dimanche 24 août 2014

DEUTSCHPUNK MUSS STERBEN - SCHLEIM

(2014)


  Je ne sais pas si vous regardez la télévision. Beaucoup de monde soit-disant évolué se plait à répéter que la télévision est stupide. Moi, je dirais qu'elle est à l'image du reste et je continue à la regarder de temps à autre contrairement à ces petits snobs. J'adore ainsi "c dans l'air" et certains de ses spécialistes en géopolitique. L'air grave ils nous expliquent régulièrement à quel point Poutine va la foutre profond aux gouvernements mous d'Occident et comment tel groupe à base coranique va se mettre à tuer un max de gens pour les sauver du feu éternel, le tout autour de sémillants verres d'eau. Au bout de dix ans de loyaux services en tant que spécialiste du Moyen-Orient, Antoine Sfeir a ainsi réussi à me faire partager une de ses convictions : on est toujours dépassé par plus extrémiste que soi. Que l'on s'appelle Svoboda, le Front Al-Nosra ou que l'on soit les barons de la scène deutschpunk, celà ne change rien.

  Car c'est bien de pogo-extrémisme le plus intransigeant dont il s'agit avec cet album. Assez incroyable comment un mouvement libertaire peut au final accoucher de conservateurs fanatiques. Alors ouais il paraît qu'il faut avoir un peu d'humour, mais sous couvert de satire ici les membres de Schleim en profitent pour formuler des critiques acerbes contre les groupes trustant les sommets du genre, dénonçant leur hypocrisie et leur compromission avec la société de consommation. En effet en bons jusqu'au-boutistes du deutschpunk, pour Schleim le mal absolu peut se résumer à la Sainte Trinité Supermarché-Keufs-Deutschrock, trois choses à abattre définitivement. Vous avez là un exemple assez rare de ces moments où les punks s'en prennent sans ménagement aux punks. Au menu des réjouissances se trouvent également un hymne à l'anarchie, un fuck l'autorité plus diffus et généralisé ainsi que des odes à la biture, et quelques faits divers. Un peu cliché certes mais que voulez-vous, on n'écoute pas ce genre de skeud pour se couler de la poésie dans les oreilles (on est plus en 5ème avec Mme Groku, la poésie on s'en branle).

  Musicalement parlant le groupe nous livre des reprises bien exécutées, avec un son proche de celui des grands anciens des années 80. Là aussi ils sont les gardiens du temple et vous ne trouverez aucune innovation. Du bon son punk à l'ancienne, depuis le chant bileux typique de la keuponnie germanique jusqu'au son de la batterie résolument old school. Une exception notable cependant, 'Unser klex', plus proche d'une deutschpunk ballad qu'autre chose. Pas grand-chose à dire du point de vue de la musique donc, puisqu'il s'agit de reprises de morceaux cultes pour l'essentiel, du genre de ceux qui tournaient en boucle chez tous les fans du genre. Aucun risque n'est pris puisqu'on trouvera pêle-mêle bien des grands noms (WTZ, Slime, Schleim Keim, Rasta Knast, Zaunpfahl, Razzia, le jour où comme moi vous les reconnaîtrez dès les 10 premières secondes vous pourrez aller consulter) ainsi qu'un ou deux schlägers de derrière les fagots.

  Au final, un album de reprises qui critique de façon acerbe bien des choses et porte un message hautement extrémiste d'intolérance, digne de talibans enfin rendus à la lumière éternelle de la Pogo-Anarchie (saws). Un bon album qui vous fera rire un peu, puis viendra le moment des interrogations sur vos groupes cultes, sur le consumérisme qui dévoie inéluctablement même la plus rageuse des rébellions, et ainsi de suite. A ce propos une dernière question me vient à l'esprit, et si ces punkers là ne crachaient pas dans la soupe dans le seul but de se faire un nom, ou comme on dit chez les journaputes  pour "faire du buzz" ? Non, ils n'oseraient pas...

 
Parmi les morceaux les plus réussis :
- 'Deustchpunk muss sterben',  R.I.P Slime
- 'Frei.Wild AG',   R.I.P WTZ, fuck you Frei.Wild
- 'Krach im Netto' à l'excellent texte, R.I.P Razzia
- 'Lagerist', R.I.P Zaunpfahl
- 'Die Nah', R.I.P Rasta Knast

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