lundi 24 novembre 2014

BEAT THE BASTARDS - THE EXPLOITED

(1996)

 
  Il paraît que The Exploited n'est pas la réponse à tous les problèmes, aussi incroyable que celà puisse paraître. Pourtant la tentation d'aboutir à une conclusion métaphysique de cet acabit est bien grande si on se penche un temps soit peu sur le monde extérieur. Sorti 6 ans après 'The Massacre', un album plutôt moyen qui annonçait déjà l'orientation crossover thrash à venir, 'Beat the Bastards' s'apparentait alors à une production passéiste et ringarde dans le concept qui n'a pu se faire remarquer au-delà des cercles salafistes du punk que  par son attitude sans compromission, toute tournée vers une efficacité de l'agression. 'Beat the bastards' est un album de renouveau pour le groupe après la lente déconfiture de la seconde moitié des années 80 et marque l’avènement de la bête telle qu'on la connaît aujourd'hui. Premier album à arborer la fameuse tête de mort à crête, il forme en quelque sorte un dytpique avec 'Fuck the System', issu de la même volonté d'attaquer la réalité de notre monde de face et avec férocité.

  Tout d'abord l'aspect crossover n'a jamais été aussi affirmé dans la discographie du groupe. Les Écossais ont dû écouter leur lot de thrash durant cette période (en même temps comme tout le monde j'ai envie de dire...) et on retrouve des similitudes plus qu'affirmées avec les œuvres d'enfants de chœur tels que les Dirty Rotten Imbecils par exemple. Les morceaux tournant entre 3 et 4 minutes, ce qui est long pour du punk à D-beat héritier de GBH et Discharge, sont principalement construits autour de riffs épais et nerveux de temps à autre émaillés de solis slayeresques, parfois bien plus fluides que ceux des originaux. Chose naturelle au fond, les premiers thrasheurs américains ayant acheté dans leurs années de formation bon nombre de CD de punk brittanique. Une lourdeur certaine marque donc l'album, mais elle n'est jamais plombante, même sur les pistes à dominante mid-tempo, à l'instar de 'If you're sad' ou 'Serial killer'. La constante de ces 51 minutes reste la volonté d'en mettre plein la vue, et en parallèle d'articuler un sentiment de fureur et de haine que l'on ne veut plus contrôler. Et dans le domaine de la haine punk ras-les-pâquerettes les maîtres du genre sont bel et bien The Exploited. Certes la technicité n'a jamais été aussi présente sur une de leurs galettes, avec des tours de mains que l'on aurait jamais pensé voir chez eux ou des breaks rondement bien foutus ('Massacre of innocents'), mais l'éthos de base est toujours là, quitte à être redondant d'une piste à l'autre, et de voir l'auditeur se perdre dans la durée légèrement excessive de chaque pièce, principal grief à l'encontre de cet ensemble bien bâti. A moins d'être amateur averti de violence musicale un brin stérile s'étirant sur de longues plages de temps bien sûr.

  Ainsi l'improbable se manifestait donc, The Exploited avait évolué du moins au niveau du son, car il reste la caution historique et philosopique indéboulonnable du quartet : Wattie Buchan. Aucun chant ou presque, juste des cris bien placés et emplis d'animosité, voilà la recette pleine de la rage la plus entière de toute l'histoire du punk rock. Il n'en faut pas plus pour continuer le sacerdoce, le ministère vengeur des Exploités après toutes ces années. Au menu toujours beaucoup de mécontentement à l'encontre des puissants, des politiciens et du Système, tous responsables d'une certaine misère de vivre. La guerre, de classe ou civile, ainsi que la mort sous des formes bien différentes, occupent ces textes noirs, simplistes et désabusés mais le désespoir ou la résignation ne sont jamais le fin mot de l'histoire. Sans aucune subtilité, l’Écossais drogué nous appelle à agir, quitte à ce que ce soit violemment contre "ceux qui nous mettent à bas". En somme, action directe contre les Bâtards. Tous les types de Bâtards.

  Au final pour pleinement appréhender le monde d'aujourd'hui, pas besoin d'aller chercher bien loin, tout est là. Sur un crossover thrash relevé, même si un peu ennuyeux à la longue, s'étalent les grandes lignes de ce monde capitaliste jusqu'à l'os et dont la majorité des habitants ne sera jamais plus qu'un troupeau servile à la merci d'une minorité hideuse, fûsse-t-elle en treillis ou en costumes trois-pièces. Toi qui cherche la Haine et la Colère contre l'injustice de ce monde, ta Mecque s'appelle Édimbourg. Le reste n'est que dérivatifs idéologiques illogiques et miséreux.




Recommandé :
- 'Beat the bastards', c'est aussi simple que celà
- 'Don't blame me', blâmer les vrais responsables c'est déjà la moitié du chemin
- 'Law for the rich', trait commun à toutes les cultures et tous les dogmes civils ou religieux
- 'System fucked up', le Système prend cher avant... 'Fuck the System' !
- 'Fightback', râler c'est bien, se défendre c'est mieux
- '15 years', 15 ans de merde ça vous forge une haine à toute épreuve

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