samedi 24 août 2013

THE SYSTEM WORKS FOR THEM - AUS-ROTTEN

(1996)


  Youtube est un petit farceur. Ses suggestions à peine racistes vous font ainsi passer d'un clip de rock bien gentil au pire du rap ethnique méchant. Genre Adolf s'est acheté une sono et s'est repeint la face. Passionnant de voir comment notre impression de libre-arbitre peut être manipulée en coulisse... Quand je vois ces clips de rap (français généralement) "hardcore", même en concevant qu'ils sont au 1000è degré (blablablabla ntm blablabla pauvres petits blablabla discrimination blablabla), j'ai toujours un sentiment de malaise. Cependant il faut reconnaître un truc : cette musique est des plus efficaces pour vous foutre la haine contre un tas de trucs. Presqu'autant que du bon vieux anarcho-punk à l'ancienne.

  Avant que le rap ne vienne ravager la tête des Français grâce à une gentille politique culturelle de proximité défavorable au rock vénère (merci à tous les f**s de p**e de l'ère Mitterand), le son des "cités" ou des "quartiers populaires" c'était les Bérus. En France on a encensé ce groupe plus que de raison car ce fut l'un des seuls actes populaires rock francophone de l'Histoire, mais ils étaient loin d'être les meilleurs ou même uniques. Les Anglais puis les Suédois et les Américains fournissaient le gros du son niquant le système, disponible à l'import, et donc plus difficile à se procurer. Aus-Rotten s'inscrivait dans cette mouvance, et en ces sombres années 90 les Pittsburghiens furent parmi les rares à continuer, loin de la mode de l'époque vouée au death metal, à l'euro-dance et au hip-hop.

  En un temps où le punk était quasiment mort, chacune des 12 pistes de l'album avait de quoi choquer les gosses devant Dorothée tant elles sont énervées, énergiques et basiques. Si vous voulez de la technicité ou de l'innovation, ce qui est possible dans l'anarcho-punk, ne piochez pas cet album : les instruments se contentent de la base de la base le plus clair du temps. Cependant la recette fonctionne toujours autant qu'avec les mythiques groupes new yorkais ou les plus méconnus nordiques. Du méchant, du D-beat, et de la colère sourde, voilà le programme. Quelques pistes secondaires à la guitare viennent pimenter un peu le topo ou renforcer les aspects chaotiques et sombres de la musique.

  Le chant est très classique pour un groupe du genre, et  la paire Trenga/Good pousse volontiers la gueulante, passablement inspirée par Black Flag ou Conflict, oui, comme d'hab'. Les paroles quant à elles traitent sur un ton accusateur avec toute la rhétorique anarchiste classique des problèmes anciens -les dérives du capitalisme libéral, de la guerre, du christianisme- et d'autres plus spécifiques aux États-Unis ou à la décennie 90, Rwanda et Serbie notamment. Le ton est comme toujours chez les anarchistes clairement désespéré et sans vision d'un quelconque futur heureux, même si  toutefois on ne remet jamais en cause la "lutte" contre le système injuste de la classe régnante occidentale. Et si le propos est américano-centré, il n'en reste pas moins que si vous remplacez USA par France, le plus gros reste vrai. Les textes sont de plus riches, terre-à-terres, détaillés, avec exemples et noms à l'appui. On peut le dire, exactement comme du rap.

  Au final, un album correct par un vieux groupe de punk ricain ayant su rester intègre tout au long de sa carrière, se fendant à l'occasion de traits de génie. C'est marrant que j'ai repensé à cet album après 2-3 clips de mauvais hip-hop. Quand on va un peu plus loin que "reprézente rho" les mecs, il y a l'anarchisme ou le néo-nazisme. Je vous laisse méditer.




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-'The System works for them', putain d'hymne.
-'No justice, no peace'
-'Too little, too late'
-'The crucifix and the flag'

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