lundi 18 août 2014

TEMPO ALTER ! - DDP

(2012)



  Curieux groupe que DDP, plus anciennement nommé "Der Dicke Polizist" (en vf "le gros policier"). La formation fondée au début des années 90 dans une Allemagne fraîchement réunifiée par des membres venant d'horizons divers jouait alors un polit-punk tout ce qu'il y a de plus allemand, plutôt âpre et bileux, porté sur les thématiques de la rue et anarchistes. Mais celà était dans une autre vie, un autre siècle, car ces deutschpunkers là ont voulu changer sans se trahir, raccourcissant leur nom en un acronyme et partant dans une optique clairement mélodique. Gros pari pour ce groupe issu du catalogue de Nix-Gut, et passé aujourd'hui sur celui de Dritte Wahl. Leur effort de 2012 est le pinacle de leur carrière selon moi, et c'est vraiment dommage qu'il n'ait pas eu le succès mérité. Car au sein de cette vague de punk germain mélodique dont ZSK (gauchos de merde mis à jour et vendus à des organisations antifa servant d'officine occulte à la vieille garde du SED, celle là-même qui rêve de raviver un esprit de FDJ dans la jeunesse allemande) truste encore et toujours les premières places des charts, il y a peu de place pour ceux qui s'aventurent sur une voie musicale similaire.

  Je ne vais pas m'étendre trop ici, car le mieux est d'écouter ce chef d'oeuvre de maîtrise et de mélodies punk. Tout est peaufiné dans une série d'arrangements qui ne sont pas sans me rappeler le travail fourni par Oasis sur leur premier opus (oui, carrément), ou un album de punk américain mainstream des 90s mais un brin encore plus travaillé. Les refrains sont accrocheurs, les lignes de guitares des plus efficaces et s'étalant sur plusieurs niveaux. Le groupe n'oublie pas non plus d'où il vient et ne se laisse pas aller à la tentation du pop-punk blinkien ou de la dérive poppiste que Wizo ou Terrorgruppe peuvent connaître. Ce n'est pas bien compliqué aucun album de punk allemand ne m'avait paru aussi complet et vaste depuis l'immortel 'Schwarzes Blut' de Betontod. La galette pullule de breaks et de variations rudement bien étoffées, du travail acharné. A noter également un petit rip-off bien discret du 'Ich bin ein punk' du Terrorgruppe sur la ligne mélodique première de 'Sterbend diskutieren'. Hommage ou pompage difficile à dire, mais une chose est sûre, ce passage est des mieux intégrés et encore plus épique que sur l'originale (oui, oui !)

  Au niveau des textes vous ne serez pas non plus déçus chers amis de la langue de Merkel. Les paroles sont très bien ciselées, parfois poétiques mais jamais cul-cul, donnant une fibre mature et émotive (sans trop en faire rassurez-vous) à chacun des morceaux. L'anarchisme bas du front à la punk n'est pas oublié, il est juste sous-jacent, et ressort via la vision du monde un peu désabusée mais tellement humaine que le gros flic nous offre ici. Tout est ici affaire de ressenti, et par exemple même des vacances en Méditerranée peuvent prendre un tour doucement mélo avec une pointe de critique sociale construite. Dans la même veine le chant, très simple et sans trop de fioritures, qui sera dans la matrice deutschpunk la plus stricte. Mais là aussi, comme pour le reste, le chant est maitrisé et assagi en apparence, avec quelques moment très pop que les Ramones n'auraient pas boudé.

  Au final, je ne mâche pas mes mots, et comme vous le lisez souvent ici, un putain d'excellent album venant aus Deutschland. Seulement cette fois-ci c'est encore mieux que les autres fois. Balancez moi des anglophones qui font mieux, sérieux.



Recommandé : tout.

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