vendredi 12 juillet 2013

THE FORSAKEN - ANTESTOR

(2005)



  Si quand on parle Norvège la très grande majorité des gens s'imagine des glaçons, des rennes et des blondes à gros seins, mais nous les Internets, on sait bien que c'est faux. La Norvège, c'est une avalanche de black metal, des églises qui crament et Burzum. Hé ben, on est vraiment des gros cons, au même titre que les autres. La Norvège, c'est des glaçons, des rennes, des immigrés du Moyen-Orient qui font psychoter la nation et... une populace croyante, dévouée au luthérianisme. Hé oui, nombreux sont ceux qui ont dû se reconnaître en Nathan Explosion quand ils se sont frottés à la réalité du terrain, bien loin des pochettes d'albums. Terre chrétienne qui a accouché des pires rejetons du rock, il fallait s'attendre à une riposte du camp des fidèles. Il existe un certain nombre de formations d'unblack metal (un truc en maturation, peut-être à suivre qui sait), dont les plus vieilles officient depuis le début de la renommée du black metal satanico-paien. Antestor est l'une d'elle, avec comme les autres des changements de line-up nombreux, et un paquet de bouses coupées au death et au doom.

  Ce qui nous amène au présent disque, c'est un son daté que l'on croirait sorti de la "grande époque" mais, ce qui fait l'intérêt de la chose une fois les premiers Gorgoroth et autres digérés,  celui-ci est mâtiné de christianisme. Donc exactement l'inverse de ce qu'est censé véhiculer comme message le black. Et oui, c'est le genre de truc kiffant.
Le son en lui-même est faussement "trve" et si on retrouve le son très abrasif des pionniers du genre, celui-ci est émaillé régulièrement de solis et de passages aux influences plus lointaines doom et progressives (le final 'Mitt hjerte' étant l'illustration parfaite), amenant un réel plus aux moments les plus lourds ou élancés. Ces solis sont une des bonnes surprises du disque, le reste demeurant plutôt classique et sans grandes folies techniques, même si les progressions des différents morceaux sont complexes et abouties.

  Toutefois tout n'est pas parfait, et comme bien souvent, on retrouve le syndrome Borgir : un clavier aux sonorités horripilantes et inutiles, comme une sorte de jouet pour enfants détraqué (en tête sur 'Via Dolorosa' ou 'Betrayed') ou des incitations pseudo-prophétiques ridicules. Des passages plus aériens, dont l'appréciation variera avec l'humeur, sont aussi de mise. C'est dans le schéma type d'un album de black moderne, que voulez-vous. Ainsi, l'instrumental 'Raade' devrait plaire à votre grand-mère sans trop de craintes. Il faudra le voir comme un prélude au très lourd 'The Crown I carry' pour mieux l'accepter.

   Le chant le plus clair du temps est masculin, en anglais, et dans les clous du registre. Efficace, on a notre dose de cris de porc à l'agonie, on peut en être content. Rien de transcendant ou de tombant à plat au niveau de la chanteuse soliste apparaissant de temps à autre. Sa voix est claire, et parfois sombre dans l'opéra dégénéré plus grotesque qu'autre chose (cf. 'As I die') mais toujours est-il que globalement, on évite l'écueil du trop pompeux.

  Au niveau des textes enfin ce qui m'a le plus surpris et qui était bienvenu, c'était la noirceur générale du topo et son absence dans les grandes lignes de préchi-precha protestant. A vrai dire, celà paraissait difficile d'être aussi noir dans le propos tout en se réclamant du christianisme, religion plaçant l'espérance au cœur de son credo.
  Ici pourtant on bouffe notre dose de noirceur, sans toutefois verser dans le conservatisme qui veut faire peur en parlant de déclin de la civilisation occidentale et de la dépravation des mœurs. On trouve plutôt une approche personnelle et non dogmatique de la foi, appuyant particulièrement  sur la mélancolie et le chagrin, trucs super blacks s'il en est. Cerise sur le gâteau on aura même droit à une critique plutôt acerbe des chrétiens sociologiques sur 'Betrayed' ainsi que l'approche d'une thématique taboue, subversive et qui personnellement me dérange, le suicide (hé oui...). Preuve que le discours n'est pas si complaisant que l'on pouvait le craindre.


  Au final :
-une bonne grosse baffe dans la gueule, qui musicalement se hisse à mon sens dans le haut du panier de ce style, alliant le black pur jus au heavy progressif à l'ancienne.
-une approche habile de se parer de la musique réputée la plus satanique pour répandre l’Évangile auprès des moutons perdus, tordant le cou au cliché ambulant de la musique chrétienne diffusée en masse depuis les États-Unis.
-une bonne leçon pour tous les post-ados branchés "metal" braqués dans des idées antichrétiennes primaires, in fine puisant bien plus qu'ils ne le pensent leurs délires dans la Bible.




Recommandé :
-'Rites of death' très Immortal avec une intro semblant pompée de Gladiator
-'Old times cruelty'
-'The crown I carry', peut-être le plus puissant titre de l'album sur sa fin
-'Mitt Hjerte' mais pour son solo très floydien uniquement (ah la la la Pink Floyd)
-'As I die' malgré quelques longueurs

-Dommage pour Via dolorosa, ruinée par un synthé pourri et une voix prophétique censée faire peur. C'est ce qui arrive quand on veut faire du Dimmu Borgir...

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