samedi 15 mars 2014

REISE, REISE - RAMMSTEIN

(2004)


   Si encore une fois on peut s'interroger sur la pertinence de faire une critique d'album dix ans après sa sortie, il se trouve que j'avais envie de vous parler de cet opus des germanophones vivants les plus connus du domaine musical. En effet, celà fait près de deux années que je vous étale à longueur de blog des groupes d'Outre-Rhin et je n'ai jamais rien dit sur Rammstein. C'est pour beaucoup de gens comme si je parlais de maths sans aborder les chiffres au préalable. Or ce jugement rapide et répandu, qui voudrait que le sextet soit représentatif de tout le rock dur allemand, m'a toujours gonflé, comme Rammstein m'a toujours laissé perplexe. Aucun autre groupe ne sonne comme Rammstein, et c'est bien pour celà qu'aucun autre groupe germanophone n'a réussi à réellement s'imposer à l'internationale tant en terme de vente que d'image marketing. Moi qui ai grandi avec le versant opposé du rock allemand vénère (Chaos Z, Slime, Rawside, EA80, les cocos), je les ai toujours regardé avec une certaine distance, voire avec méfiance, tant à l'époque les néo-nazis et les gros métalleux à la con les révéraient sans bien toujours comprendre ce qu'ils écoutaient, et qu'aujourd'hui une certaine frange de la société bien-pensante se les ait pleinement approprié. Mais trêve de blabla inutile, voyons plutôt ce qu'a dans le ventre cet album à l'intrigante pochette orange.

  L'album se veut une invitation au voyage (dixit le titre digne de Desireless...) et va le long de 11 pistes, selon la tradition rammsteinique, décliner différentes ambiances savamment travaillées, teintées d'influences variées. Ça c'est ce que le groupe et la presse ont répété en chœurs, mais dès les premières minutes du titre éponyme déboule la sempiternelle guitare industrielle, porteuse de mélodies grasses et collantes, m'ayant toujours donné l'impression de roter les knacks ingérées lors du précédent repas. Rammstein n'a donc pas fondamentalement changé, il reste indigeste et lourd, pétri d'une façon de faire qui m'a toujours révulsé, même si des passages plus acoustiques font leur apparition, corollaire inévitable de la maturité artistique. Les guitaristes vont ainsi imprimer leur patte bassement métalleuse et relativement faitguante le plus clair des 47 minutes de l'album. Cependant, Landers et Kruspe se transcendent parfois et parviennent à instiller à eux seuls des atmosphères riches en futurs vers d'oreille, comme sur 'Stein um Stein' ou 'Dalai Lama', enfin dégagées des défauts de pesanteur et oui, de facilité. Ce n'est qu'alors que l'on touche au matériel d'excellente facture.

  La section rythmique est quant à elle correcte, mais sans plus, hormis les morceaux où le batteur se laisse enfin un peu aller, comme 'Moskau', se dégageant lui aussi du rôle de boîte à rythmes indus dans lequel il se cantonne le plus clair du temps. Non, ce qui tire véritablement l'album vers le haut, une fois n'est pas coutume, c'est bien le clavier de Herr Flake, dont la présence constante mais pas intrusive va plonger pleinement l'auditeur dans la direction souhaitée par le sextet. Tour à tour, léger, religieux, inquiétant ou planant, le clavier est bien plus que les autres instruments, le ciment de Rammstein, et je le pense sincèrement, la raison qui fait que ce groupe possède une telle aura. Venant de ma part, c'est un putain de compliment.

  Reste maintenant le dernier pilier du succès des Allemands, la voix et les textes de Till Lindemann. Œuvrant toujours dans le registre "grosse voix empreinte d'émotions", l'ex-champion est une fois de plus fidèle à lui-même, malgré le fait qu'il ose plus que précédemment aller vers le chant mélodieux, délaissant les lignes martiales pompées sur Laibach, rendant de fait les morceaux bien plus humains et accessibles en toutes occasions. Il est bon de noter également qu'il est par ailleurs toujours très efficacement assisté par ses camarades, ou par des voix féminines limpides rudement accrocheuses. Mais tout n'est pas rose non plus, loin de là. Herr Lindemann aussi se montre parfois lourd, en roulant des R de façon un peu forcée, débitant des hymnes à la teutonade déguisée, des plus horripilants, comme sur 'Reise, reise'... Quand le sextet aura abandonné cet aspect de son fond de commerce, alors on pourra peut-être passer définitivement aux choses sérieuses.

  Si Lindemann a un talent certain pour le chant (Vous arriveriez, vous, à faire ce qu'il fait ? Pas moi.), il est également un très bon parolier, empreint d'un certain classicisme poétique, loin des mes chanteurs germaniques favoris, mais ici très adapté et riche en métaphores des plus heureuses. Car ce qui m'a toujours plu chez Rammstein -en même temps que celà me fatigue à la longue- c'est qu'ils parlent très souvent d'amour in fine, laissant le temps à l'auditeur de trouver par lui-même ce que Till chante. Peu importe la situation que vous vivez, il y aura une chanson de Rammstein pour l'aborder, des plus saines, des plus heureuses, aux plus glauques, aux plus monstrueuses ou aux plus tristes. Cependant là aussi, le trop est l'ennemi du mieux, et dans ce domaine par exemple 'Ohne dich' et 'Amour' sont borderlines.

  Au final Rammstein, c'est un peu l'image que les Allemands aimeraient projeter d'eux-mêmes aux autres, et celle que le monde aimerait leur coller à le peau : indigestes, torturés inutilement, platement romantiques et négatifs, chiantement moralisateurs. Mais parfois au milieu de tout celà émerge de véritables perles que même une surmédiatisation acharnée n'a pas réussi à décrédibiliser entièrement. Pour moi il s'agit de leur meilleur opus, celui qui tient le plus le poids des années, et je connais presque toute leur discographie par cœur, c'est pour vous dire.




Recommandé :
- 'Mein Teil' même si avec les années j'aime de moins en moins ce morceau
- 'Dalai Lama' parce que l'avion ça fait peur
- 'Moskau', pour toutes ces vieilles putains
- 'Stein um Stein' dont le texte décrit bien les dérives égoïstes au sein du couple
- 'Amerika', même si elle était en rotation plus que permanente sur MTV and co.

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