samedi 11 mai 2013

BALLAST DER REPUBLIK - DIE TOTEN HOSEN

(2012)


  Depuis presqu'un mois bon nombre de disques ont été usés. Des bons, des moins bons et des carrément nuls. Dans tous les styles. De la pop française de supermarché, du reggae roots classique au happy metal en passant par de l'electro de très mauvais goût. Alors pourquoi s'escrimer à parler, à nouveau ici sur ce blog pourri du groupe incarnant le cliché que le profane francophone, un minimum renseigné tout de même, se fait du rock allemand ?

 Le truc qui m'a fait penser à cet album et m'a donné envie d'en parler, ce fut un débat animé par Frédéric Taddei -un mec qui a l'air typique du PAF mais est un peu plus intéressant que les autres en fait- sobrement intitulé " Allemagne, ennemi public numéro un ?" et dans lequel la France éternelle a présenté, au milieu de gens moins rétrogrades, ses vieilles convictions flétries.
  Une grande leçon de connerie de la part de "compatriotes" gavés avec cette idéologie républicaine de merde héritée de Napoléon III et de la IIIè République présentant l'Allemagne comme un empire du mal organisé, sans âme, effrayant et ridicule à la fois.Ils ne comprennent rien à l'Allemagne moderne qui ne pense pas tous les matins en se levant à Bismarck ou à la race aryenne. Celle que les Toten Hosen s'attachent à décortiquer et critiquer ici plus particulièrement.

   Car ce n'est pas un album quelconque par un groupe quelconque. Non, non. C'est un album ambitieux et un brin mégalo par un des meilleurs groupes de rock commercial du monde (rien que ça) et non pas "des héros locaux du punk". Die Toten Hosen c'est bien plus que des vieux punks. C'est un groupe qui pour moi incarne le nouvelle Allemagne enfin libérée des "heures les plus sombres de blablablabbla". Et ils s'offrent le luxe de nous retracer l'histoire de leur pays, la République Fédérale, en 16 pistes ainsi que fatalement leurs propres vies et carrière. Rien que çà.

  L'intro, 'Drei Kreuze', est pompeuse, tendue, noire, magnifique. Puis on se casse très vite les dents sur une guitare acoustique hors de propos en passant sur 'Ballast der Republik'. Un des meilleurs faux-départs que j'ai pu entendre. On enchaine cependant par la suite sur le son typique des nouveaux Hosen, à base de mid-tempos des plus énergiques.

  L'album est varié, riche et fouillé sur le plan musical et le groupe tente quelques expérimentations ('Zwei Drittel Liebe' et son disco/punk/Neue Welle ou 'Europa' pop sirupeuse 70s) sans pour autant s'éloigner de la recette qui a fait son succès. Les ambiances et surtout les lignes mélancoliques de guitare de Breiti et Knuddel viennent appuyer comme à l'accoutumée, et comme on aime, la rythmique sèche et claquante. Cette variété a toutefois un revers, certaines pistes sont très pop ou trop FM-friendly ('Reich dir los' notamment, plutôt moyenne). Les Hosen renouent ainsi avec leurs vieux démons, le rock de stade avec 'Tage wie diese', et la teutonade sur 'Schade wie kann das passieren ?', peut être un poil trop volks pour un novice. Ils restent quand même une grosse machine après tout, fédérant un public aux goûts très larges.

  Au niveau des paroles, mes confrères bloggueurs germanophones, ont noté une certaine baisse de régime, ce qui est vrai, Campino posant sa voix sur des textes parfois trop faciles et entendus. Et pourtant,  les textes sont tour à tour fédérateurs ou introspectifs... et le font. Moins inspirés que pour In aller Stille, leur meilleur album depuis une paire d'années, ils n'en demeurent pas moins très forts pour décocher la phrase qui tue au bon moment. Le ton est globalement plus léger, parfois même festif, même si les sujets peuvent être graves et  l'émotion bien présente. Pour continuer le parrallèle avec In aller Stille, la nostalgie est là mais pas la morbidité et le désespoir.

  Environ un tiers des chansons sont ainsi des chansons d'amour, chacune abordant un cas, un sentiment ou une interrogation comme par exemple 'Oberhausen' traitant d'une liaison dangereuse. Une fraction plus petite touche aux commentaires sociétaux et à l'Histoire de la RFA ('Tage wie diese", 'Ballast der Republik', 'Europa'). Et enfin le reste aborde les vies mêmes des Hosen et le temps qui passe depuis les débuts de leur carrière, comme avec 'Das ist der Moment', 'Traurig einen Sommer lang' ou 'Draussen vor der Tür' . Aussi différents que soient les thèmes abordés, ils ont presque tous un lien avec le passé proche et forment une espèce de rétrospective, du moins à mon sens.
Le groupe enfonce le clou par ailleurs avec un second CD n'amenant rien de bien palpitant et qui couvre pas mal de classiques du rock allemand depuis ses débuts jusqu'aux décennies plus récentes.

   Au final, DTH sont très en forme et livre ici un album pas inoubliable malgré quelques pépites mais de facture très agréable. Ils se sont attaqués à près de 70 ans de vie et d'évolutions de leur pays, comme l'indique la très belle pochette mais parcourent aussi leurs influences musicales offrant un large panel de savoir-faire et d'émotions. Une sacrée mise en perspective, qui aura le mérite au moins d'être audacieuse et faite par un groupe jeune dans sa façon de jouer. On attend toujours qu'un groupe francophone ait le courage de faire le quart de la démarche.





Recommandé, entre autres :
- 'Ballast der Republik'
- 'Altes Fieber', tube radio sur le punk rock à l'ancienne
- 'Drei Worte', histoire compliquée
- 'Europa' très très pop avec claviers et tout et tout
- 'Oberhausen'
- 'Traurig einen Sommer lang' ou un très bon tribut aux grands mythes du rock
- 'Zwei Dritte Liebe'  AKA Las es raaaaauuuuuuuuuuusssssssssssssssss !

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