mardi 14 août 2012

BOEHSE ONKELZ IMMER WIEDER

  Un jour j'étais avec un type en cours et j'ai appris qu'il avait mis "virologie" comme religion sur un quelconque réseau social. Celà m'avait choqué, je dois dire. J'avais trouvé çà aussi con que de dire que son plat préféré c'était "machine à laver".

 Voilà pour la mise en abîme. Car le cœur de l'article pour une fois ne sera pas un compte rendu pour un album quelconque. Cette fois c'est du sérieux.
Quand le quatuor de Francfort a décidé d'arrêter en 2005 je venais de les découvrir et le Ciel m'est tombé sur la tête. Comme si quelqu'un de ma famille était mort littéralement tant j'étais déçu qu'un groupe aussi bon puisse s'arrêter aussi brusquement.
C'est bien la seule et unique fois où j'ai ressenti ce que peut être le syndrome de "fanatique" ou fan. Terme largement galvaudé depuis belle lurette. Bref, je me suis toujours dit que pour une frange non-négligeable de la population allemande çà avait dû être pareil voire pire.

  Depuis 2006, soit l'année 1 de l'ère post-Onkelz, se tient un festival uniquement dédié à leur mémoire, le G.O.N.D. ou "plus grand fête d'Allemagne des fans des Onkelz". Ce qui au départ était une idée un peu naze pour beaufs pleins de bière dégoutés est en train de se muer en un putain de festival. 20000 personnes en 2012 s'y sont rendues, soit un quart des festivaliers qui se sont déplacés pour le Hellfest le plus fréquenté. Mais juste pour le tribut (le mot est justement employé pour une fois) à UN SEUL ET UNIQUE groupe. Un truc de fou symptomatique d'un phénomène dont on peut se rendre compte en Allemagne et en Autriche : le culte des Onkelz.
Et par culte je pèse mes mots.

  Au début je pensais que c'était un simple effet de manches, des déclarations de fans lambdas qui voulaient faire genre, "les légendes ne meurent jamais", "Remercions les Seigneurs", etc... Du vent, je me disais. Non, non et non. Je les ai vus de mes propres yeux. Tout celà va bien plus loin, c'est presqu'une église. J'en veux pour preuve la plus significative ceci :



 Le serment de fidélité aux Onkelz. Carrément. On rentre dans un délire d'une autre dimension. Pour mémoire je ne connais qu'un seul autre Treueschwur ces derniers siècles... On est en plein dans une refléxion médiévale et féodale. Morceau choisi avec le refrain :

Wir wollen die ONKELZ hören
ihnen die Treue schwören
ziehen Dich in ihren Bann
Dein ganzes Leben lang
ONKELZ für die Ewigkeit
Vollgas für alle Zeit
Geht auf die Kniee nieder
BÖHSE ONKELZ immer wieder

soit

Nous voulons écouter les ONKELZ                  (un peu tard les mecs...)
Leur jurer fidélité
Que tu succombes (à leur envoûtement)
Toute ta vie
ONKELZ pour l'éternité
Plein gaz tout le temps
A genoux plus bas
BOEHSE ONKELZ encore et toujours


 Le parallèle avec le serment de fidélité à tonton Adolf est assez frappant et me fait personnellement assez peur. Comment peut-on à nouveau tomber dans un piège similaire ? Tout ceci n'est peut-être qu'ironie ou mise en scène me diront certains. Oui mais non. L'Allemand un peu beauf en règle générale ne fait trop preuve d'un large sens de l'humour. Il pense ce qu'il dit et fait ce qu'il dit. Alors pourquoi en arriver jusque là ? Vous, les bons Français, les haisseurs de toutes cultures germaniques, vous avez la réponse bien sûr.

  Car oui, je sais que toi le petit con blanc raciste, tu cherches sur mon blog, un site, n'importe quoi, où tu vas trouver du vrai matériel de nazi parce que "les Arabes ils font trop chier avec leur rap et l'islam putain". Je peux juste te dire un truc mec, tu te plantes à fond.
Taille ta route. Les nazis, les vrais, n'ont rien à voir avec les Onkelz. A la limite des pseudo-patriotes un peu bourrés oui, mais pas les nazis vrais de vrais. Pour avoir eu l'insigne privilège d'avoir été confronté à la peste brune, l'originale, même si elle en a plus pour bien longtemps et qu'elle est en fauteuil à roulette, je le dis une fois pour toutes, vous vous plantez les mecs. Mais comme tu parles pas allemand, vu que t'es qu'un putain de franchouillard, tu crois que c'est bon tu vas passer 'So sind wir' ou 'Stunde des Siegers' dans ta bagnole, et que tu vas te transformer en Captain Aryan. Pffffff...

 Non si les Onkelz fédèrent autant les Allemands et groupes ethniques périphériques, je pense que c'est tout d'abord une histoire de vécu commun. Ce groupe a écrit la bande son de la vie de dizaines de milliers de personnes durant 25 ans. Comme leur public, il sont issus de la rue, des usines et de tout ces trucs de prolos. Leurs parents n'étaient pas producteurs ou je ne sais quoi. La haine, parfois légitime, qu'on ressent dans cette condition vis-à-vis d'à peu près tout le monde, ils l'ont canalisé dans leur musique comme des centaines d'autres groupes de skins. Ils se sont fait seuls, sans aucun gros média, en tournant, et parfois à l'aide de leurs poings. A la fin des années 80, ils ont su évoluer, et bien, au lieu de se vautrer comme tous les groupes de l'époque. Tout comme leur public à évolué. Mais ils ne se sont jamais reniés.

  Ensuite comme ils le disent, ils savent ce que c'est la merde. Les mensonges, la calomnie, les connards qui te mettent la tête sous l'eau, l'alcool pour oublier, la violence dans et hors des stades, la mort des proches et la drogue, ça parle venant d'eux. Car si leurs textes sont la plupart du temps très sombres et mélancoliques, les mots sont justes et retranscrivent bien ce que l'on ressent quand on est dans un étau, que la vie ne fait pas de cadeaux. Et çà aucun groupe américain ne peut le retranscrire exactement, les sociétés sont trop différentes (la leur est tellement plus conne :) ).
Dans les années plus récentes encore, du fait de l'immigration des Turcs, des Kurdes, des Albanais, des Yougos, et des Russes de la Volga, les jeunes Allemands "normaux" des classes populaires ont été confrontés à une violence "extérieure" tout comme les jeunes Français. A ce propos, fuck la langue de bois sur ce blog, les bien-pensants catho-gauchos ou autres font plus de mal que de bien, si vous voulez mon avis. Car dans la rue les bandes de jeunes qui s'en prennent à d'autres jeunes sont très souvent le fait de gogols d'origine (parfois lointaine maintenant) étrangère. Ils sont victimes d'un racisme latent à la fois réel et fantasmé et le retournent contre les autres de leur âge, devenant au passage les petites merdes réacs pré-nationalistes qu'on a tous connus. Des crypto-fachos équivalents à la mauvaise graine bien white trash.
S'ajoute donc une dimension, certes pas terrible mais compréhensible, de repli identitaire mêlé de réconfort. Une musique qui parle aux petits durs blancs et à tous ceux qui en ont chié, autrement dit la vraie classe populaire.

  Et enfin il y a le son en lui-même, ce qui est loin d'être négligeable. Techniquement, ils se sont améliorés d'années en années, passant de compos simplistes et violentes à de véritables pépites de ce que l'on peut appeler le hard rock. Agressif et sombre, mais sans jamais basculer dans des choses pédantes ou alambiquées.La maestria de chacun des membres pour son instrument leur a conféré non sans raisons un statut proche de celui que les membres du soit-disant Big Four peuvent avoir atteint pour le métalleux pur jus. Et dans ce créneau ils ont bel et biens été seuls durant plus d'une décennie. Chanter en allemand ça n'était pas hype en ce temps-là, pourquoi s'embêter à faire de la bonne musique si c'est pour chanter dans cette langue ?

  Bref, la musique des Onkelz est je  pense loin d'être oubliée. Comme Elvis, ou Johnny en France, ils ont su exprimer les sentiments d'une ou deux générations, mais sont plus violents et contentent aussi le fan de musique dure véritable. Ils font partie de ceux qu'on ne renie pas car ils ne se sont jamais reniés. De plus, ils ont su s'arrêter à temps avant de se singer eux-mêmes et ainsi ont forgé leur propre légende. La musique des Boehse Onkelz, une fois qu'on y a adhéré, reste à vie en soi. Le sentiment qui unit une partie de leur public est plus profond que ce que les medias mainstreams le laissent penser. Il y a une ferveur envers eux car ils ont offert plus qu'ils n'ont pris, d'une certaine manière. Ce lien, et c'est ce qui m'étonne toujours, est proche d'un truc mystique.

  C'est pourquoi en ces temps où la religion des uns et surtout des autres (...) devient de plus en plus oppressante, je crois bien que je vais dire que la mienne c'est "Boehse Onkelz".
C'est quand même plus classe que "virologie".

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