lundi 31 mars 2014

DUNKLE MONOLOGE - WEHRLOS

(2012)


  Je sais que mon fidèle lectorat se languit depuis bientôt trois mois d'une nouvelle critique des mieux formulées à propos d'un groupe allemand. N'étant qu'un pauvre être humain perdu dans les turpitudes des caprices matérialo-sentimentaux de ce que l'on est convenu d'appeler une connasse, j'ai passé beaucoup de temps disons-le ailleurs tant musicalement que concrètement, ruminant de sombres pensées, de sombres monologues, en venant à me laver les oreilles avec -oui vous ne rêvez pas, vous êtes sur richtermusik- de la musique américaine de supermarché ! Mais aussitôt mes esprits retrouvés et les disques de black metal mélo ou de punk rock californien chassés de mes playlists, me revint l'envie du son "deutschpunk" le plus sale, le plus pur, celui qui m'avait rendu accroc. Et Wehrlos, opère dans une frange du deutschpunk qui collait bien à l'atmosphère du moment. Laissez-moi vous présenter cet album, au-delà d'une pochette très moche, j'en conviens.

  Trio semi-vétéran de la scène allemande, le groupe joue dans son registre de prédilection, un punk rock mid-tempo, lourd, sombre et relativement peu développé d'un point de vue technique (encore que...), préférant mettre ses textes en avant plutôt que des solis de 2 min 50.  En ce sens, ils sont très allemands, s'éloignant des standards du punk propret pour adolescents américanisés, et se rapprochant clairement de la myriade de groupes européens et engagés, à la limite du street-punk dégueulasse. Ainsi à l'écoute de cette galette il devient évident que le trio a tiré les leçons  de "l'autre côté" du punk allemand, et les influences/parrallèles avec les groupes mi-anars mi-seconde zone comme Alarmsignal, Atemnot ou Knochenfabrik sont plus que frappantes. Vous savez, je parle de ces formations musicales qui hésitent entre faire la manche devant un supermarché comme n'importe quel punk à chien, ou gagner assez de thunes pour presser un LP digne de ce nom.

   Musicalement on a droit ici à 16 pistes véritables, consistant en autant de ritournelles essentiellement mid-tempo désabusées et addictives. Niveau instrumental pur, la guitare rythmique nous livre des riffs simples mais efficaces, accompagnés par une batterie certes classique mais techniquement plus qu'au point. Les cassures rythmiques, les variations de plans et la gestion des ruptures, des progressions et des tours de manches  tout y est exemplaire, donnant quelque chose de simple dans l'ensemble mais avec une patte montrant que les instrumentistes peuvent toucher quand même quand ils le veulent.

  Le résultat est en lui-même proche de ce que des groupes de Oi! comme Berliner Weisse ou the Gumbles ont sorti ces dernières années, tout en restant un brin plus punk et plus écorché, idéal pour éviter l'écueil de la lourdeur (assumée) des glatzköpfe berlinois. Chaque morceau vous présentera en outre des lignes de guitare lead, plus complexe, lorgnant elles aussi sans complexes vers la mouvance street, mais un peu plus techniques que ce qu'on l'on pouvait craindre, et surtout fluides, apportant la plupart du temps un réel intérêt supplémentaire au morceau. Ces leads, et le son un brin monotone qu'elles charrient, sont toutefois l'aspect le plus fatiguant de l'album, mais qu'importe il ne s'agit là que d'un défaut bien mineur. Il faut dire que le nombre des morceaux étant conséquent, il était difficile de complétement éviter la redite. Enfin, il y a quelque chose de discret mais qui m'a réellement plu dans cet album, son côté sombre provenant de quelques emprunts discrets mais réels à des productions plus dépressives. Le summum étant l'ultime piste 'Mittelalter', étrange morceau d'ambiance gothique qui n'aurait pas fait tâche sur un LP d'un one-man band de black metal odiniste.

  Au niveau du chant on trouvera deux vocalistes plus que complémentaires, le "hauptsinger" ayant une voix acide et usée de type "Knochenfabrik" et les autres membres le secondant étant clairement dans un registre "Oi!" avec grosse voix gutturale bien streetpunk. Bref, pas besoin d'en dire plus, ça colle au reste. Les paroles, fouillées, sont portées à leur juste valeur par des lignes mélodiques certes simples et éculées mais qui sont amplement suffisantes pour ce genre. Abordant la vie -et bien souvent la mort également- dans son ensemble, elles sont empreintes de quelque chose allant au-delà du pessimisme et de la critique sociale anar de base, comme une description désabusée de l'état du monde et surtout des gens, de leur connerie, de leur hypocrisie et par dessus tout de leur petit narcissisme écœurant. Cependant la colère contre le système n'est pas non plus oubliée, et l'envie de de ne pas se laisser faire et d'en découdre traverse de temps à autre un morceau, remettant les choses en ordre, on écoute du deutschpunk d'ultra-gauche pas de la came pour goths ou dépro-punks, 'faut pas déconner.

  Au final, bien que très sombre, il n'en demeure pas moins que l'album contient de vrais morceaux de bravoure deutschpunk, du genre à tourner en boucle. Sans vouloir être élitiste, un album plutôt pour les connaisseurs. Mais un très bon album à n'en pas douter.





Recommandé parmi un très bon ensemble :
- 'Tonnenschwerer Alltag', das kenn'ich auch...
- 'An  deiner Seite'
- 'Wer der Herde...'
- 'Sklave meiner Emotion'
- 'Detonation'
- 'Perfide Perfektion'
- 'Drinnen wie draussen'


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Articles aléatoires

Blogger