi bien que les stridences se manifestent tout au long de l'album, le côté chaleureux procurant une âme à l'ensemble domine, toujours sur le fil entre malaise et dansant. Les morceaux sont peaufinés dans les moindres détails et on traverse une certaine variété d'ambiances puisant à droite et à gauche, mélangeant de façon généralement très appropriée les influences et façons de faire. C'est ainsi qu'on le trouvera un doucereux passage acoustique sur 'The Riverbed', des sonorités mi-arty mi décadentes tirant presque sur le black metal expérimental, des ponts hardcore bas du front en plus de la came punk rock habituelle. Chapeau bas, à mon sens seule 'Graves' tombe à plat, il faut bien un morceau dispensable de service. Un des rares aspects négatifs qui pourra menacer votre appréciation de l'ensemble est cette impression de too much qui se dégage par moments. A vous de voir si vous serez à même d'accepter la grandiloquence morbide et quelque peu forcée dont les Gallows faisaient preuve.

  Les morceaux à proprement hardcore "à l'ancienne" sont encadrés par de pompeuses mélopées classiques, un brin ridicules mais relativement efficaces. Ces passages symphoniques nous ancrent dans une forme d'éternité classicisante et servent à illustrer l'ambition du groupe avec cet album : enterrer la Grande-Bretagne en tant que Nation une bonne fois pour toutes, enfonçant par là les clous dans le cercueil construit par les punks anglais de la première vague. Démesure vous avez dit ? Prétention ? Sûrement mais le résultat est loin d'être dégueulasse. Nous narrant dans un déluge de morts, de suicides, de meurtres et autres agressions la fin de Londres, les Gallows ne font montre d'aucune positivité. L'Apocalypse et le Crépuscule se déroulent aux alentours d'une Tamise asséchée et malsaine où les cadavres sont bien plus nombreux que les poissons. Tout est tragique ici et un sens profond de l'anéantissement, de la fin violente d'une servitude est couché en chansons. Le Système connait sa fin, le serpent a fini de se mordre la queue. Que reste-t-il alors sinon que la mort, la peine et la solitude de ceux qui ont survécu malgré tout ? Pour faire vivre cette noirceur rancunière et cette désespérance lancinante, Franck Carter était l'homme de la situation. Sa voix unique, bien loin des gros gueuleurs d'Outre-Atlantique, son phrasé so british et son timbre fatigué et éraillé ne pouvait que coller aux textes. Performance quasi magistrale, donc.


  Au final, un album qui mérite amplement la peine d'être écouté en entier. Un de ceux qui m'a le plus marqué malgré quelques faiblesses et une ambition un brin démesurée.




Recommandé :
- 'London is the reason'
- 'Death voices'
- 'The riverbed'
- 'The great forgiver', assez anti-religion avec des relents black metal
- 'Misery', she is not the end for me...


Dédié à l'opérateur 20. Je te hais de par ta médiocrité voulue.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Articles aléatoires

Blogger