samedi 19 janvier 2013

GUTEN TAG, MEIN NAME IST THOMAS - SPN-X

(2004)


  Pour bien parler de cet album, il convient de parler du support pour lequel il a été créé : "La Nuit des Losers vivants", film allemand assez nullement génial de 2004. Ce film est une espèce d'imitation des franchises américaines comme American Pie ou Scary Movie, faite par un des peuples les moins marrants qui soit : les Fritzs. S'il n'est pas toujours très fin, il a au moins le mérite de nous montrer à quoi ressemblerait notre vie d'Européens si on s'appelait Stifler. Le réalisateur, s'offre donc un craquage et transpose directement sur notre continent, les clichés et passages obligés des comédies teens US. Rien que çà, cà vaut la peine. Modernité ou américanisation, difficile de trancher.
Et pour illustrer ceci, il fallait de la musique sonnant comme les grosses pointures d'Outre-Atlantique, Blink-182 en tête.

  SPN-X fondé à la fin des années 90 en Allemagne de l'Est ne pouvait que mieux tomber. Car avant même d'être propulsé "sous les feux de la rampe" tout relatifs du fun-punk, ils s'étaient orientés dans une version très teenager du dit courant, délaissant progressivement les thématiques morbides et anarchistes pour se consacrer aux problèmes de cœur et d'intégration dans sa classe.
Si le propos global des paroles écume sans complexe toutes les thématiques adolescentes, elles n'en restent pas moins marrantes et sincères.
Souvenez-vous ce que vous pensiez dans votre classe de lycée pleine de face de raies. Souvenez-vous quand vous étiez le gros naze de service parce que vous aviez des fringues de merde et pas de thunes, et surtout pas le dernier album de Jenifer ou de la Fonky Family. Bien, voilà, ce genre de paroles et de thématiques ne sont pas à jeter aux orties, finalement non ?

    Musicalement on plonge dans un son très léché et très bien pensé. Les codes du genre sont respectés, et si jamais le chant n'était pas en allemand, aucun doute que ça aurait fait kiffer tous les blinkeux de lycée. La mélodie et les guitares aiguës sont au premier plan, même si la célérité et une certaine agressivité sont bel et bien là. Mention spéciale à la basse, sonnant exactement comme celle de Mark Hoppus. On retrouve tout ce qui a fait le succès de Blink, vraiment. Les breaks, les alternances de tempo, ce son éthéré et "fruité" un peu mélo sur les bords, tout y est. Sauf..., sauf, la maestria de Barker à la batterie. Ici il faut se contenter d'un bon batteur, bien carré et pas très imaginatif, même si rudement efficace. Bref, un batteur allemand (*mauvaise langue*).
Techniquement, on sent les musiciens à l'aise sans trop en faire, et surtout ils restent accessibles facilement mais en gardant les petits trucs qui font que les morceaux ne sombrent pas dans le convenu et l'attendu.

  Par ailleurs le groupe a beau venir d'une région riche en formations musicales violentes, il n'a pas l'air de s'inscrire dans une quelconque scène régionale, sauf peut-être au niveau de l'attitude dégagée par les paroles. SPN-X est un groupe de gentils, loin du punk hardcore anar est-allemand ou des zikos encore pire de Pologne. Le chant est cul-cul à souhait mais le fait. Il colle volontiers à la musique et fonctionne complétement avec elle. Un exercice très difficile à mener sans sombrer dans le ridicule ou le pathos de cour de récré. Mais là aucune faute de ce côté.
Les influences latentes des volksmusik germaniques ou slaves sont nulles, Dieu soit loué, hormis sur la chanson à boire obligatoire, justement nommée 'Biersong' et nous présentant un refrain bien Biergarten avec accordéon. Le tout étant très second degré, on passera donc volontiers l'éponge.

  Enfin il y a l'attitude qui cimente le tout. Le son est du son de petit con, dans le bon sens du terme. Avec des belles intentions, comme l'amour, Nico Geisler parvient à rester critique et second degré, et même à distiller quelques messages de défiance envers les politiciens, le système et le mainstream.
 Si les chansons ayant les filles pour thème, comme 'Kein Steak', 'Bitte geh noch nicht' ou 'Schlaf it mir' semblent au premier abord too much, elles sont en réalité une analyse plutôt bonne de ce qui se passe dans une relation. De même les pistes "revanches du nerd" comme 'Lieber Loser' et 'Rugbysong' ou "skate punk an die Macht" comme 'Politik am Wochenende' ou 'Hey DJ' sont plus vindicatives et révoltées qu'elles n'y paraissent.

  Au final, cet album est atypique à plus d'un titre et mérite d'être considéré en dehors de sa fonction de bande-son. Le groupe s'est beaucoup investi, on le sent, dans ce qui reste un croisement bizarre entre le fun-punk allemand de la fin des 90s et le son californien pré-émo.  Loin des clichés sur les Européens, il montre donc que l'on peut faire aussi bien et bon que les Américains sur notre bon vieux continent déclinant, si on s'en donne les moyens.




Recommandé : chacune des 18 pistes a son intérêt, mais les meilleures à mon sens sont :
-'Lieber loser'
-'Wir wollen anders sein'
-'Rugbysong', la plus hardcore de l'album
-'Nie wieder disco'
-'Klassich vs cool', plus Blink que Blink



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