mardi 26 août 2014

PUNK GIBT'S NICHT UMSONST - WIZO

(2014)


  En voilà un album qui divise la keuponnie allemande. Chacun a son avis sur le nouvel album de Wizo, sorti après 5 longues années de mort clinique, en faisant le premier depuis leur réunion de 2010. A l'instar de leurs compatriotes de Terrorgruppe, les Sindelfingenois remettent ça cette année. Pour ceux qui ne connaitraient pas Wizo, il faut avant tout dire que c'est LE groupe qui a tout révolutionné au sein du punk allemand au début des années 90, sortant le genre de son petit ghetto musical confortable en y intégrant des éléments de pop ou de heavy metal, mais sans renier pour autant l'éthique punk (si çà existe vraiment). Après cette période de gloire le groupe connut une phase où il multiplia les LPs plus ou moins intéressants avant finalement  la sortie en 2004 d' 'Anderster', un album plutôt moyen empruntant beaucoup -trop ?- au pop rock le plus bas du front. Maintenant que vous savez tout celà, pas besoin de vous la raconter, vous imaginez bien que le retour de Wizo était attendu avec une ferveur proche chez les fans de punk allemand de celle que suscite celui du Christ. Oui, mais que penser de cette galette, hein ? Bonne ou non ? Aucun des deux, pardi !

  Lorsque l'on prend contact avec l'objet on note deux choses. Tout d'abord cette pochette enfantine nous renvoit directement à 'Uuaaaargh', le fameux, le meilleur album des années 90 d'après ce blog de merde qu'est richtermusik. Wizo a bien conscience qu'il ne faut pas briser la continuité avec le passé ni décevoir la vieille garde et nous balance un visuel rassurant, me rappelant à titre personnel une belle puchline de Normahl (Manchmal fühle ich mich gegen euch wie Don Quichotte). Pas très no future, mais passons. La seconde chose à noter est le nombre très -trop ?- important de pistes. 21 pour un album de punk, c'est l'indigestion à coup sûr !

  Musicalement on a ainsi droit à quelque chose d'assez varié, tant au niveau de la qualité qu'au niveau du style avec des incartades vers le reggae, la pop la plus salopée qui soit (une sale habitude chez Wizo et Terrorgruppe) et même le rock grand public en sus d'un punk rock véloce et nerveux. Le groupe a toujours pratiqué ce genre d'écarts et s'est affranchi des carcans dès ses débuts, c'est même ce qui a contribué à sa renommée, mais parfois Wizo se traîne et se perd dans des turpitudes acoustiques que je ne saurais cautionner ( 'Alte Herren', Königin ou 'Wenn ich mal sterb' carrément à chier). Au rayon des platitudes plutôt navrantes on retrouvera également 'Unpoliddisch' et 'Ganz klar gegen nazis', deux morceaux contre les vilains nazis pas beaux, qui ont reçu de bonnes critiques mais qui personnellement me laissent de marbre. Il y a donc une certaine déception, oui.
  Cependant sont aussi parsemées sur la galette de véritables perles qui redonneront de la crédibilité à l'ensemble et vous propulseront dans la meilleur période du groupe comme 'Dummensch', 'Endzweit','Seegurke' ou 'Scheissekotzen'  furieusement alte Schule ou même 'Wie soll's gehen' très pop rock. Ce sont ces morceaux qui valent la peine et montrent que les Allemands ont encore des tripes et du cœur, bien loin de ce que l'on pouvait craindre.

  Autre très bonne surprise : la voix d'Axel Kruth n'a pas pris une ride. Le facétieux punker de 40 ans n'a rien perdu de son sens du chant désarticulé et excessif et nous régale en accentuations forcées de la langue allemande ainsi qu'en fausses fausses notes. Toujours aussi immature et jouissif, l'exercice de style pourtant difficile est réussi. De même les chœurs bien présents sur cette galette sont toujours là au bon moment, et toujours empreints des miaulements suavement ridicules issus de la pop américaine ou française des 60s, une des marques de fabrique du groupe. 
Enfin autre point sur lequel on attendait Herr Kruth au tournant, les paroles. Là aussi, bonne surprise. Son sens de la répartie doucement amère, et naïvement cynique est bien présent. Plus gaminesques, révoltés, pro-anarchie et morbides que jamais les textes sont fouillés et complexes, le plus souvent en demi-teinte et ironiques. De bons couplets viendront ainsi éclairer des morceaux plus moyens et leur donner une nouvelle profondeur comme 'Alles verschwimmt' ou 'Kohlenholen'. Un travail de parolier qui peut être envié.

  Au final, un album touffu qui aura au moins eu le mérite de faire parler de lui en dehors des frontières du deutschpunk. Rude pari pour Axel Kruth que celui de combler les fans sans tomber dans la redite la plus insipide et commerciale. Fraichement accueilli par mes collègues germanophones dans l'ensemble, je ne peux pas m'empêcher de trouver des excuses au dernier né de Wizo. Tout n'est certes pas fantastique, on se serait passé de certaines pistes sans aucun doute, mais on retrouve encore ce qui a suscité l'approbation unanime par le passé. Mélodie, songwriting de bonne facture, textes à tiroirs, l'essence du groupe est toujours là, ce qui éloigne le spectre d'un retour purement mercantile. Wizo n'est pas Slime et n'a pas bâti un comeback foireux sur un album où on se fout de la gueule du public. Je ne sais pas si vous avez déjà recroisé un de vos amours de jeunesse, avec 30 kilos de plus et deux gosses la morve au nez. Moi cet album me fait la même impression. Oui le temps est passé, tout n'est plus aussi bien mais on peut encore clairement voir ce qui nous avait tant plu jadis.


Recommandé plus particulièrement :
- 'Seegurke'
- 'Alles verschwimmt'
- 'Dummensch'
- 'Wie soll's gehen'
- 'Endzweit'

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