vendredi 1 novembre 2013

QUELQUES CONSEILS POUR MONTER UN GROUPE DE PUNK

   Donc ça te dirais quelque part tout au fond de toi-même de monter un groupe de punk rock. Mais tu as encore des doutes, des questionnements et tu te tournes vers les Internets. Il faut se méfier, il faut pas cliquer sur n'importe quoi sur Internet, alors je vais te donner mes petits conseils. Une partie vient de mes potes et anciens potes plus vétérans encore que moi, le reste c'est du vécu. Et celà m'a été plus utile que tous les avis sur les réseaux sociaux.

1. Apprends ton sujet.


   Avant de te lancer dans le grand bain, il serait intéressant de savoir de quoi tu vas parler et dans quoi tu vas t'engager, surtout si tu es encore jeune. Punk ça sonne bien, ça fait genre, c'est rebelle, ça parle tout de suite tatouages, skate ou crêtes roses fluos. C'est à peu près ce qu'on a comme cliché en tête mine de rien, mais c'est principalement la partie émergée de l'iceberg.
On est plus en 1976, le punk a désormais une histoire, et oui, des codes ! Il convient donc de se renseigner sur les origines stylistiques de la musique en elle-même (blues, rock'n'roll) avant de se lancer bille en tête dans un copier-coller provincial de Madball. Ca ne prend pas beaucoup de temps, trois aprems sur le net à tout casser, et ça t'éviteras pas mal de galères ou de passer pour un blaireau. Combien de fois j'ai vu des mecs dire "ouais j'ai trop envie de faire du punk" et me sortir des riffs de deathcore ou de la folk... Avoir une solide culture rock te permettra de vite faire le tri parmi tes fréquentations musicales, et de voir ce que tu veux faire.
De même, ce n'est pas aussi important mais je te conseille d'avoir un minimum de culture générale sur  les origines sociales du punk, ce qui pourrait t'éviter quelques désarrois. On voit ça au numéro 10.

2. Demande toi bien pourquoi t'as envie de faire ça.


Le cons ça ose tout et c'est même à ça qu'on les reconnait, on connait l'histoire. Mais ce qu'on dit moins c'est que les blaireaux ça n'ose rien et c'est à ça qu'on les reconnait.
Tu es donc décidé, tu veux toujours monter ton groupe, et le faire selon la voie keuponnique. Il faut que tu ais conscience que tu ne seras sans doute jamais connu en dehors des frontières de ta ville, qu'aucune fille ne voudra coucher avec toi et que les gens seront prompts à se foutre de ta gueule et t'ostraciser. Ta contribution sera très minime dans la marche de ce monde, seul Saint Pierre te jugeras vraisemblablement lors de ta mort pour ce que tu as fais dans ton groupe.
Qu'est-ce qui te pousserais comme tous ces autres mecs blancs à vider tes tripes sur scène dans un style bien particulier et bien moins populaire ? Les réponses sont en toi, mais sache ce que ce n'est jamais complétement innocent et que le fait de s'ennuyer, si fréquemment invoqué, n'explique pas tout.  A ce stade-là, tu peux toujours vivre tranquille devant 'la France a un incroyable talent', il n'est pas trop tard.


3. Sois seul.

  Aussi paradoxal que celà puisse paraître, pour être bon dans un groupe, je te conseille d'être seul, mais vraiment seul, durant une bonne paire d'années. Loin de tes amis, loin de ta famille, loin de la vie facile, il faut que tu en chies et que tu connaisses la peine, la vraie. Le punk ne se nourrit pas d'un sentiment de positivité, ces conneries c'est pour les hippies à la con et les autres joueurs de djembé.
Etre seul te permettra deux choses fondamentales : progresser sur ton instrument et te plonger dans les discographies de tes groupes favoris, que fatalement tu vas reprendre encore et encore. C'est important pour arriver à un degré de technicité suffisant pour ne plus être médiocre et surtout t'imprégner de la façon de faire de tes modèles. Grosso modo, il faut autant jouer de son instrument, tout en conservant le plaisir de le faire, que tu ne baiserais si tu étais en couple. Voire plus souvent.


4. Ne sois pas ouvert d'esprit.


    Une fois que ta passion musicale se sera un peu éventée et que tes proches auront vu que "c'est plus sérieux qu'ils pensaient", chacun voudra inconsciemment te modeler selon ses propres goûts. Qui généralement ne contiennent pas ou peu de punk. Pour te filer des skeuds du dernier DJ trop stylé, du dernier groupe de metal avec pig-scream, ou du dernier artiste de folk/reggae/pop de la hype il y aura du monde. Mais pour te filer des bonnes idées il n'y aura quasiment personne. Même tes parents, même eux, oui, te diront l'air de rien, tiens regarde Led Zep/Jeanne Mas/ bidule, c'est pas mal aussi. Qu'ils aillent donc se faire foutre !
Si tu es trop tolérant, tu vas encourir le danger de te dissoudre dans les désirs des autres, qui, eux, n'auront pas de scrupules à t'écraser. Toujours la même rengaine. Il faut donc que tu sois un certain temps fermé et que tu suives ton propre cheminement. Sans tomber dans le piège de la personne à "fond dedans" qui squattera tout les concerts, ou s'habillera en Casualties, autre extrêmité toute aussi ridicule. Et j'ajouterais que même un fois que tu auras fait ton trou dans le son punk, que tu seras capable d'en parler comme un théologien parle de Jésus, il faut que tu choisisses bien ta chapelle. Les mêmes règles prévalent, et si vous aimerez tous le punk dans ton groupe, la lutte d'influence pour tirer la couverture vers le hardcore, l'indie, l'anarcho-punk ou le skate punk sera belle et bien présente. Dernière règle de base : nique les hippies, nique les Beatles, nique les trucs de mou !

5. Il faut que la "société" te dégoute au plus profond de toi-même.


  La musique punk promeut des idéaux humanistes, généralement orientés vers la "gauche" (la droite étant le terme journalistique poli pour tout ce qui est rétrograde et associé au patronat du XIXè siècle). Mais ce qui différencie le punk des bouses hippies finalement porteuses d'idées proches, c'est qu'il procède d'une réaction de dégoût profond et de rejet de tout un ensemble de valeurs et préconçus européens hérités de l'âge industriel. Le punk est aussi intolérant au fond que son cousin le RAC, seules les cibles et les ennemis diffèrent. Si tu veux vraiment faire vivre tes textes et ta musique, je te conseille de te renseigner sur l'économie comme elle fonctionne aujourd'hui et sur les liens entre les puissants. Va bosser comme remplisseur de rayons dans un hypermarché, va taffer à l'usine, fais-toi traiter comme une merde par tes supérieurs. Connais l'exploitation physique, le manque de droits, de considération. Fréquente les obscurantistes religieux chrétiens, bouddhistes, musulmans, juifs ou hindous. Vois la pourriture et la corruption de ce monde où tu n'es rien de plus qu'un autre sac de viande qui se tuera lentement à la tâche pour engraisser toute une bande de gros cons là  à rien foutre.
Si tu trouves au final que c'est plutôt normal, ou que tu aimerais vraiment être au sommet de la chaîne alimentaire pour profiter des autres, hé bien tu es du monde des porcs exploiteurs, casse-toi hors du punk et vas mourir. Si tu n'as pas trouvé ce discours "extrémiste", alors félicitations tu peux rejoindre l’Éden de l'ethos punk.

6. Entoure-toi toi bien.

 

  Ce bon vieux Johnny Rotten a dit un jour que jouer dans un groupe c'était la lutte de pouvoir permanente, un petit avant goût de l'enfer, ou un truc du genre. Il a raison. Et même si tu parles d'anarchie et de belles valeurs humanistes dans tes textes, dans ton groupe tu avoir vite un aperçu du fascisme à échelle réduite et de l'égoisme humain, si tu ne fais pas attention à ton recrutement.
Le mieux pour commencer à jouer et composer c'est de faire ça avec de véritables amis. L'idéal étant des amis que tu as rencontré dans l'adolescence, avec qui tu as partagé les mêmes joies, les mêmes peines et les premières découvertes musicales. Avec le temps, la pratique et des groupes foireux d'annonces, tu rencontreras de nouvelles personnes, mais personne, je te le dis bien personne ne vaudra tes vieux potes qui t'ont connu avec tes boutons plein la tronche. Avec les autres, tu pourras faire de bien belles choses, aller loin, tout ça, tout ça, mais tu ne te sentiras sans doute pas autant "à la maison". Dans le même registre, et désolé si celà sent la mysoginie, évite dans ton groupe trop de promiscuité avec les nanas des uns et des autres. Soit elles seront jalouses que tu leur piques leur mec, soit pire tes propres hormones risquent de te trahir. Dans les deux cas tu perdras ton musicos, et pire encore un pote... Rares sont malheureusement les filles qui échappent à ces schémas que la société leur inculque durant leur prime enfance in fine. Pour faire plus Fdesouche encore, je te dirais de te méfier aussi des gays *ehem*. Même problème que les meufs, sauf qu'ils voudront peut-être aussi à terme vouloir te sucer, tu vois ce que je veux dire...*ehem* (mea culpa pour ce petit paragraphe mais c'est tellement vrai).

7. N'écoute pas les avis avisés.

 

   Tu n'as qu'une vie, à toi de faire tes propres choix. A toi de voir quand tu veux arrêter avec ton groupe, ce que veux y mettre, les thèmes que tu veux aborder. Tu veux faire du pop-punk inoffensif ? Tu veux au contraire te perdre dans les vicissitudes du post-punk ? Personne n'a le droit de te pousser dans une autre direction. Et tout les petits cons de la hype journalistique ou les bloggeurs à la noix (comme qui hein ? ) ne doivent pas te dévier de tes goûts personnels. Suivre une mode, si on est pas adéquation avec elle, c'est crétin et tu le regretteras. Et ce même si le punk en 1977 était une mode et le skate punk des années 90 lui aussi.

8. Sois ouvert d'esprit.

 

   Tu te souviens bien du point 4 ? Hé bien, il est temps de changer un peu celà, maintenant que tu maîtrises bien le ou les styles de punk que tu voulais maitriser. Car sans pour autant renier le point 5. tu peux te permettre d'évoluer vers de nouvelles eaux musicales en fonction de tes aspirations du moment. Les trois genres qui ont le plus de connexions avec le punk, et qui sont idéalement à explorer ne serait-ce que succinctement sont la pop, le reggae et le metal dans son ensemble. Quasiment tous les groupes de punk ont incorporé des élements issus de ces genres dans leur son, sans pour autant se perdre complétement. Exercice difficile j'en conviens, mais qui permet de rafraîchir le son et ainsi éviter de s'enfermer dans une prison stérile.

9. Fais ta pute commerciale.


  Didier Super (la Paix soit sur Lui) a déclaré qu'un groupe qui dit qu'il a choisi l'underground c'est comme une femme moche qui prétend avoir choisi le célibat. Quelque part au fond de notre cerveau sous le glacis proto-anarchiste se cache malgré tout l'envie de se faire connaître et de répandre notre parole à la Terre entière. Et la première étape, c'est de faire des concerts dans ta ville ou ta région. Pour celà il n'y a pas le choix : tu vas devoir te vendre un minimum ! Oui, exactement comme ceux que tu  critiques dans tes chansons ! C'est-y pas magnifique ?
Au cas très improbable où tu dépasserais le simple "stade local", véritable mur du son du zikos, le processus ne s'inversera pas au contraire. Tu seras confronté à un cruel dilemne : te vendre et que ça se voit à fond, ou te vendre l'air de rien. Ou alors splitter. Garde bien à l'esprit que mêmes les sacro-saints Bérus se sont reformés, et un peu de maille peut aider pour ce genre de choses...

10. Nique les groupes politiques.


   Tu as passé toutes les embûches avec succès. Tu joues bien, dans un style qui te plaît avec des gens cool, et vous pensez vous produire en public plus qu'une fois ou deux. Formidable ! Il te reste un dernier obstacle et pas des moindres : toute la clique des politiciens locaux. Une belle saloperie. Telle une maladie vénérienne, ils viendront t'approcher sans que tu ne leur aies rien demander (et même si tu les traites de bâtards dans tes chansons  !). C'est au moins la preuve que ton son n'est pas trop dégueulasse et que ton groupe a du potentiel.
Tes prises de position seront variablement appréciées, et même s'il est toujours possible que des nazillons ou des salafistes veuillent te régler physiquement ton compte, il est une menace plus pernicieuse encore. Tu auras sans doute la joie de rencontrer tôt ou tard des militants "antifascistes", "jeunes socialistes" ou pourquoi pas de la Fédération Anarchiste. Hormis les anars, ils ne valent pas vraiment mieux que les nazis... Après à toi de voir, mais vient un moment où les mots des chansons ne sont plus simplement des mots et où tu vas retomber sur Terre, loin du boucan rock vénère. Et là encore tu peux te tourner vers les groupes plus anciens, eux aussi ont connu ces affres, et bien peu se sont reniés, tu n'es pas différent.

11. Prépare toi à claquer ton blé.

 Il y a une idée véhiculée par le gansta rap et qui est vraie : l'argent c'est le nerf de la guerre. Alors pour réaliser tes beaux projets, il te faudra inévitablement cracher au bassinet. Et pas qu'un peu.







En espérant que ça aura pu t'aider, cher Internet.

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