mardi 22 octobre 2013

WIDERSTAND - RAWSIDE

(2010)


  Dans le punk rock, il y a un côté sympa, un peu frondeur, mais avec un bon fond. Un peu comme le skateur du collège, pas toujours très cohérent, qui parlait de solidarité, de valeurs humanistes tout en jetant des boules puantes dans le couloir. Et puis il y a un côté beaucoup plus âpre. Comme le gros con de service avec son T-shirt Pantera. Ben Rawside, c'est plutôt le second.

  Le groupe formé en 1993 dans une ville de Bavière proche de l'ancienne frontière inter-allemande a connu divers changements de line-up qui ne l'ont pas empêché de se faire remarquer par la sortie de singles vraiment vénères et incendiaires. En 2010, ils  nous livrent leur dernier effort en date, avec pour la première fois depuis longtemps deux guitaristes, ouvrant ainsi la voie à une évolution de leur style frustre. Si à leurs débuts Rawside figuraient déjà parmi les groupes d'Outre-Rhin classés comme 'punk hardcore old school', ils s'inscrivaient alors totalement dans la continuation de ce qu'avait pu faire leurs compatriotes de Chaos Z, Inferno, ou Vorkriegsjugend auxquels ils rendirent un hommage appuyé sur un EP du même nom. Mais les temps changent, le son hardcore européen fût-il british, germanique ou suédois a vécu et même les plus méchants ont besoin d'un peu d'air frais et de créativité. En effet sur cet album, se fait sentir plus que jamais une envie de mélanger leurs racines (ouest)-allemandes au son plus travaillé et disons-le clairement plus à la mode des Amerloques.

  Et le travail fourni saute de suite aux oreilles, avec la présence de solis plutôt efficaces ('Was ist zu tun?', 'Widerstand'), de breakdowns plus lourds, de blast, de double pédale sur la reprise des VKJ, 'Killer' , ou même de guitare acoustique sur 'Kettenreaktion'. Si le tempo est toujours élevé, les guitares sont parfois moins énervées et ce n'est pas forcément une mauvaise chose. On respire entre deux passages "dans la gueule". On pourra regretter par contre la quasi-disparition des plans de batterie axés sur les tomes, une des spécialités des groupes européens post-Killing Joke dans laquelle les Bavarois excellaient. Enfin on notera une piste pour le moins étrange et partiellement ratée, une reprise hardcore de 'I shot the sheriff'. Il fallait oser...

  Comme à l'habitude environ les deux tiers sont des pistes en anglais, et comme d'habitude les morceaux qui le font le plus sont ceux en allemand. Le chant comme le message véhiculé ne change pas d'un iota comparé aux opus précédents. Toujours cette voix légèrement gutturale, toujours ces appels à la "résistance" contre l’État, le capitalisme et les nazis de toutes obédiences. La violence politique et l'agressivité ont toujours été les deux piliers des textes pour ce groupe qui comme tant d'autres nous présente des lyrics insurrectionnels, que l'on peut juger sincères, même si irréalistes en dehors des manifs typées black block, et dont je vous laisserais seuls juges. Noch ein Aufruf zur Gewalt, noch ein Aufruf zur Revolt comme dirait l'autre.

  Au final, Rawside nous propose ici un album un peu plus fouillé, toutes proportions gardées, que ce à quoi on pouvait s'attendre. Sans renier leurs inspirateurs du côté capitaliste du Mur, ils modifient un peu leur recette, évitant ainsi l'éternelle redite du son contestataire proche de la philosophie black-block sans pour autant toucher à leurs convictions. Un album moins âpre que les précédents, et pas trop mal pour ce registre.




Recommandé :
- 'Widerstand' qui servit de single
- 'Destruct and broken'
- 'Steh auf'
- 'Start a fight'


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