dimanche 22 septembre 2013

EN THEIR MEDH RIKI FARA - FALKENBACH

(1996)


  Il y a environ 500 ans un Italien traversait pour la première fois l'Atlantique et posait le pied sur un continent tout nouveau, tout beau, que personne n'avait jamais foulé. Il revint vers les princes qui l'avaient mandaté et à sa suite des millions partirent pour bâtir une gigantesque extension de la petite péninsule arriérée appelée Europe. Ça c'est l'histoire qu'on a tous entendu et qui a été relayé durant des siècles. Si la vision d'un monde tout nouveau, tout beau, où tout est possible peut mettre du baume au coeur, on sait bien que ce ne sont là -principalement- que des conneries. Avant l'illustre Génois, il y eut une pléthore de navigateurs européens qui foulèrent le sol américain, les plus connus étant les vikings.

  Avec Falkenbach, je me suis senti très proche de Colomb, peut-être bien plus que de Leif Erikson.  J'avais découvert avec des siècles de retard un truc qu'en fait beaucoup connaissent- on a tous connu ce genre de moments au cours de nos voyages musicaux. Mais pour que je trouve la volonté de parler d'un album ne relevant pas de ma niche blogguique de prédilection -"Anarchie in Doitschland"- il fallait que cet album, que dis-je, ce groupe me marque bien plus profondément que bon nombre de skeuds que j'ai écouté depuis que ce blog miteux a ouvert. Falkenbach a été très longtemps rangé dans la catégorie "les copains de Finntroll", ce qui est dans ma classification à peine au-dessus de "Dimmu Borgir et ses potes". Désormais il trône aux côtés de mes favoris.

  Musicalement, on nage dans un mélange quasiment parfait entre black metal mélodique old school (oui, comme du Bathory mais en large mieux) et du folk metal plus que tolérable. Une très bonne chose chez ce groupe est que la technicité comme la brutalité, relatives, ne se font présentes que lorsque celà sert le morceau. Ceux-ci plutôt longs se déroulent naturellement avec une trame mélodique constante chargée d'ambiances tantôt épiques, tantôt calmes, mais ne tombant jamais ou presque dans le cliché de mauvais goût  des ténèbres sans fond communes à un bon millier d'autres formations. Ainsi les effets d'ambiances comme ces oiseaux solitaires ou ce pas chevalin plus preste ont beau être des lieux communs, leur utilisation est adéquate. Falkenbach se paye même le luxe d'être un des seuls groupes utilisant un clavier sonnant parfois comme Era à avoir réussi à m'accrocher durablement.

  La production est loin des standards actuels, même si on atteint pas le niveau du crust, amenant un petit côté lo-fi bien sympathique pour du BM, sans que celà ne déserve pour autant les parties plus folk.Vratyas Varykas prend le meilleur du black de l'époque (1996 année de Filosofem par Burzum, souvenez-vous) pour le porter vers des terres plus sereines et moins haineuses, bien plus belles à arpenter. Le chant typique du black est réussi, mais les passages en chant clair, plus guillerets et gentillets, ne sombrent nullement dans la nanardise, réussissant l'exploit de faire quelque chose d'écoutable au premier degré. L'unique point noir de cet album est, il le faut le signaler, cet horripilant son de flûte chimique sur 'Asum ok alfum naer'  venant quelque peu diminuer la portée mystico-épique du morceau...

  Si la musique est le parent fort chez Falkenbach, les textes sont plus entendus, le metal foisonnant de lyrics odinistes depuis 'Immigrant song' par Led Zeppelin. On y retrouvera donc les dieux et déesses du panthéon germano-nordique, ainsi qu'un penchant contemplatif et légendaire la plupart du temps, même si les incartades christianophobes revanchardes sont bel et bien là. L'usage de l'islandais ou d'un latin incantatoire sur quelques morceaux finissant de nous plonger dans le bain.
   Ces paroles viennent renforcer l'immersion -pour ce qu'on en comprend sans les lire- et participent pleinement à l'escapade vers les terres et les temps ancestraux, bien loin en apparence de notre quotidien républicain. Cependant,  une question revient toujours à la lecture de ces textes : Varykas est-il seulement sincère ? Exprime-t-il une véritable foi ou seulement un lien folklorisant avec les ancêtres ? Énigmatique pour quelqu'un comme moi.

  Au final, si l'opus falkenbachien de 2005 'Heralding the Fireblade' est l'un des meilleurs albums de metal, voire tout court, que j'ai pu écouter, ce premier effort pose déjà les bases de ce que sera la musique de l'Allemand tout en conservant un esprit primitif qui s'émoussera par la suite. Pas aussi bon qu' 'Heralding...', mais un album d'exception tout de même à placer dans le haut du panier.





Recommandé : Tout l'album est du pur bonheur (comme quasiment toute la disco de Falkenbach) mais plus particulièrement :
- 'Laeknishendr' la plus black orthodoxe de la galette
- 'Hetahen Pride' chargée de sérénité puis de rancoeur
- 'Ultima Thule' au climat ancestral et mystique
- 'Winter night'


   NB : A ce propos avant que le punk rock germain et les défilés de l'Armée Rouge ne me bouffent la tête, j'étais versé dans toutes ces histoires de colonisation américaine, de voyages transatlantiques précolombiens et d'origine des peuples indo-aryens. Histoires captivantes, oniriques parfois, terrifiantes souvent. Je vous conseille de lire si vous en avez un jour l'occasion l'excellente préface de "Mu" des aventures de Corto Maltese. Celle-ci, écrite par un Italien dont j'ai oublié le nom, vous présentera tous les possibles liens entre l'Europe et l'Amérique précolombienne de façon vivante, détaillée mais pas trop lourde, vous invitant à un voyage aussi riche en questions qu'en réponses.



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