mercredi 9 mai 2012

HOL DIR DIE PEST - UNTERGANGSKOMMANDO

1997


C'est quand on est enfermé dans une pièce sans rien, que le moral est au 36è dessous, que l'on se rend un peu compte quelle musique peut nous aider réellement. Ce ne sont pas des conneries, la Science a prouvé que la musique qu'un sujet écoute influence grandement sa façon de réagir à l'adversité. Ça permet aussi de faire le tri entre ce qu'on écoute un peu par habitude, par culture ou pour faire genre, et la musique qui parle
"à l'âme". Pour avoir testé et désapprouvé l'expérience, je peux vous dire que les groupes qui en réalité nous ont le plus marqué ne sont jamais ceux que l'on croit.

Untergangskommando, ou le commando du déclin, est un groupe originaire de Mayence formé en 1994 et dissout en 2001. Ils ont pondu quelques hymnes punks notamment "Punk und Polizei" aujourd'hui encore connu en Allemagne, et présent sur le CD. Le reste comme bien souvent passe à la trappe et seule la bonne blague de la  discographie survit dans l'esprit des gens. Aujourd'hui ses anciens membres continuent d'évoluer dans la scène deutschpunk contemporaine, en particulier Michel, le chanteur, au sein de la formation plus gentille Wilde Zeiten. Le commando était malgré une majorité de textes contre les dérives de la société actuelle voire anarchisants, plutôt du côté du "divertissement" et pas très engagés politiquement. Ce qui n'empêche pas la critique sociale et religieuse d'être cinglante, achtung ! En somme d'apparence ils sont un groupe light. Oui, en apparence.

Hol dir die Pest -très subtil jeu de mot sur le slogan de la Poste...- est l'album le plus noir avec Morgenrot de leur discographie. C'est aussi celui qui a le tempo le plus lent et les morceaux parmi les plus achevés. Un de mes amis à qui j'avais fait découvrir le groupe a eu sur leur orientation musicale cette très juste phrase "c'est entre le punk californien et la musique allemande". Et c'est tout à fait çà pour chacun de leurs albums. Mais sur celui-ci l'influence à proprement parler ouest-allemande prédomine. Certaines compos n'auraient pas fait tâche chez Heiter bis Wolkig, à l'instar du rocky 'Babyface'. Dans l'ensemble on reste sur du quatre-temps bien carré se révélant parfois intéressant, accompagné par un jeu de guitares punks de base, c'est-à-dire parfois vraiment pas technique. Pas de changements de tempo de malade, ni de de grandes extravagances, pas de D-beat qui vous hérisse.
Cependant la production, même si en dessous des standards des groupes américains, est très bonne et amène bien les moments de puissance. Les pistes de guitares secondaires ou d'intro, qui sont là pour donner le ton de l'instant, sont de la même manière très bien rendues. Quelques petits effets sonores rompent la formule judicieusement.
  Seul le violon sur 'Jakob' rend la piste en peu trop larmoyante pour qu'elle passe en toutes occasions. Une bonne idée, mais exploitée de façon quelque peu maladroite. L'autre piste, qui personnellement me met toujours aussi mal-à-l'aise, est la dernière 'Nichts wird geschehen'. Il s'agit littéralement d'une piste de humapapa bileuse d'un désespoir absolu. C'est la seule qui soit véritablement dérangeante voire malsaine.

  Les textes sont soit critiques soit mélancoliques, hormis la chanson paillarde 'Punk und Polizei'. Oui, Michel n'est pas un gros rigolo. Mais ils n'en restent pas moins très parlants, très justes, comme une analyse un peu désabusée mais bien menée de la Vie. C'est principalement pour les paroles que ce groupe s'est imposé à moi, ainsi que pour leur interprétation plus qu'adéquate. La voix à la fois puissante et doucement errailléé du chanteur est très allemande, tout comme sa façon de l'utiliser qui fait plus appel au schlager et à la musique folklorique germanophone qu'au punk. Et c'est précisément ce qui touche. Pour qui a grandi, pas forcément de son plein gré, avec de la volksmusik, ce genre de lignes mélodiques pataudes restent toujours malgré tout ancrées en soi. En écoutant la majorité des morceaux on retrouve l'impression d'écouter la version fin du conte de fée de ces bons vieux schlagers. Les paroles rassurantes, un peu trop pleines de bon sentiment, cèdent le pas à une triste réalité mais sans que le ton en lui-même n'en soit modifié. Ceci est particulièrement vrai pour 'Bis nichts mehr übrig bleibt'.
  Tour à tour la religion ('Kein Wunder'), la société du spectacle ('Talkshow'), le geekage (sur la visionnaire 'Willkoment in Eden'), le système  dans lequel nous vivons ('Jakob', 'Der Postbeamte') sont montrés froidement sous leur jour le plus cynique. Un tour de force est que jamais à aucun moment le propos ne sonne moraliste, simplement il est quasi-descriptif. Comme une note moins noire au milieu de toute cette désillusion mélancolique, quelques morceaux comme 'Land der Karawanen', 'Nie mehr wiedersehn', 'Talkshow' ou 'Babyface' apportent un peu de joie et de colère. Pour nous signifier que rien n'est encore complétement perdu ?

 Au final, un album un peu dur d'approche pour les non-germanophones ou les partisans du fun punk, mais qui se révèle malgré des faiblesses techniques parfois regrettables un album vers lequel on retourne régulièrement tant le propos est honnête et puissamment exprimé. Pour ceux qui ont des racines germaniques et sont un peu blasés de la vie, ce son devrait vous parler autant qu'à moi. Pour les autres, vous direz sans doute que c'est de la merde, car c'est un produit authentiquement allemand.


Pistes recommandées : Toutes. J'avais prévenu ils sont hauts sur les marches de mon Olympe musical.
Néanmoins 'Jakob', 'Nie mehr wiedersehn', 'Babyface' sont un peu en dessous du reste.

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