jeudi 29 mai 2014

DIE ÄRZTE TOP TEN

   Dans le rock allemand il y a ce que les gens en France pensent représentatif (Rôôôôômmstein, Ninôôôôô Hagen, Kiiiiiiiillerpilz) et ce qui est réellement présent sur le terrain, bien loin de ce que les gros cons des médias francophones rabâchent au bon peuple gaulois. Non si vous voulez vous frotter au vrai rock allemand apprenez la Sainte Trinité dès le départ : Hosen-Onkelz-Ärzte, der Rest ist kacke ! Chacun des ces trois groupes m'a comme bien d'autres de part et d'autre des frontières de la RFA influencé plus que de raison mais pendant mes années teenager, le groupe qui m'a fait basculer peu à peu dans la nébuleuse deutschpunk ce fut Die Ärzte, définitivement. Avant même que je n'aime Terrorgruppe, Wizo, das Untergangskommando, et la myriade de groupes qui suivirent et avant même que je n'écoute du punk rock "classique" anglo-saxon, il y avait Die Ärzte.

  Au cours de mes jeunes années aux côtés des Sex Pistols et de The Offspring, les Médecins était le seul groupe vaguement punk que vous auriez pu trouver dans ma pas si petite discothèque d'alors. Et comme les deux autres, heureusement qu'ils ont été là, sinon vous liriez sans doute ici même qu'Ensiferum, Tyr, Mayhem ou Running Wild sont les meilleurs groupes du monde (ce qu'ils sont peut-être au fond et je suis juste un gros blaireau), ou bien je serais devenu un autre de ces hipsters pathétiques ouverts sur le monde et tolérants à l'ultra-richesse, au conformisme moral et aux cultes importés, se gavant avec Artic Monkeys, Arcade Fire ou  Phoenix et qui trouvent que Diam's "c'était pas si mal...". Non, non et non ! Un peu comme je l'avais fait pour mes anciens dieux d'Orange County, je vais vous présenter les 10 morceaux qui m'ont poussé à reprendre des cours d'allemand et à délaisser à jamais l'héritage putride de la culture française. 

01. Schrei nach Liebe - Die Bestie in Menschengestalt  (1993)

 

  J'ai choisi de vous présenter d'emblée le morceau le plus fondamental que les Ärzte aient sorti à mon sens. En 1993, les kids c'est la gueule de bois suivant la Réunification et l'écroulement de tout le zeitgeist des 80s Outre-Rhin. L'économie repart, le punk et la new wave de la décennie précédente meurent pitoyablement dans leurs coins, écrasés par l'euro-dance et la vague pop-grunge post-'Achtung Baby' par U2 et post-'Nevermind'. L'Allemagne réintègre pleinement politiquement et culturellement le jeu des nations, enfin. Mais la part sombre de tout celà, c'est l'émergence d'une nouvelle génération de néo-nazis, bien plus déterminés que jadis.
Face à la violence de leurs attaques, un sentiment de malaise général va s'exprimer, et ce sont Die Ärzte qui vont le mieux le formuler, à l'aide de ce morceau un brin putassier, tour à tour cruel envers les jeunes NS et les montrant plus faibles qu'ils ne le pensent. Matraqué en boucle, ce morceau est fondamental car il a lancé la seconde carrière des Médecins, leur offrant ainsi leurs plus belles années. Mais aussi parce qu'il a revigoré tout le deutschpunk en servant de point d'entrée mainstream  à toute la jeune génération -comme moi, oui- pour les cercles undergrounds nettement plus bruitistes et anarchisants, sous couvert de bons sentiments type "Le racisme c'est mââââââl".

  Ayant déjà posté la vidéo officielle auparavant, je voulais vous soumettre cette reprise par "l'autre géant", les Toten Hosen, qui l'ont abondamment reprise seuls ou au sein d'une espèce de chorale type Enfoirés (ou Enculés c'est comme vous préférez). Le morceau est assez dénaturé mais c'est marrant sur le coup. En même temps qu'affligeant.



02. Ich bin ein punk - 5,6,7,8, Bullenstaat ! (2001)


  Je ne vais pas m'étendre plus que celà ici sur ce (très) court morceau présent sur cet album téléchargeable gratuitement et légalement depuis leur site, véritable Bible et manifeste musical du deutschpunk. Il s'agit simplement d'un de ces morceaux qui m'ont rendu complétement verrückt et ont quelque part contribué à ruiner toute chance que je devienne un bien-pensant modelé par l'Etat socialiste français. Composé pour montrer que le trio, installé sur les ondes depuis belle lurette, pouvait encore s'il le voulait se prendre au jeu, comme lorsque Farin Urlaub zonait dans le Berlin divisé aux premières heures du punk hardcore au sein de son groupe d'alors, Soylent Grün. Aigreur, agressivité patente, nervosité, bile et ethos anti-flics/anti-fachos de base,  cette minute est la minute la plus punk que j'ai trouvé jusqu'à présent.



03. Friedenspanzer - Die Bestie in Menschengestalt  (1993)


  Toujours issu de leur album de 1993, ce morceau s'attaque à un autre sujet chaud : la guerre, avec en toile de fond les guerres de Yougoslavie, ayant éclaté à quelques encablures à peine d'une RFA toujours farouchement pacifiste à ce moment. Étrange bricolage entre son punk déglingué et rock commercial de ce début de décennie 90, ce morceau m'avait fait une forte impression lors de mes premières écoutes surtout à cause du phrasé quasi-rappé d' Herr Urlaub et du son de la guitare proche de celui arboré par les Bérus,  mais avec une mélodie de plus de 3 accords. Même si depuis, évidemment, je suis passé aux choses sérieuses, je garde une certaine affection pour cette piste, il faut l'avouer,  un brin débile.



04. Westerland -Das ist nicht die ganze Wahrheit (1988)


   Si Die Ärzte est le "meilleur groupe du monde", ce sont aussi les maîtres incontestés du bon goût, une valeur sûre en Germanie. Il ne faut jamais perdre de vue que le groupe a été fondé par des anciens d'un groupe de hardcore qui frustrés de ne pas percer comme Black Flag, se mirent à jouer la pop la plus éculée et crétine qui soit en un ultime hara-kiri. De là viennent bon nombre de morceaux extraordinairement kitschs ou expérimentalement abusés parsemant leur discographie. En 1988 les Médecins sont déjà des stars, faisant la couverture des magazines un peu neuneus pour ados et leur réputation n'est plus à faire avec plusieurs hits dans les charts et plusieurs morceaux censurés. Suite à la perte de leur bassiste originel -Sahnie- dont l'ombre a longtemps plané sur le groupe, les deux survivants se lâchent et nous pondent un album pour le moins dégueulasse regorgeant de sonorités ringardes et de synthé. Cependant, avec un second degré évident, Bela B. et Farin U.  livrèrent ce morceau génialement naze, à propos d'une mélancolique pensée pour l'île de Westerland. Guimauves à souhait Die Ärzte signent le tube de l'été, battant les schlagers à leur propre jeu, se foutant bien de la gueule du monde au passage. Concept quand tu nous tiens.



05. Mein Baby war beim Frisör- Le Frisur (1995)


  Le concept-album le plus pourri de l'histoire ? Je pense qu'encore une fois les Ärzte peuvent prétendre au titre avec un album entièrement dédié aux coupes de cheveux, suscitant assez logiquement ce type de commentaires : "Mon Dieu ces mecs ne prennent même pas de drogues officiellement, comment ont-ils pu en arriver là ?! ". Oui, c'est sûr que l'idée de base est à chier. Et pourtant... Sur cette galette se dégagent de bons morceaux, dont celui-ci qui servit de single. Simple, caustique et rentre-dedans, j'adore toujours ce titre et ce clip so 90s tout en couleurs saturées. Au point où plusieurs fois dans ma vie lorsque ma copine changeait de coupe de cheveux dans un élan pathétique pour redonner du nouveau à notre (non)-relation, je me suis surpris à penser mot pour mot "Mein Baby war beim Frisör, und jetzt mag ich sie nicht mehr". Lalala, on connaît tous la suite...



06. Eva Braun - demo (1983)

 

  Tiens en parlant de petite amie à la con. La plus grosse greluche du XXè siècle, la plus grosse abrutie narcissique jamais filmée méritait bien une chanson de désamour à la hauteur de ses ambitions. Une des pistes les plus controversées du groupe avec la saga des Claudia, elle nous place en face d'un Farin Urlaub déclamant son amour pour Frau Braun avec un phrasé hitlérien à la fois grotesque et maladif et ce à grands renforts de références à la propagande goebbelsienne. Ambiance apocalyptique, fantômatique, presqu'infernale, un grand morceau, partageant au niveau de ces choeurs entêtants une étrange similitude avec le 'Amoeba' de The Adolescents sorti à la même période. Ce titre ne figure sur aucun album, mais fut enregistré sur la démo du premier CD des Médecins,le bien nommé 'Debil', avant de finir aux oubliettes pour des raisons que l'on imagine bien .

 

 07. Rebell - 13 (1998)

 

 A l'époque où je me suis mis à écouter ce bizarre trio berlinois, leur dernier album en date était '13' et le single que l'on pouvait alors voir sur Viva était 'Rebell'. La première fois que j'ai regardé mornement ce clip, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir un rictus en pensant "Putain qu'est-ce qu'ils peuvent être cons ces Allemands". Mais le crescendo du morceau, à peine balancé par ce passage flamenco (sous l'impulsion de Rod sans doute) m'a ensuite skotché par son énergie et son ressentiment à peine latent envers "les autres". Si les paroles sont un peu risibles, elles n'en contiennent pas moins une part de vérité que bien des "rebelles" ont dû embrasser, même si ce ne fut jamais mon cas. De toutes leurs chansons, seules 'Nichts in der Welt' et le numéro 01 de cette liste atteignent cette même intensité avec une pointe de gravité.



08. Mit dem Schwert nach Polen, warum René ? - Die Bestie in Menschengestalt  (1993)

 

  Dernier morceau issu de leur album-renouveau cette étrange ballade m'a habité un long temps sans que je ne me l'explique vraiment pourquoi. Je n'ai jamais rien compris à cette histoire d'un certain René ayant eu une belle vie de merde et voyageant vers la frontière polonaise en costume de ninja lourdement armé, mais l'atmosphère à la fois triste et misérable qui s'en dégage m'a passablement secoué. Ici est la version acoustique présente sur 'Rock'n'Roll Realschule', que je trouve encore meilleure car plus éthérée encore au début.



09. Wie es geht - Runter mit den Spendierhosen, Unsichtbarer ! (2000)


  Vous l'aurez compris c'est au tournant du millénaire que je suis entré dans ma phase de  Ärzte-mania, et au cours de cet automne 2000 la sortie de ce nouveau morceau était une sacré baffe auditive. Simple, pop, un peu gnan-gnan et pourtant jouissif, il s'agit là d'une énième chanson d'amour écrite par des types qui ont presque 50 ans maintenant, mais rien à faire, le texte, la mélodie, les breaks tout concourt à en faire un single ultra-efficace. Et qui pourra peut-être même plaire à votre mère autant qu'à vous.


10. Meine Freunde - 13 (1998)

 

 Et voici enfin notre numéro 10, un morceau que je fredonnais bêtement et qui m'a valu un grand moment de dèche à cause de sa ligne 'Meine Freunde sind homosexuelle'. Car si je ne vous l'ai pas encore dit, Die Ärzte sont essentiellement un groupe à texte, dont il faut se méfier des tournures parfois cyniques ou très orientées second degré. Ces paroles plus ou moins travaillées peuvent d'ailleurs expliquer un grand nombre de parties instrumentales des plus cheesys aux plus improbables (surtout celles ayant trait au jazz, à la salsa ou à d'autres styles disons-le franchement craignos). Dans la présente chanson Farin nous narre ses mauvaises fréquentations sans vergogne sur une ligne de gratte pour le moins entêtante, et ce dans le but de peut-être ô peut-être faire changer d'avis un ou deux rétrogrades. Enfin je dis mauvaises, mais ça dépend pour qui, évidemment.



  Voici donc la fin de cette petite plongée dans le Ärzteverse, une riche entité musicale qui pourra meubler vos longues soirées au coin du feu l'hiver. Groupe prolifique touchant à bien des genres avec un amour plus ou moins sincère, les Médecins ne se sont pas imposés pour rien Outre-Rhin puisqu'ils forment un groupe littéralement hors du commun. Loin des platitudes germaniques habituelles, les exubérants allemands ont plus d'un concept dans leur sac que je vous laisserais désormais découvrir par vous-mêmes.

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