vendredi 21 juin 2013

DEATH CHURCH - RUDIMENTARY PENI

(1983)


  Quiconque se penche un tant soit peu sur le rock anglais des années 70 et du début des années 80 a forcément ne serait-ce que lu une allusion à Crass. Mais ce n'était que l'arbre cachant la forêt et si le collectif Crass a le mérite de la sincérité, il faut reconnaître que musicalement la plupart du temps ses albums sont chiants. Rudimentary Peni, eux n'ont pas ce problème et avec entre autres Conflict, ont participé à l'élaboration d'un son "80s" unique, par la suite récupéré et abâtardi par les Américains. Tout en restant, eux aussi, honnêtes dans leur démarche.


   Le choc commence avec la pochette en elle-même nous plongeant dans une ambiance déstructurée, organique, désespérante et glauque. Et au-delà du dégoût initial reste une certaine fascination qui se prolonge heureusement lors de l'écoute du disque.

  On a le droit ici à 21 morceaux pour l'essentiel très courts et peu développés techniquement (encore que le batteur fait parfois son chaud), la priorité étant surtout donnée au message chanté, scandé, voire "proto-rappé". La durée moyenne tourne autour d'une minute trente, intensément exploitée.
Les structures sont simples, si simples d'apparence, qu'elles viennent s'incruster dans votre pauvre esprit et donnent un aspect liturgique à l'ensemble.
  La basse, rondouillarde, sympathique, vient former la base-même des morceaux et sonne très agréablement, en contraste avec la guitare toute en distorsion acide. 
Il se dégage une certaine lourdeur par moment, contrebalancée par des morceaux aux tempos plus élevés, mais la morbidité et la déglingue ne sont jamais bien loin et forment le fil rouge qui va s'étirer le long des différents morceaux.Ce qui est impressionnant, c'est le nombre de riffs à la guitare ou de lignes mélodiques à la basse, qui malgré une simplicité évidente, parviennent à instiller une ambiance singulière, noire et destroy à la fois. Bien plus que sur l'EP Farce, pourtant lui aussi bien maladif.


  A lire ceci on pourrait penser avoir là un simple disque pour jeune gothique en manque de sensations fortes, ou un truc "d'horror punk" bien crétin comme The Misfits, mais ce n'est pas tout à fait le cas. Si les champs lexicaux les plus répandus sont bien ceux ayant traits  à Jésus-Christ, aux organes ou au génocide, le discours est sous-tendu généralement par une vision libertaire et égalitaire du monde, rejetant toute forme de fascisme. Et par-là on comprend bien pas seulement celui de tonton Benito, mais surtout celui qui se cache derrière la foi et sa petite soeur la bien-pensance. Enfin, des trucs anarcho-punks classiques, avec un fond, comme dirait Matthieu Delormeau, "tellement vrai"...


  Au niveau du chant, on a là droit à une petite performance, qui me fait plus penser à celle d'un rappeur qu'à celle d'un chanteur fûsse-t-il de "musique glauque". Les intonations et variations de phrasés de Nick Blinko sont très riches et viennent faire vivre les textes de façon parfois extatique. L'impression d'entendre la voix de l'underclass britannique véritable (vous savez ces gens blancs en-dessous des Roms dans l'échelle sociale...) m'a toujours saisi d'effroi. Le type vit les lyrics qu'il déclame, et la détestation du système social, des idéologies que l'on nous fait bouffer à longueur d'années, sont très, très honnêtes. On y croit dès la première écoute, en somme. Le chant peut s'avérer presque mélodique, mais il est le plus souvent crié avec un accent british prononcé, renforcé à l'occase par des moments plus inspirés des cultes anglican et donc forcément catholique.


  Au final, 'Death Church' fait peur au niveau de l'imagerie mais au niveau du son c'est une tuerie, un monument historique 'kvlt'. Quand vos gosses se la ramèneront avec le Marylin Manson du moment, filez-leur cet album et ils vous fouteront sans doute la paix. Et même s'ils viennent avec la Nicki Minaj de 2034, ça devrait marcher aussi.



Recommandé entre autres
-'Rotten to the core', une critique très anarcho-punk de Johnny Rotten et Joe Strummer
-'Alice crucifies the paedophiles'
-'Dutchmen', qui tordra le cou à tous les alter-mondialistes anti-occidentaux de la télé
-'The Psychosquat', ou la vie en squatt
-'The Cloudsong'
-'Blasphemy squad', toujours autant d'actualité sur cette planète...

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