samedi 17 août 2013

LES HIPSTERS ME FONT CHIER

  J'avais hésité à nommer cet article, "bienvenue au zoo", mais j'ai trop envie que Google me référence comme il l'a fait avec "les Américains me font chier". Google il aime quand c'est précis, comme tous ceux qui brassent du fric.

  Je suis en vacances et comme je n'ai rien de mieux à faire que de blogguer comme un teubé, je vais vous parler de ma vie. Tout blog n'étant au final qu'une présentation égocentrique de ce que l'on aime, n'est-ce pas ?
Voilà donc que je vais aux concerts cet été comme jamais auparavant. Pourquoi ? Parce que je me fais chier, et que cette année les programmations niquent vraiment tout de par chez moi, une fois n'est pas coutume. La plupart du temps je me rends aux concerts de metal sous à peu près toutes ses formes, car c'est plus populaire que ce que j'écoute, ou aux rares événements punks. Et là je vais voir que des Américains quasiment ou parfois si Dieu est généreux des Allemands. Il se trouve de même que parfois je suis avec des potes et parfois j'y vais seul, puisque y en a qui bossent plus que moi. Vous savez il y a deux genres de mecs qui vont seuls aux concerts, les comme moi qui viennent pour le son (ou pour trouver l'amour de leur vie, mais chut) et les psychopathes. D'emblée on vous classe dans la seconde catégorie, ce qui laisse pas mal de temps pour observer les autres.
Et putain, à chaque fois c'est pareil. On peut diviser le public grosso modo en trois :


1) les "personnes déguisées"


  Quand on va à un concert, c'est pour certains comme quand on va à une convention geek. On met son plus beau déguisement pour frimer devant les autres et montrer à quel point on est unique. Même si y en a 25 pareils dans la salle.Sur le Net on trouve ainsi des plutôt bonnes caricatures de ces clichés ambulants, se vérifiant quasi-systématiqument. Juste histoire de vous situer un peu, voyons les gros classiques figés dans le temps depuis les années 90s : le punk à crête, le vieux punk qui a connu les débuts de la scène à la toute fin des 70s, le skin anti-raciste (avec un air gay refoulé le plus souvent), le skin raciste un peu sur ses gardes et dont il faut se méfier, le mec à dreads pourri (y en a toujours un, TOUJOURS), le hardcoreux trop ricain avec casquette de baseball et tatouages en options, le mec habillé en noir "je suis trop engagé dans l'anarchie tu vois", la rockopouffe,  son double maléfique la gothopouffe, la gentille adolescente qui joue la vilaine, sa copine grosse qui l'accompagne, les lesbiennes skin, les lesbiennes death brutal, les communistes, le mec qui connaît tout le monde, le mec trop-thrash-metal-tu-peux-pas-plus, le hardos préhistorique, etc... on peut continuer des heures comme ça.  Il n'y a bien que des emos que je n'ai jamais vu de mes propres yeux.
Tous ont sortis leur plus beau T-shirt noir, avec un logo et une image bien caricaturale, ou parfois par miracle un message humoristique. On dirait qu'ils vont à la messe...
Combien pogotent ou headbanguent avant d'aller le lendemain en cours ou à leur boulot tout contents de s'être libéré trois heures des carcans sociétaux, sans jamais rien changer à la société ?

Ces gens là m'inspirent deux sentiments contradictoires :
- premièrement ils s'amusent, s'habillent comme ils le veulent, ils sont heureux, je le suis pour eux - sincèrement.
- deuxièmement : "nan mais sérieux, y a de l'abus, ça se voit que tu adoptes ce look pour t'intégrer dans un cercle humain partageant tes goûts".
Les deux approches étant au final plutôt complémentaires.
Ainsi c'est bizarre mais les ados metalheads me font marrer, et quelque part ils ont de la chance d'être ce qu'ils sont. Les gosses de 12 ans avec les patchs Iron Maiden par exemple, ou les vieux de 50 piges qui en ont plus rien à foutre sont juste trop cools, alors que les punks à crêtes, bweeuuurgghhh.
Le punk à crête, alors que j'écoute exactement la même musique que lui, me rebute le plus souvent de par son comportement cliché et forcé. Un peu paradoxal. Si le sujet vous a aussi un peu intrigué, je vous convie à voir ce que pensent les vieux gars genre Rotten ou Strummer des punks des 80s, vous verrez, c'est assez inattendu.
Mais passons si vous le voulez bien à le seconde catégorie sans plus attendre.

2) les outcasts comme moi


  Forcément vu qu'ils sont comme moi, je les aime bien. Forcément que j'ai raison.
Nous, on est les gens qui viennent avec des couleurs au milieu de la masse en noir (trop marrant ET pratique en plus) . On a pas besoin de faire genre, on s'en fout, tout comme les vieux de 50 ans.
En fait on est déjà des vieux cons dans nos têtes quelque part.
Personnellement après être passé par une période "j'en ai rien à branler de ton avis" assez radicale, et sous l'impulsion des instincts de reproduction, j'ai adopté ce style qui est en réalité plus un non-style qu'autre chose. Nous, on se contente en fait d'être dans les canons de ce qu'un jeune doit être selon la société occidentale moderne, sans toutefois verser dans le maniérisme ou le métrosexuel. Bref on s'habille grosso merdo comme les figurants des clips de skate punk en 1998 et on est contents comme ça. Il ne reste donc plus qu'à parler de la grosse merde du moment.


3) les hipsters


  Je vis dans une campagne assez paumée, même s'il y a une grande ville qui se la raconte façon Paris pas si loin que ça. Chez moi les mentalités sont carrément en retard sur le microcosme parisien, et c'est pas forcément plus mal. J'aime les "bouseux", c'est des gens vrais avec qui tu te prends pas la tête. Ouais, en fait j'aime être un bouseux.
Chez moi le conflit rock versus rap est toujours un peu d'actualité si vous voulez savoir, même si la musique de night club et la soupe toutes tendances ont gagné une part de marché importante chez les teenagers. Du coup, jusqu'à assez récemment le danger était resté le même depuis mes tendres années au collège : les weshs.
Ils se fringuent toujours avec leurs joggings pourris, leurs pulls à rayures de chez le sous-Jules du coin, trouvent les marques italiennes "trop stylées" parce qu'elles sont italiennes (Forza Italia uèch on est trop des bonhommes uèch), et toutes ces conneries. J'en ai même vu un avec un casquette Burberry à l'envers cette année, jvous jure. Quand on les voit avec leur coupe merdique, on devine ce qui en règle générale leur passe par la tête : ego-trip, vols, homophobie très primaire, agression pour cause de petite bite chez les wiggers ou bien la même chose avec parfois un soupçon léger, mais alors léger, d'islamisme politique et d'anti-sémitisme primaire chez le modèle "reubeu".
Chez moi, c'est étrange j'en conviens, il n'y a pas vraiment de weshs noirs comme à Paris. Chez moi, les noirs sont des gars la plupart du temps stylés et... normaux, même pas trop portés sur le rap.
Bref, l'ennemi était identifié depuis belle lurette : criminels à la manque sur fond cas soce ou les gros islamistes tout autant cas soces. "Vous-mêmes vous savez la 'mif".

  Mais même de par chez moi, un autre "ennemi" plus inquiétant se profile. Un groupe de gens qui progresse et qui se multiplie, imposant ses vues contraires aux miennes. Et ça personne n'aime, jouez pas les hypocrites, hein.
Au cours des mes pérégrinations parisiennes régulières, je les avais déjà repéré mais pour moi ils n'étaient que des gosses blancs ou bountys du 16è, stimulés culturellement 36.000 fois par jour et qui ne savaient plus quoi faire pour se rendre intéressants. Ils n'avaient pas d'autre nom que les "Parisiens pourris imitant partiellement les New-Yorkais pourris".
Je m'étais trompé, il s'agit bien d'un code nouveau et bien plus dangereux que ceux que mes sous-cultures préférées avaient affrontés jusqu'à présent. Car cette fois-ci l'ennemi vit à l'intérieur de la scène.

  Si vous passez votre vie aux concerts vous les remarquerez aussi, avec leurs barbes à la Opie, leurs chemises à carreaux pas assez crades pour être grunges et surtout leurs lunettes de merde. Ouais, ils sont là. Ils ressemblent aux mecs et aux nanas soit disant trop cools des films US, ces petits cons intelligents et m'en-foutistes, sans autres valeurs que de recycler les briques en carton et jouer au plus hype de leur cercle d'amis (étendu et comme eux). Cette fois c'est sérieux les jeunezs, et le choc des civilisations, la colonisation ou la guerre en Afghanistan ne peut pas expliquer ce phénomène. Les gens, cette fois c'est le déclin, tout simplement. Das Untergang.

  Les hipsters, puisque tel est le nom de cette plaie, sont les frères ennemis des gens comme moi. Ils ne croient pas en grand-chose, sont aussi issus de la classe moyenne "normale" qui a oublié ses racines ouvrières, ils sont passés par des études assez longues et ils passent leurs vies sur le Net à chercher des groupes obscurs (tiens, tiens). Comme tous les outcasts de merde. Mais eux ils n'ont pas vraiment de respect pour les idées.
Ce sont des fétichistes à la recherche du culte, de l'expérience, mais ils ne proposent rien. Dans un post que j'ai depuis effacé je disais que dans les 90s est apparu le paradigme actuel, "le vieux c'est l'avenir". En fait j'aurais dû dire que le hipster actuel est l'enfant parfait des 90s. Tel un vampire, il va se repaître des différentes sous-cultures à la fois de la classe populaire (le metal, le punk, le vieux rock, le hip-hop) et de la culture classique académique de la vieille classe dirigeante européenne (fringues de vieilles, goût du rétro, trucs de profs de français) tout en les vidant de leur substance, anéantissant tout kulturkampf présent au sein de ces "cultures". Le hipster c'est le môme qui a grandi avec le Net et/ou une profusion de stimulations culturelles diverses. C'est le type qui a des "goûts pointus" mais qui ne s'engage pas et qui se joue assez cyniquement des codes, n'utilisant que le visuel sans chercher les raisons des choses quelles qu'elles soient.
Le genre fana de zombies parce que tout le monde est fan de zombies, de retro-gaming, de photographie américaine des années 60 et de tout type de musique de niche, allant puiser dans plusieurs courants et passant de l'un à l'autre (avec une prédilection pour le punk radical, la pop fruitée d'avant garde un peu autiste ou le rap dit alternatif). Le summum du "regardez comment que j'ai de la culture". Alors oui, il a le droit d'être comme ça naturellement, mais le truc qui me dérange le plus est ce culte du passé, du déjà-fait, et le cynisme qui l'accompagne.
Je suis allé voir The Casualties récemment et bordel il y en avait toute une colonie. J'avais l'impression d'être à Neuilly par moments, pas dans un putain de concert punk. Alors The Casualties sont ce qu'ils sont mais ils ont au moins des paroles sincères quand elles ne touchent pas à l'argent. Ils sont punks (désolé les rageux et les relativistes). On va les voir généralement parce qu'on aime le son mais aussi bien souvent les idées véhiculées, pas pour faire genre je suis trop un ouf devant les copines au cours du prochain apéro décalé.
Un minimum de cohérence dans la vie ça peut aider.

Rien que de les voir j'ai envie de gerber, ils me font regretter les weshs (presque)...

  Alors tout ça n'est peut-être qu'une histoire de fringues et de tatouages qui seront regrettés dans 15 ans ou moins. Mais je ne pense pas, on a tous besoin d'exprimer un peu qui l'on est à travers ses fringues, et s'y greffent quelques idées parfois rudimentaires. Par exemple, de par mes fringues on sait que je suis un occidental (et ça jusqu'à la mort, j'y peux rien), que je n'aime pas être enfermé dans les choses dépressives trop longtemps, que j'ai moins de 30 ans et que je n'apprécie pas les vieilles valeurs européennes d'avant-guerre. Pas mal, non ?
Moi, je crois que les fringues disent toujours qui on est plus ou moins, et pour eux les signaux qu'ils envoient ne sont pas cools.
Les fringues de vieilles ou de vieux sont le truc le plus frappant. Depuis quand c'est trendy de s'habiller comme une vieille des années 60 ? Vous avez pris quoi comme drogue pour pouvoir penser çà ? Ma propre grand-mère (paix à son âme) rejetait ce genre de frusques arriérés dont même les nazis hardcore, ou les cathos intégristes ne veulent plus.
Le hipster aimant le mélange des genres et des influences ainsi que le cynisme, il aime arborer des tatouages second degré ou des accessoires kitschs pour mieux les vider de leur substance et se foutre cordialement de la gueule de ceux qui aiment sincèrement ces choses au passage.
Très mesquin comme approche d'une part. D'autre part, ce qui m’ennuie le plus c'est ce détachement vis-à-vis de l'objet et de l'intention que lui a donné son fabricant, ou au mieux son possesseur.
  Le hipster est le parfait petit consommateur cynique qui noit son propre malaise métaphysique/matériel/psychologique dans une collecte folle d'objets typés (la musique n'étant au final qu'un objet immatériel ohoh) afin de combler un manque de reconnaissance ou une blessure narcissique. Oui, comme le gosse qui veut avoir toutes les cartes Yu-Gi-Oh! pour être respecté à la récré ou se sentir le plus puissant de la Terre. Mais je commence à tourner en rond, alors autant achever ce magnifique article par une phrase choc :

Vous l'aurez compris, les hipsters me font chier et je ne comprends pas l'intérêt d'en être un, hormis si c'est pour être encore plus détesté des personnes qui ne se font pas trop remarquer IRL.

1 commentaire:

  1. Ah ah ah j'adore votre article ! Effectivement le style hipster on le voit partout et ça peut un peu taper sur le système. Même si j'adore mon coiffeur barbier bordeaux aqui a complétement adopté cette tendance ! Je l'adore tellement que je ne peux rien lui dire :)

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