jeudi 21 mars 2013

HORROR EPICS - THE EXPLOITED

(1985)

 

  La discographie de The Exploited est l'une des plus stables dans le temps qu'il m'ait été donné d'appréhender. La recette et la façon de faire n'ont pas changé d'un iota depuis 1981 et 'Punk's not dead', seuls les moyens techniques et ce que l'on pourrait appeler le fond de l'air ont légèrement modifié leurs productions, ancrant chaque CD bourrin plus ou moins dans son époque. C'est donc un véritable monolithe de fureur contre l'establishment et de haine primaire qui s'offre à nous. Mais avec une seule et intéressante saillie, 'Horror epics' se démarquant de tout ce qu'ils ont fait avant et feront après.

 'Horror epics' c'est avant tout un son et une atmosphère. Les ronchons pourront dire d'emblée "ça a mal vieilli" et ils auront à moitié raison. Les 13 titres de l'album font leur époque, c'est évident, et la production est datée, sans aucun doute, mais c'est ce qui est touchant aujourd'hui. Ce disque en plus de ses spécificités le distinguant des autres exploiteries, retranscrit le climax de cette moitié de décennie 80 en terme de tensions politico-musicales de l' "underground" british et européen d'alors.

  1985, le début du règne du thrash qui sort de son trou si loin de l'Angleterre, les premières gloires du hair metal qui allait envahir la planète entière -sauf la France, le Cambodge et l'Arabie Saoudite of course - et les dernières soubresauts, en réhabilitation, du punk britannique confit dans son propre conservatisme. La crise des missiles en pleine Europe, Margaret et Ronald, les derniers crispements de la Guerre Froide et les dernières visions d'apocalypse nucléaire touchant le Vieux Continent.
C'était ça, en grande partie qui hantait l'esprit des jeunes vaguement rebelles de "l'Ouest libre". Et c'est tout ce que Wattie nous narre, à l'aide de slogans moins cons que ce qu'il a l'habitude de gueuler en temps normal. Les lyrics les plus éclairés, pour ne pas dire lucides, de The Exploited sont sur cette galette.

  Si les paroles sont révoltées, macabres, morbides et cheaps, le son n'est pas en reste et donne un ton unique à l'ensemble. Assez loin du son 'UK '82', le groupe expérimente de nouvelles structures, de nouvelles méthodes et de nouveaux habillages sonores. Chose qu'il ne fera plus jamais.
Tout de suite, ce qui frappe est cette batterie électronique omniprésente, complexe, lorgnant vers de la techno industrielle et s'attaquant à l'ensemble des tomes dans des structures inhabituelles. Comme un Phil Collins sous acide ou du Killing Joke de rustre. De grands moments. Puis s'y ajoute une basse au coeur de l'espace sonore, éclipsant presque des guitares fantomatiques et mauvaises, lourdes de tension. Certains solis comme sur 'My Life', bien que toujours aussi pauvres techniquement, plantent une ambiance menaçante particulièrement bien ficelée. Enfin il y a Bucchan, fidèle à lui-même, accompagné d'un curieux écho d'outre-tombe.

  Au final, un skeud hors norme, loin de ce qu'on pouvait attendre, et qui même 30 ans plus tard reste unique dans son originalité (relative) bien que suant les années de plomb comme pas permis. Bien sûr, ce disque contient des approximations bien lourdingues à l'image de 'Law and order' plutôt indigeste ou 'Propaganda' qui rappellent trop leurs anciens titres phares, la hargne et la puissance d'antan en moins. Mais il y a des morceaux au son unique parmi les meilleurs qu'ils aient jamais composé.




Recommandé :
- 'My Life', putain de chef d'oeuvre
- 'Maggie', you cunt
- 'Down Below'
- 'Horror epics', écrasant

Note : 13 titres pour la réédition de 2004 contre 11 pour l'édition originale. Les deux titres supplémentaires n'apportant pas grand-chose de plus, même si 'Propaganda' est plutôt sympa comparé à 'Race against time' plus moyen.

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