mardi 27 mai 2014

DENK LAUT ODER VERGISS ES - LUKOPODIUM

(2007)


  O Autriche... Doux pays de mes aïeux, du Sachertorte et tombeau des rêves d'une soumission de l'Europe aux sultans turcs, mon cœur vibre pour toi, bien plus que pour les mornes étendues de la Baltique. Autriche, tu es la plus belle des nations du monde, mais tu es tout de même diablement chiante à être conformiste et dans la retenue perpétuelle. Telle une jeune femme de 25 ans dont les activités extra-professionelles tournerait autour des Tupperware et des photos des copines sur Facebook, Autriche tu es belle mais il te manque quelque part une âme.

   Hum, hum, veuillez excusez ces épanchements pour le moins inhabituels, mais cette fois-ci on touche à un sujet sérieux. Je ne vais pas vous refaire le débat entre "Grande Allemagne" et "singularité de la nation autrichienne" mais pour moi l'Ostmark n'est qu'un prolongement un brin alpestre du grand Reich de jadis, et ce malgré une dynastie rétrograde y ayant imposé sa main de fer jusqu'en 1918. A l'image d'autres territoires perdus à l'Est et à l'Ouest... Sans rouvrir la boîte de Pandore du pangermanisme, les Länder sous la tutelle de Vienne vivent dans la même unité culturelle que ceux inféodés à Berlin et jadis à Bonn. Et pourtant... presque pas de deutschpunk en Autriche ! Scheisskonservative Gesselschaft... Mais heureusement de temps en temps, on tombe sur un groupe qui ose sortir des sentiers battus de la dure vie de groupe local amateur et porter sa désillusion sur un LP. Lükopodium, baptisé d'après la lycopode utilisée en homéopathie contre des désordres digestifs principalement (...), est une de ces trop rares formations à émerger de la patrie de Christina Stürmer.

  Musicalement on nage en plein punk rock mélodique européen découlant du street punk brittannique originel mais en nettement plus raffiné. Pour illustrer mon propos vous pourrez vous réferrer à la légion de groupes germanophones comme Zaunpfahl ou Speichelbroiss, ou encore aux francophones de  J'aurais voulu et vous obtiendrez une idée assez précise de comment sonne cette galette. Rien de bien fou mais là n'est pas notre propos sur ce blog, on cherche ici la bonne grosse machine anarcho-germanique qui arrache la tête, tout simplement. Avec le présent quatuor vous ne serez pas déçus, le cahier des charges est exemplairement tenu. Les plans les plus frustres sont balancés par des ponts et des riffs ou soli de guitare lead qui ont de la gueule, mais sans que l'urgence et la hargne ne soient tout à fait perdues au passage. Les effets de manche un peu plus techniques et les cassures rythmiques sont au rendez-vous avec des instrumentistes sachant rendre leurs morceaux accrocheurs et mobilisateurs sur une durée moyenne de 4 minutes tout de même. Le groupe se paye même le bon goût de montrer ostensiblement ses influences allant des grands anciens de la République Fédérale à la vague américaine des 90s sans que l'on ne se sente floué.

  Au niveau du chant, il y a moins à dire si ce n'est que la prestation est à la hauteur du reste. Avec une voix et un phrasé typiquement deutschpunk, on nous narre la noirceur et la cruauté du système, en même temps que l'on nous incite à la prise de conscience si ce n'est à la révolte. On repassera pour l'originalité, mais le cri de fureur et de détresse à la fois fera mouche le plus souvent avec de véritables punchlines ('Was ist der Wert dieser Freiheit ohne Freiheit ? Du bist ein Sklave des Systems !', 'Hey ihr vixer leckt mich am Arsch', 'Eure Tränen, eure Trauer...es ist zu spät !') dont l'intensité d'énonciation ne pourra pas laisser indifférent quiconque est versé dans les punkeries. Les perles du chapelet keupon sont donc égrenées les unes après les autres, chacune des plaies du monde moderne étant abordées au long des 12 pistes de l'album, avec naturellement une dédicace spéciale à nos frères maudits, les néo-nazis, folklore local bien vivant là-bas oblige (mais moins que ce que les médias francophones de merde veulent vous faire croire, citoyens).

  Au final, on tient ici une production agréable, une matrice deutschpunk mélodique toujours efficace et une colère contre le système. En résumé, Mann braucht einfach nichts mehr. La preuve que pour faire du punk allemand, pas besoin d'avoir un passeport de la RFA, une bonne dose de courage et du talent suffisent.

 


Recommandé :
- 'Stammtischpolitik' tellement vrai
- 'Freiheit ohne Freiheit'
- 'Zu spät', rien à voir avec le titre de Die Ärzte
- 'C.I.A.'
- 'Denk laut oder vergiss es'

NB : Pour être pleinement honnête cette critique ne prend pas en compte la piste nommée 'In Namen des Herrn', que je n'ai pas pu écouter, tout simplement.

NB 2 : La pochette m'est apparue étonnamment proche de celle de Zmiv, un groupe de hardcore européen du début des années 80 basé aux Pays-Bas. De la bonne came mais plus underground tout de même.

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