vendredi 4 juillet 2014

DOOKIE - GEDRÄNGEL

(2014)


  Il y a des jours où on se dit que l'on a fait le tour d'une scène, qu'on peut la quitter et passer à la suivante, un peu comme tout le monde, s'ouvrant ainsi à une nouvelle phase d'un voyage musical s'achevant avec notre mort. Pas avec le deutschpunk, malheureux ! A force d'écouter des groupes se gargarisant de moralisme et d'éthique, versant de plus en plus dans le post-hardcore écolo de faible ou dans le 'zusammenhalt' anarcho-prolo crasseux, j'avais presque oublié ce qui m'avait initialement plu dans le punk rock : cette musique avait des putains de tripes et s'attaquait à tout. Personne n'était à l'abri, personne n'était innocent. Le motto primordial keupon ce n'était pas "le raciiiiiiiiisme c'est maaaaaaaaaaal", ce n'était pas plus "le capitalisme c'est pas biiiiiiien", non, non et non, c'était juste un "fuck you all" bien auto-destructeur et salvateur, comme un bon gros molard dans la soupe que le Système nous offre au quotidien.

  'Dookie', l'original, a 20 ans cette année. Que reste-t-il du skate punk de la fin des années 90 aujourd'hui ? Rien. Rien de rien, si ce n'est quelques vieux T-shirts Quicksilver oubliés au fond de l'armoire et une paire d'albums révérés religieusement par une frange de ma génération. Cette musique est devenue une partie de l'establishment, aseptisée et exempte de toute rébellion. A l'époque les vieux punks jugeaient cette vague comme une trahison de l'esprit punk originel, et si quelque part c'étaient juste des vieux cons, il se trouve qu'ils avaient tout de même pas complétement tort. Quelqu'un se devait de remettre la keuponnie sur le droit chemin, et ce sont ces mecs de Cologne qui vont s'en charger.

  La leçon de vie va s'étaler 11 pistes expédiées en 17 minutes chrono. Aucun temps mort, on est là pour une démonstration de punk comme ça fait une paire que vous n'en avez pas entendu. Ça pulse, les breaks sont mélodiques et déglingués, la guitare sonne résolument rock et ne verse pas dans le son gras hardcore, les refrains sont fédérateurs et furieux tout en restant un brin débiles. Et pourtant, on est loin de la facilité, chaque morceau présente des structures non-linéaires, propres au punk de groupes confirmés. De l'excellent boulot, à la fois technique et abordable, avec même quelques petits solis bien tournés au milieu. La pochette nous l'indique, le groupe a digéré le punk californien avant de nous le vomir ici transformé par les influences ouest-allemandes sous-jacentes des Colonais. Tout comme Generation X reprenait/singeait les Who, Gedrängel se paye le luxe de reprendre The Offspring ou Green Day mais de rendre leurs morceaux bien plus punk. Un peu comme si le Slime des années 80 s'était amusé à jouer 'Americana' ! Oui, carrément !

  Cette attitude rien-à-foutre se retrouve bien entendu dans les paroles, tantôt humoristiques tantôt rentre-dedans mais toujours caustiques. Les textes sont loin de la dénonciation frontale et s'amusent plutôt de nos préconçus et de la connerie ambiante sans toutefois perdre un esprit relativement positif. Servies par deux vocalistes complémentaires, un écorché et un autre à la voix plus juvénile (proche de celle du chanteur de Montreal, groupe allemand de pop punk assez énorme), les paroles sont débitées de façon à la fois mélodique et énergique. Le pied.

  Au final un album qui porte toutes les promesses de sa pochette, le mélange idéal entre punk rock californien commercial et radicalité rien-à-foutre made in Germany, le tout mâtiné de structures complexes et de rythmes poussifs. Le meilleur album keupon depuis 'Fickt euch alle' de Napoleon Dynamite. Carrément.

Recommandé :
- 'Ja ja' ou 'All I want' si Dexter Holland avait encore de la haine contre la société
- 'Berufswunsch'
- 'Faul', typisches Produkt aus Kalifornien
- 'Mesnchen'
- 'Toi', on jurerait du Green Day tiens donc


Ne pouvant afficher aucune vidéo ici voici leur bandcamp : http://gedraengel.bandcamp.com/

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