lundi 23 juin 2014

UNDERGROUND NETWORK - ANTI-FLAG

(2001)


  Il y a une règle tacite sur ce blog que j'essaye de ne pas briser trop souvent : ne pas dédier plus d'un article à un groupe. Jusqu'ici il y n'y eût comme exception que The Offspring, Die Toten Hosen, Betontod, Taake, The Exploited, Midnight Oil et Blood Command car tous à leur façon sont des groupes qui m'ont durablement marqué. Aujourd'hui c'est au tour d'Anti-Flag, quatuor que j'écoutais beaucoup durant ce qu'il est convenu d'appeler dans la langue de Molière mes "late teenage years" et dont je me retrouvais dans le message acerbe vis-à-vis du nationalisme et des abus de l'économie néo-libérale. Et parce qu'aujourd'hui c'est la Coupe du monde de foot, que tout le monde parle de la fin de Game of Thrones,  que personne ne fait bouger les choses, et que je me sens toujours autant aliéné dans la société des blancs français middle-class de bon teint. J'essaye de faire bonne figure croyez-moi, mais jamais je n'oublierais l'époque où j'étais "angry, young and poor".

  Sorti quasiment dans les années 90 ce troisième album est considéré comme celui qui a permis à la formation de Pittsburgh de se faire un nom solide, éclipsant partiellement le skate punk californien, rappelant au monde le bon souvenir de l'existence d'une scène de la Côte Est autrefois prolifique au sein du punk ricain. Fidèle à ses inspirateurs, Anti-Flag aligne ici des pistes à tempo élevé, riches en énergie, en montées en puissances savamment dosée mais sans jamais succomber à la tentation de verser dans le hardcore ou les trucs de mou. La voie était étroite, et pourtant au milieu du magma punk se dessinent çà et là des influences plus lointaines, mais toujours au service de la mélodicité et de l'énergie positive propre au punk rock des grands jours. Que ce soit les solis à la guitare, ces riffs de basse terribles et au son unique, ou les structures très bondissantes et axées sur la caisse claire de la batterie, chaque instrumentiste fait valoir une maîtrise du style rare sans pour autant s'enfermer dans du déjà-vu, chose suffisamment rare pour être soulignée. Cependant, il ne faut pas être aveugle et faire l'impasse sur des morceaux plus génériques et linéaires comme 'This machine kills fascists' ou 'Daddy Warbux' qui empêchent l'album d'accéder au rang de monument.

  Au niveau du chant, on a droit là à une prestation classique pour Justin Sane, avec la voix juvénile qui lui est caractéristique, mais ici encore un peu plus brute de décoffrage moins écorchée que par la suite. Il fait vivre ses textes, pourtant fournis et complexes d'une façon exemplaire, déployant plus de technicité au niveau du phrasé qu'il en a l'air, offrant une prestation à la fois écœurée et légère. Il pourra de même compter sur ses camarades de jeu qui insufflent au sein de leurs chœurs la même volonté et la même vitalité, apanage de ceux qui savent qu'ils sont du bon côté.

  Car on ne peut pas enlever à Anti-Flag que dans le fond ils ont raison, nous exposant sur la plupart des pistes, une vision très sombre et paranoïaque de la société américaine et de ceux qui en tirent les ficelles. Leur pays héberge une grosse partie de l'élite capitaliste mondiale dont le profit est le seul but, et s'il se réclame constamment de la liberté il n'en présente pas moins des traits d’État policier, voilà le constat dégueulasse et sans fards qui fait le cœur de l'album. Si le propos est très américano-centré -ce qui m'a à terme gonflé dans le punk ricain-, il n'en demeure pas moins vrai, honnête et transposable partout dans l'Europe pré-musulmane, pré-fasciste, ou juste à l'image des Ch'tis à Ibiza en construction actuellement (selon votre préférence), nous exposant un monde entièrement à la botte du Capital apatride et éternel, concrétisant ce faisant chaque jour un peu plus une vision de cauchemar. Cependant le ton n'est jamais défaitiste, et le potentiel de résistance de la scène est ici le leitmotiv du groupe. Oui on peut changer le monde, c'est possible, il faut juste en avoir le cran, voilà le message en substance !

  Au final cet album n'est pas loin d'être aussi bon que son prédécesseur, entre plans bien punk et plans plus pop, sans oublier des textes qui font mouche car simples, pragmatiques et engagés... dans le bon sens ! Et ce même si le propos est très tourné vers les États-Unis et si on trouve quelques pistes un peu plus faibles que les hymnes avérés disséminés ici. In punk veritas.




Recommandé plus particulièrement :
- 'Angry, young and poor'
- 'Underground network'
- 'Stars and stripes'
- 'Until it happens to you'
- 'Culture revolution'

NB :   En gros Anti-Flag vous présente ici la version intelligente et réaliste du complot illuminati dont se gargarise le hip-hop le plus douteux et gerbant à base d'islamisme et de suprémacisme latent qu'on balance depuis quelques années en masse sur les ondes US ou franchouillardes. Mais bon quand les fans de hip-hop réfléchiront vraiment ça se saura... trololololo.

NB 2 : Comme il est si bien dit sur le présent album, pas besoin d'être un raciste pour être une merde national-socialiste. Spéciale dédicace à tous les socialos patriotes de la République, et à leur poupée vide S.O.S. mon cul.

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