mardi 18 février 2014

NEVERMIND THE BOLLOCKS (HERE'S THE SEX PISTOLS) - THE SEX PISTOLS

(1977)


  Peu d'albums ont l'aura éternelle de cet unique opus véritable des Pistols. Depuis sa parution il y a près de 35 ans, 'Nevermind the bollocks' peut en effet se targuer d'être hors du temps, résistant inlassablement à l'assaut des années, chose que bien des artistes ont voulu atteindre vainement, alors que ces Anglais enragés ne l'ont jamais vraiment souhaité.

  On peut se demander quel est l'intérêt en 2014 de faire une critique de plus sur cet album dont il existe 157 "chros" rien que sur les premières pages du dieu Gogol.  C'est sûr. Je vous invite par ailleurs à lire l'avis de pseudo-métalleux post-trentenaires frustrés et se branlant sur les sous-genres les plus confondants, ça vaut le détour. Et puis, il y a l'autre façon de voir les choses. Si j'ai eu envie d'écrire ce super article, c'est parce que l'ambiance est du type "route, parking, déprime" et que ça ne fait pas rire les animaux, les chenilles et les chevaux, si vous voyez le genre. Je m'étais promis de ne pas aborder cet album ici, pour ne pas le faire descendre de son piédestal et m'abaisser au niveau des chroniqueurs compulsifs du web, mais bon... Certains se tournent vers Dieu dans la tourmente, j'ai cette tendance à me tourner vers des racines bien plus saines, et parmi les incontournables du répertoire, ceux dont on boit les paroles, il y a cet album.


  Musicalement, bien évidemment  c'est non seulement une boucherie totale, mais on tient là surtout  un manifeste musical, une de cette galette qui définit un "avant" et un "après". Techniquement il est très agréable à suivre, les instrumentistes reprenant la matrice blues rock tout en réussissant l'exploit de la transformer en quelque chose de nouveau. Assez logiquement, ils ont depuis été maintes fois imités, et même parfois égalés, mais les pionniers ce sont bien eux et les Damned. Le style de jeu de Cook, ou Jones, pose ainsi les fondations d'une nouvelle façon de faire, rapide, accessible, nerveuse, pas si évidente que ça et encore pétrie de mélodicité comparé à ce qui suivra, et ce malgré l'attitude affichée à l'époque par le boys band. Contrastant complétement avec le prog-rock d'alors, le rock crade, bête et rentre-dedans retrouve là de nouvelles lettres de noblesse malgré un titre étant légèrement en dessous du reste, 'New York', qui a le mérite de nous donner un aperçu de ce qui serait arrivé si le groupe n'avait pas splitté en 1978. Chose qui heureusement arriva. Ainsi chaque piste sur l'album, ou presque, a son identité propre évitant la redite des albums monolithiques, les nombreux solis ou effets instillés procurant autant de respirations à l'auditeur et faisant varier l'ambiance, presque subtilement, entre deux éructions du maître Johnny Rotten.

   Car si beaucoup en sont encore à chialer Vicious, celui qui domine la galette et lui donne la touche ultime c'est bien John Lydon, avec son chant atypique, maladif, acide. Aimant se comparer au Chapelier Fou, le sale gosse propulsé par McLaren, vient offrir à ceux encore bercés des illusions du Pays des Merveilles, un singulier réveil, obscène, furieux et tout simplement jubilatoire. Faisant vivre ici les textes comme personne, Mister Rotten, nous narre l'absurdité de la société occidentale d'alors (enfin d'alors...), avec un mauvais esprit lui étant propre, foncièrement bileux.
  Ce n'est donc pas tant un appel à l'anarchisme militant ou une rébellion adolescente qu'il faut voir dans cette galette -voyons...- mais l'expression d'un ras-le-bol sincère vis-à-vis du conformisme moralisant et bon teint régnant dans l'Angleterre d'alors (et toujours opérant), associé à une volonté de s'en défaire afin de se sentir un peu plus libéré. Et à mon sens, c'est bien ce qui fait la force de cette galette, les Pistols avaient putain de raison et pas grand-chose n'a changé depuis, conservant intact l'intérêt de leur travail. 

  Au final, je dirais que si tu es tombé sur cette page ce n'est pas par hasard et que tu voulais simplement lire un autre de ces articles te répétant à quel point les Pistols étaient géniaux dans leur genre. Te voilà servi, très cher Internet. Album fondateur, il est quasiment parfait en soi, mais le fan/consommateur en extase pourra prolonger un peu son plaisir en se tournant vers le 'Kiss this' de 1992, incluant toutes les B-faces et foisonnant de morceaux des plus réussis, 'No Fun' ou 'I wanna be me' pour n'en citer que deux. Dans le même genre, il y a aussi le très touchant et éclairant documentaire 'L'obscénité et la fureur' sorti en 2000, bouclant la boucle du grand delirium Sex Pistols, amèrement et définitivement. A moins que vous soyez prêts à raquer pour voir un Johnny Rotten bouffi, remontant sur scène pour se faire un peu de flouze et l'assumant à 100%, avant de remettre le couvert à l'occasion avec P.i.l. Personnellement, je le ferais volontiers, je préfère lui filer un peu de mon pognon à lui, plutôt qu'au service des impôts (trolololo).




Recommandé, au delà des 2 tubes matraqués depuis 35 ans:
- 'Pretty vacant'
- 'Bodies'
- 'Holiday in the sun'
- 'Sub-Mission'


Dédié à A.R.

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