jeudi 6 novembre 2014

BEISSREFLEX - FAHNENFLUCHT

(2000)


  Parmi mes vieux albums de punk que j'écoutais lorsque je n'étais encore qu'un teenager avant de devenir un chômeur en puissance comme vous autres, il y a cette vieillerie. Pourquoi en parler ici après toutes ces années et la poussière qui s'est empilé sur cet album ? Hé ben, parce que curieusement me sont revenus en rêve certaines pistes de cet opus. Super raison, non ? Passé la superbe introduction de rigueur, voici donc la présentation de ce groupe allemand qui eût jadis son morceau de gloire dans "le milieu". Fahnenflucht ou 'Désertion' (tout un programme) originaire de la région de Düsseldorf a commencé sa carrière au tournant du millénaire et s'est imposé au début des années 2000 comme un groupe à suivre avant de voir sa popularité décliner, tout comme la qualité de ce que j'ai pu entendre d'eux. 'Beissreflex' ou 'Réflèxe de morsure' est leur premier LP et sans doute celui qui a eu le plus d'impact.

  Derrière une pochette assez cheap se cachent 13 pistes emplies de frustration et de colère. On se retrouve pour l'essentiel avec un punk hardcore, bien plus héritier des grands anciens "locaux" des années 80 comme Razzia ou Inferno que des superstars américaines. La violence musicale stérile à base de D-beat qui claque est donc très présente mais elle est soigneusement noyautée par des passages bien plus mélodiques, avec notamment une guitare lead au premier plan et un brin larmoillante. Ainsi le passages bruitistes à vous faire péter les enceintes sont contrebalancés par des breaks amenant une plus value certaine, nettement plus peaufinés et variés, puisant depuis le punk mélo jusqu'au pseudo-RATM. La structure des morceaux est convenue et laisse la place à de nombreux instants réellement musicaux qui permettent d'aérer l'ensemble sans pour autant trop casser les effets d'intensité mis en place par la violence simpliste. Outre la capacité des guitaristes à introduire des passages quasi-épiques, on admirera égalements la capacité du batteur à placer les cymbales abrutissantes à la AC/DC au milieu de ce fatras. Du bon travail.
  Mais tout n'est pas idyllique loin de là sur cette galette. En milieu d'album se traîne une paire de morceaux balourds voire juste indigestes. 'Hausbesetzer Lied' tombe à plat et 'Ziviler Ungerhorsam' préfigure déjà les morceaux les plus ennuyeux des Toxpack. La recette de base du groupe ne fonctionne pas toujours à plein donc.

  Le chant est un peu plus difficile à appréhender et lors de mes premières écoutes je trouvais qu'il gâchait  l'ensemble, étant en superposition plus qu'en adéquation avec la piste sous-jacente (un gros défaut déjà présent chez Pennywise par exemple). Ce chant puissant et rauque ne manque pourtant pas d'impact et lorsqu'il rejoint le reste, l'effet est immédiat. Se limitant généralement à des injonctions criées il est donc relativement pauvre mais fidèle à la méthode de Razzia ou OHL et ce n'est pas forcément un mal qu'il reste aussi basique.
  Au niveau des paroles on se retrouve avec quelque chose de très marqué "européen" et "années 90". Oubliez vos préconçus new-yorkais gang/drogues/rédemption par la fraternité christique et embrassez pleinement l'underground hardcore haineux de gauche du Vieux Continent. Vous trouverez un peu de tout ici : un peu de squatt, un peu de critique de l’État et surtout de sa politique contre les intérêts des citoyens, un peu de condamnation de la violence physique, un peu de désespoir et surtout, surtout beaucoup de positions gauchistes standards. Les prises de position anti-nationales, niaisement pacifistes et les relents politiques CGTiste/Die Linke, absolument absconses vu le contexte géopolitique mondial, se rapprochent bien plus des groupes qu'on ose labelliser "punk" de ce côté-ci du Rhin que des authentiques porteurs d'idées anarchistes/autonomes que l'on retrouve usuellement dans le deutschpunk. Sans doute un peu malgré eux, et surtout malgré leur sincérité évidente, les Fahnenflucht s'éloignent de l'éthos punk et flirtent avec les komsomoleries. Il faut donc faire le tri.

  Au final, cet opus reste malgré les années le meilleur de la formation. Pressé alors que les membres n'avaient pas encore des abdos-kro renforcés il témoigne d'une certaine fougue et d'une certaine colère. Mélodique mais hardcore à la fois il présentait un mélange des genres jusque là confidentiel en Allemagne tout en se faisant le porte-voix d'idées gauchistes types tendance antifa. A plus d'une titre donc un album précurseur, pour le meilleur comme pour le pire.




Recommandé :
- 'Für mein Land'
- 'Demokratie'
- 'Willkommen in Deutschland'
- 'Ohne Ausweg'
- 'Es geht voran'
- 'Minderheit'
- 'Reagieren', bien plus sage que le reste

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