samedi 5 janvier 2013

BLEIB TAPFER - WIZO

(1992)


  Et si on parlait d'un bon vieux classique, un de ces albums qui traînent depuis 20 ans et qui font toujours effet ?
1992, Nirvana, Metallica, la fin du rock à moumoutes des 80s et de leurs stars de variétoche bidon. Le début de l'ère de la musique de merde. La vague grunge allait décrédibiliser le rock en général, laissant la voie libre à l'électro et au hip-hop. Si le bon son de l'époque venait encore surtout du rock FM des Etats-Unis, il y avait quelques signes de changement dans l'air : les prémices de l'âge d'or du pop-punk californien et du nouvel âge d'or du punk allemand étaient là.

  Bleib tapfer est le premier album allemand que j'ai écouté de toute ma vie, bien avant que Rammstein ne soit à la mode fin des années 90, via quelqu'un de versé dans la musique faisant tâche. Et ce fut le seul et l'unique pendant très longtemps. Il est l’œuvre de Wizo, anciennement Wiso et n'ayant donc rien à voir avec l'organisation homonyme des femmes sionistes (...) polluant les recherches Google. Le groupe est un trio originaire de Sindelfingen dans le Bade-Wurttemberg, une charmante bourgade au milieu des sapins de la Forêt Noire, pas du tout ghetto urbain. A priori rien qui ne les destine à tourner aux States au sein du Warped Tour USA 1995, influencer NOFX (pardonnez du peu !), et à être en étroite collaboration avec d'autres groupes mythiques de la Mitteleuropa.

  Techniquement là où le grunge se focalisait sur la lourdeur, le glauque, et l'expression d'une vague rébellion, Wizo se concentre sur l'énergie et la célérité. Comme le grunge, le son est une fusion de pop, du punk originel et du heavy metal, mais ici, l'hybride assume pleinement le heavy à la Maiden et le punk déglingue du début des années 80 ainsi que la pop mercantile de son temps. Je n'ai jamais entendu chez un autre groupe un son pareil. Très chaud techniquement parlant par moment, très imaginatif, complexe, ils restent très punk dans l'approche malgré tout. Il n'y a qu'à écouter 'Diese Welt', 'Nix und niemant' ou 'Bei Dir'. Et cerise sur le gâteau la mélodicité est au cœur de la production.

  Les paroles du disque sont très sombres et morbides, en contradiction avec la musique et se focalisent essentiellement sur la mort et la révolte avec un recul ironique ne les faisant pas sombrer dans les travers du heavy metal bas de gamme. Le chant lancinant et faussement faux d'Axel Kruth, met en scène à merveille les textes. Élu pire album de l'année par BILD, une référence en matière de mauvais goût, les paroles avaient de quoi choquer la bourgeoise en ce temps-là tant les cadavres d'humains ou d'animaux, les meurtres, le cannibalisme, les infractions au code de la route, les histoires d'amour finissant mal et l'anarchie imprègnent chacune des pistes. Pour mémoire Mortal Kombat I représentait encore le summum de l'insoutenable, si vous vous souvenez.

  Enfin dernier point, la production est très bonne pour les critères actuels, excellente pour les critères ouest-allemands de l'époque et nous place à égalité avec les premiers opus de Rancid. Alors que pour aimer le deutschpunk des 80s, il vaut mieux supporter le vieux son des vinyls pressés chez mémé, on a droit ici à du "easy-listening' tout du long des 10 véritables pistes de l'album. Les effets de profondeur ou autres fondus sont toujours d'actualité et ne sonnent pas cheap ou datés en 2013. On est pas loin de la qualité de Nevermind à ce niveau là.

  Au final, c'est un des meilleurs albums de 1992, précurseur de la nouvelle vague punk post-Réunification, mais influençant aussi si on se penche avec attention sur les interviews des membres de label comme Epitaph,  les lointains pop-punkers américains. Ce qui fait sa force est surtout sa mélodicité, ses emprunts décomplexés à des styles encore en concurrence sinon ennemis à l'époque, ainsi qu'une production d'une qualité rarement atteinte pour un disque underground européen.




A écouter :
Chaque piste est un petit bijou, sauf 'Bleib' tapfer' qui s'avère être au final une chanson acoustique caustique et peu dynamique sur un poisson rouge mort, celui si joliment dessiné sur la pochette. Question de goût.

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