mercredi 2 juillet 2014

GOD HATES US ALL - SLAYER

(2001)


  Il y a tant d'albums que j'aimerais détailler ici dans bien des styles dérivés du rock originel. 'Twilight of the thunder god', 'Dookie' par Gerdängel, le tout dernier Alvin és a Mokusok ou le premier opus de Tang Dynasty, mais faute de temps, de motivation et aussi de talent, je ne vais aborder aujourd'hui qu'un album faisant partie des "classiques modernes" si je puis dire. Un album qui ressort de temps à autre comme une envie irrépressible de Sex Pistols, de 'Fuck the System' ou de punk hardcore suédois, une des pierres angulaires de ma non-culture musicale : 'Dieu nous hait tous' par Masscreur. Pour bien parler de cet album qui m'a vraiment influencé, je vous convie donc tout autant à un voyage temporel que musical. Prenez vos tickets, et embarquons.

  Premier arrêt : la fin des années 80, le tout début des années 90. Je  vous présente mon très jeune moi-même. Ce petit passe un peu trop de temps devant la télé et surtout devant les clips diffusés par les chaînes suisses et allemandes, il découvre un beau jour le thrash metal par hasard et reste scotché, surtout par ces Américains terrifiants de par le fanatisme teinté guerre/mort/Satan/haine qu'ils dégagent, tranchant singulièrement avec le hair metal/hard FM émis en masse depuis la Germanie que ce petit aime écouter dans la voiture de ses parents. A l'âge où d'autres vont au catéchisme comme des nazes, Slayer s'impose avec fracas et une question se pose : peut-on seulement faire pire ?

  Second arrêt : début des années 2000. Le monde blanc, ouvrier, obnubilé par une possible invasion soviétique de mon enfance a vécu. La nouvelle merde s'appelle multi-kulti, la violence et la haine sont mon quotidien, je déteste l’État français, je déteste le rap, je déteste les "autres". Mais même au milieu de tout çà, un nom résonne encore, vieux de 15 ans, comme une ancienne peur, un truc si haineux qu'il fait détourner le regard des joggingmen plus ou moins exotiques quand il blaste à travers les fenêtres : c'est Slayer, le son qui leur fout les foies, à eux et à toute cette société de merde. A l'heure où Metallica, Iron Maiden ou Megadeth inspirent plutôt la pitié qu'autre chose, où le thrash n'est plus qu'une mauvaise farce à demi-oubliée et où Georges ravage les sables irakiens, seul Slayer semble encore légitime. 'Bloodline' tourne en boucle.

  Si tous les albums des années 80 estampillé Slayer, hormis peut-être le premier, sont cultes de chez culte, on ne peut pas en dire autant de ceux de la décennie suivante qui personnellement ne m'ont jamais convaincu, hormis 'Undisputed Attitude'. Ceux qui suivront 'God hates us all' emprunteront le même chemin du déjà-vu chiant et merchandisé, mais avec cet album le groupe renoue passagèrement avec ce qui fit son intérêt à la grande époque : la bête n'est pas morte et mord comme en '88. S'éloignant définitivement des expériences ratées précédentes et se refusant de suivre l'exemple d'un Kreator tenté par la voie du death/thrash mélodique influencé par les Nordiques, Slayer se réfugie dans ce qu'il sait le mieux faire : un son gras, profond, sans concessions tant lors des parties effrénées empreintes d'un punk hardcore amélioré que sur les passages plus lents voire hypnotiques qui peuplent l'album. Même les solis de la paire Hanneman/King, d'ordinaires si chiants et inutiles sont mis au placard le plus clair du temps, ne ressortant que lorsqu'ils sont réellement justifiés ou presque. Une maîtrise totale des instruments est là, comme il se doit de la part des maîtres à penser le thrash, au service d'un dissonance malsaine et d'une agressivité jubilatoire. Cependant, il convient de ne pas jouer au fan aveuglé, et il est bon de dire que la fin de l'album est un cran en-dessous, même si celà reste toujours d'une bonne facture, surtout pour du thrash en l'an 2001.

  La production et la balance impeccable rendent justice au son, mais aussi à Araya qui affiche une grande forme et hurle ses textes parmi les plus convaincants de façon réellement vicieuse et inspirée. Car si message il y a chez Slayer, il a rarement été aussi bien exprimé qu'ici. La religion en général, Dieu en général, tout ça, c'est pas la peine, un mensonge au mieux, une très vaste arnaque dont il faut s'extraire au pire. C'est simple, c'est clair, Slayer n'a jamais fait dans la dentelle et celà ne changera pas.

  Il nous restait encore un troisième arrêt : le 2 mai 2013. Si vous lisez ceci vous savez probablement ce que signifie cette date : c'est le jour où le groupe fondateur des cercles brutaux est mort officieusement. Sans Hanneman, plus rien n'a de sens. Araya est vieux, gros, pathétique, Lombardo et Bostaph jouent aux chaises musicales et King est  toujours aussi con. Le mastodonte ne devrait pas tarder à rendre l'âme dans un râle aussi démoralisant que la fin de carrière d'Axl Rose.

  Au final, certes Dieu doit dans le fond quand même bien nous haïr, pour infliger à l'Humanité une existence aussi merdique. Mais Slayer doit encore plus le détester, et c'est une décharge terriblement négative d'énergie que nous livre ici le quatuor culte californien. Une détestation hors du commun de la religion quelle que soit sa dénomination et de la vie imposée par les clercs du monde entier, allant au delà d'un simple gimmick merchandising réflexe : vous avez là le dernier grand album du géant du thrash.



Recommandé plus particulièrement :
- 'Darkness of Christ' excellente intro
- 'Disciple'
- 'God send death'
- 'New faith'
- 'Bloodline'
- 'Here comes the pain'

R.I.P. J.H.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Articles aléatoires

Blogger