dimanche 16 novembre 2014

CON LA MUERTE A TU LADO - GENERACION SUICIDA

(2013)



 Si je vous parle de musique urbaine, vous allez me répondre presque sûrement rap ou hip hop. Si je vous parle de South Central Los Angeles, vous allez tout de suite penser au Prince de Bel Air, aux Crips, aux Bloods et à un endroit de violence aveugle. Si je vous parle des Mexicains de South Central, ça sera à peu près à coup sûr des histoires de cartels voire de maras qui vous viendront à l'esprit. Oui, certes.
Maintenant, sans nier la réalité de tout ce que vous venez de lire, éteignez la petite loupiotte que TF1, Paris Match ou Skyrock ont incrusté dans votre cerveau durant votre prime jeunesse et foutez-vous à la place de ces gens. Voilà, vous n'en voulez pas de tout ces trucs, au fond de vous. Hé ben pour eux, c'est pareil. Il existe depuis toujours une autre voix qui vient des quartiers difficiles des villes américaines, la Cité des Anges comprise. Là où les hargneux vont se regrouper en cliques, il y a d'autres personnes bien plus seules et peut-être désespérées qui vont rejeter à la fois la loi du gouvernement et celle encore plus fasciste des gangs. Voilà pourquoi et comment émergea le punk rock latino aux Etats-Unis, et particulièrement en Californie.

  Dès la lointaine époque des Cramps et des Germs les latinos s'intéressaient au punk rock et ils ne tardèrent pas à être punk un peu différemment des WASPs. Si vous êtes un amateur de comics, vous êtes peut-être tombé sur les œuvres de los Hermanos Hernandez, les auteurs de strips les plus punk du monde, qui dressent le portrait de cette génération hispanique doublement désabusée. Sous-culture vivace, de temps à autre émergeait un porte voix du barrio et depuis l'affaissement auprès d'une part de la jeunesse de l'attrait exercé par le hip-hop, les latinos réinvestissent en masse le terrain du rock ou du metal. La Génération Suicidée est de cette trempe, et s'est révélé être l'un des deux gros coups de cœur hispanophones de cet été, le second étant Accidente de Barcelone.

   Formation récente le groupe s'inscrit pourtant dans une logique très old school à la croisée des chemins entre Buzzcocks, vieille scène californienne et on le devine entre les lignes variété latine des seisentas. En allant délibérément fouiller du côte de 1977 le quatuor parvient à produire quelque chose d'encore relativement frais et pop mais déjà porteur des germes de haine et de violence du punk hardcore. Ne vous attendez donc pas à un déluge d’agressivité, tout ici sonne bien propre et carré avec refrain et chorus bien placés. D'une hargne digne de celle des BBbrunes, le groupe saura vous charmer d'une toute autre façon en vous proposant des ritournelles à la fois mélancolique et chaleureuse, empreinte d'une certaine morbidité bien concrète et terre-à-terre. Encore très rock par moment et flirtant même avec les premiers pas du post-punk de par son côté éthéré, les Américains appliquent pourtant la recette de base du vieux vieux punk rock édictée tacitement par les Ramones. Tels des Stiff Little Fingers du soleil, ils vous dérouleront de courtes chansons terriblement accrocheuses avec une technicité toute limitée, les rendant tout de suite efficaces.

  Au niveau du chant, on trouvera un partage presqu'équitable entre un chant masculin et un chant féminin, plutôt complémentaires. Tous les deux sonnant relativement juvéniles et lointains ils s'inscrivent dans la même veine que la musique en elle-même. Un chant simple donc, peu hargneux et mélodique. Les paroles sont quant à elles l'aspect le plus noir de l'album tant elle sont porteuses d'un manque d'espoir et d'une morbidité latente. L'ennui le dispute à la présence omniprésente de la mort et le tableau dressé par ces latinos-là est bien loin des cartes postales : la corruption, le rejet des autres et les pensées en lien avec l'Au-delà. Une critique sociale peu véhémente habite également la plupart des morceaux, formant autant de tranches de vie plus amères que douces. Du pur blues urbain, fidèle aux tout premiers groupes punk encore relativement apolitisés.

  Au final, dès la première piste, vous êtes foutus, l'album passe tout seul. C'est à un voyage bien particulier auquel nous invite ce LP de 11 pistes qui vous transportera je l'espère aussi loin que moi, tant au niveau du son puisant à des références que vous devinerez par vous-mêmes, que des images venant à l'esprit ou aux ambiances et des sentiments qu'ils inspire. Une véritable invitation à se mettre la tête dans cette scène particulière qui n'a rien à envier à celles anglophones, d'Espagne, du Chili, ou d'Argentine.




Recommandé encore plus particulièrement :
- 'Dices'
- 'Juventud'
- 'Todo destruido'
- 'Aburriemento', l'ennui est la source de tous les vices
- 'Mil amores'


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