mardi 20 mai 2014

SCHLAFLOS - JENNIFER ROSTOCK

(2014)



  Pour faire la jonction entre deux de mes posts précédents (Katy Perry et du gros punk ricain), il n'y avait pas 150.000 groupes. C'était Paramore ou Jennifer Rostock. Et comme je suis quelqu'un de sympa, on va éviter de parler des premiers. Pour vous la faire courte, le second groupe est emmené par sa chanteuse et leader iconique depuis leurs débuts au Bundesvision et a taillé sa route au sein du mainstream, tout de même un hype, de la capitale allemande pour devenir une relativement grosse machine. Mais l'ingrédient magique qui évite de les classer dans les catégories hype berlinoise/MTV pop/ rock pour meufs de  - 15 ans, c'est le fait que malgré tout, on trouve des influences de punk bien sale et bien à l'ancienne dans leur son. Incroyable, je sais.

  Musicalement la recette est pour le moins complexe sur le papier : prenez de la pop bien pop (type Silbermond, la grosse concurrence), mélangez avec un vieux fond punk rock (genre the Subhumans mais en plus gentil), ajoutez une  bonne dose de claviers façon Indochine grande époque ou Neue Deutsche Welle (Abwärts, les negros, toujours Abwärts, han), puis faîtes lever le tout avec une sensibilité flirtant avec les merdes emo, secouez et vous obtiendrez Jennifer Rostock. Les compos tout en restant intrinsèquement pop sont non linéaires et pas si évidentes à jouer, chacune avec son identité propre, ce qui empêche le sentiment de répétition de s'installer et signe un album fouillé. L'énergie plus tout à fait juvénile habite littéralement la plupart des pistes, notamment sur des refrains super accrocheurs et un brin rétros, superbement balancés par des breaks solides. Il n'y a donc pas de gros points noirs, hormis une ennuyeuse ballade mélo du nom de 'Wenn der Wodka zweimal klingt' ou une intro nunuche sur le titre éponyme, ce qui est assez remarquable pour une production grand public. Et pour cimenter le tout, on a droit à une grosse production tiré au cordeau. Impeccable, rien à dire.

  Quant au chant, chapeau bas, Jennifer Weist assure une prestation assez époustouflante. Car oui, la cerise sur le gâteau, la plus-value musicale, la patronne de la maison, c'est bien elle. A l'aise sur tout les tableaux, elle hurle, elle sussurre de suaves mélopées ou même rappe (!) mais jamais sans que celà ne soit complétement gratuit ou forcé, bref le rêve de bien des pop-stars à la con d'Outre-Atlantique. Son interprétation est à mon sens sur certains passages un poil trop émotionnelle ou trop pouf-pouf, mais qu'importe, elle force le respect par la maîtrise qu'elle dégage.
  Les textes, très personnels eux aussi, sont écrits le plus clair du temps dans une veine sentimentale et poétique avec parfois un peu de Sehnsucht et d'alcoolisme latent, mais ils ne tombent que rarement dans le cul-cul pâteux. Le groupe se fend par ailleurs de saillies plus cyniques comme sur 'K.B.A.G.' ou 'Der blinde Passagier'  efficaces et trahissant un lien passé avec la contestation de l'ordre établi. Enfin, pour les germanophones, je tiens à signaler que vous aurez droit à quelques petites pépites bien débiles ("j'ai mangé du papier et vomi des confettis", "chaque prix a sa valeur") bien involontaires mais ô combien sympathiques, oder dürfte ich sagen : "einfach komisch".

  Au final, Jen' pousse son style un peu plus loin que sur le dernier opus. Plus électro mais aussi bien plus déconstruit et en un certain sens à la fois plus pop, tout est "plus" sur 'Schlaflos'. On est pas loin parfois de l'indigestion et du too much drama, mais rien à faire ich liebe es. Très, très bon album dans l'ensemble nécessitant peut-être pour y être pleinement happé de connaître déjà un peu le groupe, ou d'aimer le mélange des genres. De tous les genres.





Recommandé :
- 'Zeitspiel'
- 'Phantombild'
- 'K.B.A.G.'
- 'Der blinde Passagier'
- 'Tauben aus  Porzellan' AKA la guerre c'est mal (le black metal m'aurait menti ?!)
- 'Schlaflos' une fois passé l'intro

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