vendredi 26 septembre 2014

BIS DER VORHANG FÄLLT - PLATZVERWEIS

(2014)


  A l'heure où les groupes de crust, de D-beat ou de post-punk pullulent à l'internationale, les scènes allemandes semblent tiraillées entre une volonté de repli sur soi, avec de plus en plus la prise de conscience de jouer une musique authentiquement allemande (même si anti-nationale dans les thèmes et dans l'attitude) et la volonté d'adapter les modes du monde anglo-saxon à la langue de Goethe. Il existe pourtant un courant paradoxal dans le rock allemand piochant dans ces deux écoles de pensée. Les Toxpack furent les permiers à enfin donner un nom à cet entre-deux délicat entre hard rock à la Boehse Onkelz, Oi cradingue et deutschpunk des plus fréquentables : streetcore. Il faut savoir que jusqu'à récemment on ne pouvait pas dire décemment  je suis fan du deutschpunk le plus hardcore, le plus anarchiste, le plus anti-système ET des Boehse Onkelz. Ce n'était pas possible. Les deux tribus avaient grandi l'une contre l'autre et ce n'est que la jeune garde qui s'est enfin permis de faire sauter ce verrou, effectuant la jonction via une certaine nébuleuse Oi! anti-nazie made in Germany. Hormis les déjà-nommés Toxpack peu s'étaient logiquement réclamé officiellement du streetcore, et ce même si un son proche est déjà pratiqué depuis plus de dix ans. Voilà donc que tout ceci nous amène à Platzverweis, un des premiers groupes à pleinement revendiquer cette étiquette.

 Comme sur un bon album des dieux vivants (et vieillissants) de Francfort, on débute par une piste instrumentale au titre hispanisant avant de voir débouler 12 morceaux aux titres évoquant des images contrastées entre beaufitude, introspection et désanchetement pré-morbide. Au niveau musical autant être clair, Platzverweis affine la recette des Toxpack et arrive à pondre un album qui aurait dû si le monde tournait un peu rond, être le stade de maturité tant espéré pour les Packs. La base punk n'est jamais bien loin, mais on trouve de nombreux solis très blues, des ponts Oi! et des lignes mélodiques de guitare allant prendre sans vergogne leur inspiration sur le territoire du deutschrock. On se retrouve ici face à un mid-tempo des plus agréables mais qui ne vous décoiffera pas outre mesure. L'ensemble est certes énergique mais ne verse pas dans l’agressivité outrancière et laisse une très large place à la mélodie, avec même parfois des traces de joie. Tout en restant simples, les pistes présentées ici donnent pourtant toutes une impression de travail fourni et de maitrise pleine de retenue.

  Au niveau du chant, on n'aura par contre droit à un répertoire plus direct puisant largement dans la Oi! , avec un chanteur officiant avec une grosse voix un brin portée sur l'arrière gorge mais n'ayant pas peur de donner du coffre quand il le faut vraiment. Régulièrement assisté par des chœurs entraînants puisant eux aussi au meilleur de la Oi, cette impression très prolet se maintient tout le long de l'album. Nique les hautes sphères, la vraie rue parle à la vraie rue, celle des chantiers, de l'usine, de l'alcool, de la haine des riches et des amis du quartier, pas celle des rappeurs conscients de mes couilles et/ou revendicatifs nauséabonds. Flotte sur les paroles de cet album un doux parfum de working class à l'ancienne. Cependant le propos va souvent au-delà d'une simple cocarderie de classe et on nous relate les états d'âme que l'on a sans doute tous connu, du moins pour ceux qui savent que leur vie est dictée par le Capital, ses sbires et ses nouveaux laquais. Là aussi on peut trouver un point commun avec les Toxpack, puisque sous une apparente beaufitude a priori  navrante se cache des textes bien plus fins que l'on pourrait penser.

  Au final, un album bien sympathique mélangeant habilement toutes les influences d'un certain underground d'Outre-Rhin. Skinheads respectables, deutschpunkers, BOfanatikers, tout le monde peut y jeter une oreille. De très bons morceaux capables de fédérer des publics différents mais sans perdre pour autant l'essence de chaque école aux côtés d'autres plus convenus. A voir si l'album fera date, mais une chose est sûre il n'est pas vain de s'y perdre et ce jusqu'à ce que le rideau tombe.




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