mercredi 25 septembre 2013

KRIEG DER KULTUREN - OHL

(2009)


  
Au cas où vous seriez complétement con, je vous le dis ici : j'aime bien la musique qui divise, la musique qui pose des questions de l'intérieur de la scène. Chaque scène a ses codes qu'elle s'impose pour se définir vis-à-vis des autres, et on se retrouve vite malgré nous enfermés dans un schéma  de pensée unique. Et si on aime le punk rock, normalement on est censé être contre. Même si il y a toujours une personne punk as fuck pour nous livrer sa propre version de l'orthodoxie keuponne.  La scène allemande ne fait nullement exception, et chacune de ses sous-ramifications a ses propres règles. Cependant, il y a là aussi quelques voix dissonnantes, parfois loin des préoccupations politiques ou d'autres fois en plein coeur.

   OHL est un de mes groupes fétiches, car ils sont intéressants à plus d'un titre. J'adore leur son et dès leur début en 1980 (!) ils ont eu une attitude pour le moins singulière : guerrière et acharnément anti-communiste tandis que le reste de la scène pullulait en pacifistes et sympathisants des causes coco. Leurs pochettes nous présentent volontiers des soldats de la Wehrmacht, des églises qui brûlent, de sombres forêts. Ca vous évoque pas aussi le black metal plus que le punk ? Oui ce groupe est bizarre, une espèce d'équivalent deutschpunk au unblack metal et c'est pour celà que je l'aime.
Leur avant dernier effort à l'heure actuelle a divisé à nouveau toute la punkerei en même temps qu'elle l'a fatigué, les vieilles recettes étant toujours aussi évidentes.

   Au niveau de la musique en elle-même, on reste dans la continuité sinon la perpétuation du son type 'OHL' depuis leur fameux 'Auferstanden aus Ruinen' de 1993 : nerveux, rapide, très rapide parfois, mélodique avec ce petit je-ne-sais-quoi métallique de temps à autre. Ainsi les lignes mélodiques sont célères, rentre-dedans, jouissives de simplicité et d'énergie libérée, supportées par une batterie toujours aussi bonne. Il n'y a rien à redire au niveau musical, le croisement réussi entre punk mélo, parfois des rythmes plus martiaux et le son anglais frustre des 80s fait toujours aussi mouche. Techniquement on ne s'ennuie pas avec des plans bien exécutés et pas forcément si évidents, avec une certaine variété et quelques solis tout en restant pourtant fidèle aux bases musicales keuponiques. Par contre on regrettera peut-être le manque de variété du chant, qui est grosso modo la même ligne mélodique punk typique usée jusqu'à la corde depuis 1980.

   Si le son est l'accroche idéale et maîtrisée, l'ingrédient bonus des textes est le petit truc en plus. J'adore OHL parce que ce sont des anarcho-libéraux de merde qui n'ont pas peur d'étaler leur orthodoxie idéologique sur un fond de 4 accords. Le libre-arbitre, la défiance envers le Léviathan étatique, la liberté, ouais c'est classique et nous renvoit aux milliers d'autres albums avec un A cerclé dessus. Mais ces gars sont vraiment intègres dans leur idéologie et abordent de front des thématiques peu exploitées d'habitude. Le groupe n'aime pas les lignes dogmatiques, tout en s'accrochant à la leur, et a depuis quelques années progressivement ciblé les musulmans, on va dire "radicaux", incompatibles avec une pensée anarchiste sincère. Ces nouveaux ennemis sont pointés plus ou moins directement par ce disque sulfureux sur plus de 6 pistes, bien plus que les autres vilains classiques (Etat, capital, Église, cocos, fachos). L'approche est certes con-con, catastrophiste, populiste, nous VS Eux, mais elle pose UNE des questions qui fait peur même aux anarcho-punks fumeurs de bédo des squatts gauchos. Enfin, on notera une piste folklorique 'Deutschland nicht über alles' pour se dédouaner d'être traité de nazis pas beaux, ça fait jamais de mal de le rappeler, des fois que, on sait jamais...

  Au final, un album tout à fait redondant pour qui a suivi la discographie du groupe, Deutscher W comme tant d'autres ayant dépassé depuis bien longtemps les jours innovants. Cependant il n'est pas à jeter, car il est solide sur un plan technique, et tout aussi important clivant quant à son contenu, nous plaçant "nous, fans de musique anarchisante" face à nos propres convictions. Même si la sympathie pour le Diable n'a jamais été aussi flagrante...




Recommandé :
- 'Mein eigener Prophet', les prières et la foi SONT pour les faibles
- 'Freie Nation', retour aux vieux démons de l'Allemagne divisée, super rentre-dedans
- 'Kein Gotestaat', si avec ça c'est pas clair...
- 'Frei sein' bien lourde à la UK82
- 'Der neue Krieg'
- 'Wir schlagen zurück' OHL typique. "La terreur changera surement de camp un jour" en substance...

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